
UTMB 2026 : L’ultra-trail peut-il sortir de son « entre-soi » ?
La récente tendance « on arrive » a suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux pendant les vacances d’été. Ce mouvement a émergé en réponse à des commentaires à connotation raciste de randonneurs, qui considèrent la montagne comme un refuge exempt de certaines expressions culturelles. En réaction, de nombreux internautes issus de la diversité ont affirmé leur droit à la nature en répondant « on arrive », soulignant ainsi leur désir de profiter des espaces naturels.
Ce vendredi, peu de participants s’élanceront pour l’UTMB, la course phare de 174 km qui se déroule à Chamonix. Bien que le Marocain Elhousine Elazzaoui ait dominé les Golden Trail World Series ces dernières années et que l’on observe une montée en puissance des coureurs kényans sur des distances plus courtes, la présence d’athlètes d’origine africaine parmi les élites du trail reste limitée.
Le sociologue Olivier Bessy, auteur de « Courir sans limites – la révolution de l’ultra-trail (1990-2025) », souligne un certain entre-soi dans l’ultra-trail, qui demeure largement masculin et réservé à une classe sociale privilégiée. Les 2 500 coureurs de l’UTMB ont dû débourser 479 euros pour participer, un coût qui constitue un obstacle à la démocratisation de cette discipline, qui compte désormais six millions de pratiquants en France, dont 1,5 million prennent des dossards, contre seulement 5 000 il y a 25 ans.
L’UTMB se montre également sensible aux enjeux environnementaux et aux critiques concernant l’égalité des prix pour les hommes et les femmes, ainsi qu’à l’inclusion des para-athlètes. Cependant, la direction de l’événement doit encore faire face à des questions sur cet entre-soi qui caractérise l’ultra.
Catherine Poletti, cofondatrice de l’UTMB, évoque la nécessité de rendre le sport plus accessible. Bien que des marques comme Adidas Terrex soutiennent des initiatives dans les quartiers, Ulrich Ndjike, président du Club Outdoor Alpin, déplore que ces efforts soient souvent davantage motivés par le marketing que par une réelle volonté d’inclusion.
Ndjike, qui encadre des jeunes issus de milieux défavorisés, souligne l’importance de leur faire découvrir les bienfaits de la montagne. Son projet, qui vise à faire passer des jeunes du bitume aux sentiers, se heurte à des défis, comme l’absence de participation lors de ses premières détections. Il insiste sur la nécessité de collaborer avec des associations locales pour surmonter ces obstacles.
Un exemple inspirant est celui de Djibril, un jeune qui, après avoir commencé par le football, a remporté le Marathon du Mont-Blanc dans sa catégorie. Son parcours illustre le potentiel des jeunes lorsqu’ils bénéficient d’un accompagnement approprié.
À Paris, l’association Apart œuvre depuis deux décennies pour l’insertion des jeunes par le biais des sports de nature. Son directeur, Samir Souadji, insiste sur l’importance de créer une mixité sociale et de faire découvrir aux jeunes les libertés que la nature peut offrir.
Pour Léo San Salvadore, membre d’Apart, la montagne était auparavant perçue comme inaccessible. Aujourd’hui, il s’entraîne pour un ultra en relais, avec l’ambition de participer à l’UTMB dans le futur. Son engagement témoigne d’un changement de mentalité, même si des barrières subsistent.
Ulrich Ndjike appelle à une meilleure implication de l’Éducation nationale pour permettre aux jeunes de découvrir les sports de nature. Selon lui, il est essentiel d’utiliser les ressources naturelles pour favoriser l’accès à ces activités, afin de diversifier la pratique sportive et de refléter la société française dans son ensemble.
