Écran de smartphone incassable et inrayable : pourquoi c’est scientifiquement impossible
Apple a annoncé que pour l’iPhone 16 Pro, son Ceramic Shield a une résistance accrue aux chocs « de 50 % de plus que la première génération et deux fois plus solide que pour tout autre smartphone ». En novembre 2024, la Commission européenne a ouvert une enquête formelle contre Corning, qu’elle soupçonne d’abuser de sa position dominante sur le marché du verre aluminosilicate via des contrats d’exclusivité et des rabais conditionnels imposés aux fabricants.

« Ça lave plus blanc que blanc ». Cette expression de Coluche résume parfaitement la perception actuelle de la résistance des écrans de smartphones et tablettes.
Chaque année, les fabricants annoncent des dalles de plus en plus robustes, résistantes aux chocs et aux rayures. Cependant, ce n’est pas si simple.
Chocs ou rayures, il faut choisir
Concernant l’iPhone 16 Pro, Apple a amélioré son Ceramic Shield pour une résistance aux chocs « 50 % supérieure à la première génération et deux fois plus résistante que tout autre smartphone. »
En revanche, pour l’iPhone 17 Pro, le discours évolue. La publicité le souligne bien : cette génération se concentre sur les rayures. Ce changement de cap est quelque chose que nous observons depuis des années, souvent sans y prêter attention. Et cela revêt une certaine importance. Comme l’a expliqué Marques Brownlee dans une vidéo récente, c’est une faiblesse des fabricants : ils ne peuvent pas optimiser ces deux critères simultanément.
Il suffit de consulter l’étude « Transparent Glass-Ceramics With High Hardness and Fracture Toughness » de l’American Ceramic Society pour comprendre cela. Les chercheurs y confirment un principe de base de la science des matériaux.
« Les stratégies conventionnelles visant à améliorer les propriétés mécaniques rencontrent souvent un compromis fondamental : une dureté élevée est généralement associée à une faible résistance à la rupture, et vice versa. »
En matière de verre, il est évident que plus il est dur, plus il est fragile ; à l’inverse, plus il est « mou », plus il se raye. Par conséquent, on ne peut pas obtenir les deux simultanément, des compromis sont inévitables.
L’alternance ou la stratégie du filou
Pour éviter de renoncer à des améliorations en matière de résistance aux chocs ou aux rayures d’une génération à l’autre, les fabricants ont adopté une stratégie d’alternance. Ils accroissent l’un ou l’autre critère, mais toujours dans une direction positive.

Il en résulte qu’un écran proclamé comme bien plus résistant aux chocs qu’auparavant sera également mécaniquement plus susceptible aux rayures. Ce compromis est établi, même si la relation précise entre les deux dépend de la composition du verre.
Corning, le marionnettiste
Il convient de noter que les fabricants ne réinventent pas la roue. Pour la plupart d’entre eux, ils retransmettent simplement le discours marketing de leur fournisseur de dalles de protection, quasiment unique, Corning.
« Parmi les principaux fabricants mondiaux de smartphones, seuls deux (Vivo et Huawei) n’utilisent pas le verre de Corning. Cela confère à Corning une part de marché de 72 % du marché mondial du verre aluminosilicate pour appareils électroniques, part qui monterait à 80 % si l’on inclut le Ceramic Shield d’Apple (également fabriqué par Corning) », indique le cabinet de conseil économique Fideres.
Ce monopole n’a pas échappé aux autorités régulatrices. En novembre 2024, la Commission européenne a ouvert une enquête formelle contre Corning, qu’elle soupçonne d’abuser de sa position dominante sur le marché du verre aluminosilicate via des contrats d’exclusivité et des rabais conditionnels imposés aux fabricants. Corning a depuis proposé des engagements pour résoudre cette affaire, suggérant que les accusations antitrust sont fondées.
Avec ce monopole, Corning contrôle largement le marché. Marques Brownlee l’illustre brillamment en montrant la variation de la résistance des différentes générations de Gorilla Glass, son verre emblématique utilisé sur presque tous les smartphones.
Cela dit, cela ne signifie pas que les verres ne s’améliorent pas avec le temps. Il y a une progression, mais elle n’est pas aussi marquée que le suggère le discours marketing.
Du « Ça lave plus blanc que blanc », on pourrait simplement conclure aujourd’hui que « du verre reste du verre ».

