
Yuka dénonce les géants de l’agroalimentaire qui veulent semer le doute sur le Nutri-Score.
Depuis son lancement en 2017, l’application Yuka, fondée par Julie Chapon, a fait face à une multitude de mises en demeure émanant de grandes entreprises du secteur alimentaire. « Chaque fois, ce sont des industriels mécontents de la note attribuée à leurs produits qui tentent de nous faire pression pour que nous la supprimions ou la modifions », déclare Julie Chapon. Cette stratégie d’intimidation vise à remettre en question la crédibilité de l’application.
Yuka, symbole d’une nouvelle ère de transparence alimentaire, a su s’imposer en France et à l’international. Avec plus de 85 millions de téléchargements, dont 22 millions en France, l’application permet aux consommateurs de scruter les informations nutritionnelles des produits transformés, souvent peu claires.
Au printemps dernier, Intermarché a annoncé qu’il afficherait le « score » de tous ses produits sous marque de distributeur. Ce lundi, un rapport a été publié en collaboration avec Serge Hercberg, nutritionniste et créateur du Nutri-Score, et Mathilde Touvier, directrice de recherche à l’Inserm, spécialisée en nutrition.
Dans ce rapport, les auteurs mettent en lumière les tactiques employées par l’agro-industrie pour discréditer leurs travaux. « Nous faisons tous le même constat : nous subissons des pressions similaires de la part des mêmes acteurs. De grandes entreprises tentent de retarder l’implémentation d’outils de transparence comme le Nutri-Score. Leur objectif est de semer le doute », souligne Chapon.
Les auteurs critiquent également les actions discrètes menées par des fédérations industrielles, telles que l’Association nationale des industries alimentaires (ANIA), qui défend les intérêts de marques bien connues, comme Lactalis ou Ferrero, sans jamais se dévoiler publiquement.
Face aux ressources financières considérables de ces entreprises, les chercheurs et nutritionnistes peinent à se faire entendre. Par exemple, le lobby de la charcuterie a intenté un procès à Yuka, l’accusant d’avoir qualifié les nitrites de substances « cancérigènes ». Bien que l’application ait été condamnée en première instance, elle a finalement triomphé en appel, mais cette bataille juridique lui a coûté 500 000 euros et trois ans de stress.
Les auteurs du livre blanc soulignent également que certaines multinationales ont lancé leur propre logo nutritionnel en 2017, dans le but de contrecarrer le Nutri-Score. Ce type d’affichage, basé sur des portions de 10 ou 15 grammes, a permis de présenter des produits comme le Nutella sous un jour favorable. Ce « Evolved nutrition label » a été abandonné deux ans plus tard, mais des accusations ont continué à fuser, notamment celle de nuire aux petits producteurs de Roquefort, alors que 70 % de la production est dominée par Lactalis, qui a par ailleurs contesté le Nutri-Score au niveau européen.
À travers leur livre blanc, les auteurs souhaitent sensibiliser le public et les décideurs politiques aux méthodes de l’agro-industrie. « Nous n’avons pas les moyens de lutter contre cela », admet Julie Chapon. En Europe, l’affichage du Nutri-Score reste facultatif, laissant les industriels libres de choisir s’ils souhaitent l’adopter, ce qui suscite l’inquiétude des spécialistes en nutrition.
