+22 % de ventes en un trimestre : les berlines regagnent du terrain face aux SUV
En 2000, les berlines représentaient jusqu’à 42 % du marché américain, tandis qu’aujourd’hui, elles sont en dessous de 20 %. Au premier trimestre 2026, Toyota a vendu 78 000 Camry, soit une hausse de 11 % par rapport à la même période l’an dernier.

Il est quelque peu ironique de voir les constructeurs « redécouvrir » la berline en 2026, comme si c’était une nouveauté.
Ce format existe depuis les débuts de l’automobile. Ce sont eux qui l’ont délaissé, pas nécessairement les clients, bien que ces derniers aient également joué un rôle en influençant les choix des fabricants. Dans le cas des SUV, il convient de préciser que ce sont véritablement les constructeurs qui ont façonné cette nouvelle demande en établissant un segment inédit.
Au début des années 2010, le constat était clair : les SUV et crossovers se vendaient mieux, offraient de meilleures marges, et les consommateurs semblaient valider cette tendance à la lumière des chiffres de ventes.
General Motors, Ford, Stellantis, Volkswagen, BMW, Mercedes… toutes ces marques ont progressivement réduit leur offre de berlines pour se concentrer sur les SUV, bien que pour certains constructeurs traditionnels comme BMW et Mercedes, le marché des berlines reste encore florissant, contrairement à un généraliste comme Peugeot ou Citroën.
En 2000, selon Automotive News, les berlines représentaient jusqu’à 42 % du marché américain. Aujourd’hui, ce chiffre est tombé en dessous de 20 %. En Europe, il s’en écoulait plus de 2 millions à la même période, contre environ trois fois moins 20 ans après.
Cependant, un changement est en train de se dessiner. Au premier trimestre 2026, Toyota a vendu 78 000 Camry, ce qui représente une hausse de 11 % par rapport à la même période l’année précédente. La Honda Accord affiche une augmentation de 22 %, et la Kia K5 de 19 %. Pour la première fois depuis fin 2017, la Camry est redevenue le véhicule le plus vendu chez Toyota, devant le RAV4. Ces chiffres concernent uniquement le marché américain.
À noter : ces résultats américains, aussi impressionnants qu’ils soient, profitent d’un effet de comparaison bénéfique. Toyota a expliqué que la baisse des ventes du RAV4 (-48 % au T1) est liée à une transition de génération et à des stocks serrés, avec une prévision de retour à pleine capacité cet été. Une partie des clients frustrés par l’indisponibilité du RAV4 s’est dirigée vers la Camry, plus accessible et à 6 000 dollars de moins à l’entrée de gamme. Le rebond de la berline est donc réel, mais doit être en partie attribué à un effet d’arbitrage conjoncturel.

En Europe, la situation est moins marquée, car l’offre a progressivement disparu, même si le secteur a été abordé, voire réinvesti, surtout par les constructeurs chinois (XPeng P7+, BYD Seal, etc.) et européens comme la nouvelle Classe C électrique de Mercedes ou la nouvelle i3 de BMW.
La question n’est pas de savoir si la berline va « revenir en force », mais plutôt pourquoi les chiffres augmentent maintenant, et ce que cela révèle sur le marché actuel.
L’argent, l’éternel nerf de la guerre
La réponse la plus évidente est le prix. Le prix moyen d’un véhicule neuf aux États-Unis dépasse désormais les 50 000 dollars (environ 42 500 euros). C’est beaucoup plus élevé qu’en France, où selon l’étude annuelle du club automobile Roole, le prix moyen s’élevait à 36 700 euros en 2024. C’est déjà une forte augmentation : cet indicateur n’atteignait que 26 000 euros en 2018, soit une hausse de 40 % en six ans.
Pour revenir aux voitures américaines, la Camry, l’Accord et la K5 démarrent toutes autour de 30 000 dollars (environ 25 500 euros). Cette différence de prix est difficile à ignorer pour une partie significative des acheteurs.
Les analystes du secteur restent prudents dans leurs conclusions, mais ils reconnaissent qu’il existe une véritable demande pour des véhicules plus accessibles, un créneau actuellement mal desservi.

Ce contexte incite certains constructeurs à revoir leur stratégie. GM travaillerait sur une berline Buick utilisant la même plateforme que la future Cadillac CT5 et la Chevrolet Camaro, selon une source proche d’un grand équipementier.
Stellantis envisagerait un modèle à moins de 30 000 dollars. Infiniti prévoit un retour en 2027 avec la Q50S. Mitsubishi a évoqué un « changement stratégique » auprès de ses concessionnaires en novembre dernier, sans encore préciser quel format cela pourrait revêtir.
Et en Europe ? La berline peine encore à se rétablir, en grande partie parce qu’elle a souvent un équivalent SUV (Audi A6 e-tron et Q6 e-tron, Volkswagen ID.4 et ID.7, BMW i4 et iX3…) et que les prix ne sont pas forcément très éloignés.
Du côté européen, la situation est moins favorable pour la berline thermique : au cours des neuf premiers mois de 2025, le marché français a chuté de 6,3 % à 1,186 million d’immatriculations, et la part de l’hybride non rechargeable a dépassé 43 % des ventes selon Roole, devant l’électrique (19,9 %). La progression du segment berline en Europe dépend donc principalement de l’électrique, surtout grâce aux marques chinoises et aux constructeurs premium allemands mentionnés précédemment.
Réglementation, design et habitabilité : trois arguments supplémentaires
Au-delà des questions économiques, trois autres facteurs compliquent la situation. En premier lieu, en France, il y a le malus au poids. Il est à noter qu’à caractéristiques équivalentes, un SUV est souvent plus lourd qu’une berline, parfois de plusieurs centaines de kilos.
Un second argument en faveur des berlines est plus subjectif : il s’agit du design. Non pas en termes de « beauté », mais en matière de fonctionnalité.
Une berline, plus aérodynamique, offre un meilleur rendement aérodynamique et, par conséquent, une autonomie supérieure par rapport à son homologue SUV équipé du même moteur et de la même batterie. Le poids, mentionné précédemment, influence aussi la consommation. Par exemple, entre la BMW iX3 et la BMW i3, l’écart d’autonomie peut atteindre près de 100 kilomètres en faveur de la berline.

En général, le SUV propose une meilleure habitabilité comparée à une berline de taille similaire, pour plusieurs raisons. Sa hauteur de caisse plus importante permet une position assise plus droite et offre plus d’espace pour la tête, surtout à l’arrière. Son coffre est quasi toujours plus volumineux et modulable, avec un plancher plat et une banquette rabattable qui facilitent le transport d’objets encombrants. L’accès à bord est également plus aisé grâce à cette hauteur.
Malgré cela, la berline présente également des atouts : les grands modèles des segments supérieurs offrent souvent un espace aux jambes arrière très confortable, et leur position de conduite plus basse ainsi que leur carrosserie plus aérodynamique en font généralement des véhicules plus silencieux et stables sur autoroute. L’accès au coffre est aussi améliorer, notamment sur les modèles break, qui sont des déclinaisons des berlines et qui retrouvent également de l’intérêt auprès de certains constructeurs.
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