High-tech

Bruxelles : interdiction des vélos et trottinettes en libre-service à cause d’un concurrent évincé

La Région de Bruxelles-Capitale a pris une décision marquante en avançant l’interdiction des trottinettes électriques en libre-service au 1er septembre 2026, une mesure qui inclut désormais les vélos électriques. Cette initiative, plus radicale que prévu, ne découle pas d’une volonté politique, mais résulte d’un jugement du Conseil d’État belge.

Jusqu’à récemment, Bruxelles se positionnait comme un modèle en Europe aux côtés de Paris en matière de mobilité partagée, notamment avec les trottinettes et les vélos électriques. Cependant, en juin dernier, la capitale belge avait annoncé une interdiction des trottinettes électriques pour début 2027, date qui a été précipitamment avancée. Ce revirement soulève des questions sur les raisons de ce changement.

La décision de la collectivité n’est pas autonome ; elle répond à une ordonnance du Conseil d’État, qui a annulé les licences des opérateurs Bolt, Dott et Voi, suite à une contestation de Lime. Cette entreprise américaine, soutenue par Uber, a saisi la Haute Instance le 20 février 2024, dénonçant un appel d’offres qu’elle jugeait « non transparent et illégal ».

Le Conseil d’État a précisé que « ces décisions violent la loi du 29 juillet 1991 relative à la motivation formelle des actes administratifs et se fondent sur un appel à candidatures qui s’appuie sur un arrêté du 13 juillet 2023 dont plusieurs dispositions sont elles-mêmes illégales ».

Les détails de ce litige sont exposés dans un arrêt du Conseil d’État, qui retrace le conflit entre Lime et l’État belge. En septembre 2023, Bruxelles Mobilité avait lancé un appel d’offres pour limiter le nombre d’opérateurs, validé le 22 décembre suivant pour une application au 1er janvier 2024. Bolt et Dott avaient alors reçu l’autorisation de déployer 4 000 trottinettes et 2 500 vélos électriques chacun, tandis que Voi pouvait déployer 2 500 vélos. Lime, quant à elle, n’a pas été retenue et a dû retirer ses véhicules.

Néanmoins, Lime a contesté cette décision en 2024, remettant en question la réduction du nombre d’opérateurs et le flou entourant l’évaluation des candidatures. Elle a également tenté d’acquérir la licence d’un autre opérateur, Bodaz, qui avait obtenu une prolongation jusqu’à fin 2025. Le Conseil d’État a refusé ce transfert, entraînant le retrait de Lime de Bruxelles le 29 août.

Après plusieurs recours, Lime a finalement obtenu gain de cause en juillet 2026, le Conseil d’État ayant rejeté les demandes de Dott et Bolt. Toutefois, cette victoire ne lui permet pas de revenir à Bruxelles, l’entreprise reconnaissant qu’aucun droit automatique d’opérer ne lui a été accordé. Elle exige désormais un nouvel appel d’offres « pleinement conforme à la loi » pour permettre à tous les opérateurs de concourir sur un pied d’égalité.

Cette situation représente un coup dur pour la mobilité à Bruxelles, qui s’était classée parmi les cinq meilleures villes européennes pour le vélo électrique en libre-service en 2024, avec 2,8 millions de trajets, et sur le podium des trottinettes partagées, avec 8,5 millions de trajets. Malgré une volonté de réduire le nombre de véhicules de 20 000 à 8 000, une mesure qui a été mise en œuvre en 2025, la mobilité partagée a continué de croître, avec 14 millions de trajets enregistrés cette même année, selon la ministre de la Mobilité, Elke Van den Brandt.

La Région Bruxelles-Capitale a néanmoins décidé de ne pas renouveler les licences des trottinettes électriques en libre-service après le 31 décembre 2026, et l’avenir des vélos électriques partagés reste incertain. Bruxelles Mobilité a annoncé qu’elle convoquerait les opérateurs « à la mi-août » pour discuter des suites éventuelles.

Quant au service public Villo!, qui propose 5 000 vélos et 360 stations, il n’est pas concerné par cette interdiction et continue de fonctionner. Toutefois, il est en sursis en raison d’une utilisation faible, avec seulement 1 million de trajets par an, soit 0,7 trajet par vélo et par jour. Son contrat avec JCDecaux a été prolongé jusqu’à l’instauration d’un « nouveau système » prévu pour 2028.