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Au procès d’OpenAI, Elon Musk ne se présente pas en bienfaiteur.

Le procès entre Elon Musk et la start-up OpenAI a lieu mardi dans un tribunal américain, où Musk accuse OpenAI et son patron Sam Altman d’avoir trahi la vocation non lucrative de la start-up d’intelligence artificielle qu’ils ont cofondée en 2015. La juge Yvonne Gonzalez Rogers doit trancher d’ici mi-mai trois questions soulevées par la plainte de Musk, notamment si OpenAI a violé sa mission philanthropique originelle.


Hypocrisie d’un concurrent ou défense d’une bonne cause ? Ce dilemme a été posé mardi devant un tribunal américain. Le procès oppose Elon Musk à la start-up OpenAI, créatrice de ChatGPT. L’homme le plus riche du monde a tenté de convaincre un jury californien qu’il avait joué un rôle crucial dans la création d’OpenAI, motivé par la nécessité de protéger l’humanité, avant d’être trahi par ses cofondateurs. Ces derniers dénoncent en retour l’hypocrisie d’un concurrent, désireux de retrouver du pouvoir.

« On ne peut pas voler une œuvre caritative impunément », a affirmé Elon Musk en ouverture du procès à Oakland, en face de San Francisco. Il accuse OpenAI et son dirigeant, Sam Altman, d’avoir trahi la vocation non lucrative de la start-up d’intelligence artificielle (IA) qu’ils ont cofondée en 2015.

Il a déclaré que si les dirigeants d’OpenAI et de Microsoft, le géant technologique qui a investi les premiers milliards de dollars, sont disculpés à l’issue du procès, « c’est tout le fondement de la philanthropie américaine qui sera détruit », malgré les objections des avocats d’OpenAI qui jugent son analyse exagérée et destinée à influencer le jury.

« J’aurais pu en faire une entreprise à but lucratif et j’ai choisi de ne pas le faire. J’ai spécifiquement choisi d’en faire quelque chose au bénéfice de toute l’humanité », a précisé Musk, qui est d’avis que la promesse initiale d’OpenAI a été trahie par son virage commercial en 2018.

Dix ans après sa création, OpenAI est devenue une puissance commerciale, évaluée à 852 milliards de dollars et en route vers une introduction en bourse marquante.

« J’ai eu l’idée, trouvé le nom, recruté les personnes clés, leur ai transmis tout ce que je sais et assuré l’intégralité du financement initial », a affirmé Elon Musk.

Reprenant son discours selon lequel l’IA pourrait menacer l’existence même de l’humanité, le patron de SpaceX a soutenu qu’il avait toujours cherché à confier l’IA à des mains fiables. « Si quelqu’un qui n’est pas digne de confiance est aux commandes de l’IA, c’est un danger considérable pour le monde entier », a-t-il argumenté, à quelques mètres de son rival Sam Altman, présent dans le public et appelé à témoigner dans les semaines à venir. Musk, dont l’interrogatoire se poursuivait mercredi, faisait référence à une enquête du *New Yorker* qui a dépeint Sam Altman comme un manipulateur démagogique, créant une onde de choc dans la Silicon Valley.

« L’assignation de M. Musk est une mascarade hypocrite », a déclaré l’avocat d’OpenAI, Bill Savitt. « Il a soutenu le passage à une entreprise à but lucratif à condition d’en garder le contrôle à 55 %. » Selon lui, Musk a utilisé sa promesse de don d’un milliard de dollars comme levier de chantage, n’ayant versé que 38 millions avant de quitter l’entreprise en 2018 face à la résistance des fondateurs.

Elon Musk aurait élaboré la théorie de « l’organisation caritative volée » seulement après avoir lancé son propre laboratoire concurrent, xAI, a indiqué Bill Savitt. L’entrepreneur a finalement intégré xAI à SpaceX en février, cette dernière étant valorisée à 1.250 milliards de dollars et également candidate à une introduction en bourse exceptionnelle.

Bill Savitt estime en outre que la plainte de Musk pourrait être prescrite, affirmant que le dossier montre que Musk était au courant des détails du virage commercial inévitable d’OpenAI entre 2018 et 2020, notamment en raison des investissements colossaux qu’il était impossible de financer par des dons.

La juge doit trancher d’ici mi-mai trois questions soulevées par la plainte de Musk : OpenAI a-t-elle violé sa mission philanthropique originelle ? S’est-elle enrichie indûment ? Ses liens avec Microsoft violent-ils le droit de la concurrence ?

En plus d’un retour au statut non lucratif, qui bloquerait l’entrée en bourse d’OpenAI, Elon Musk demande l’éviction de Sam Altman et de Greg Brockman, cofondateur et président d’OpenAI, ainsi que la rupture des relations avec Microsoft. La juge Yvonne Gonzalez Rogers tranchera seule, ayant limité le rôle du jury à un avis consultatif.