
Une grande partie de l’Afrique est en feu selon la Nasa : explications.
Pour suivre les incendies en cours à travers le monde, plusieurs outils cartographiques sont disponibles. Parmi eux, l’interface du Système européen d’information sur les feux de forêt (EFFIS) et la plateforme FIRMS (Fire Information for Resource Management System), développée par la NASA, se distinguent. Ces deux cartes interactives s’appuient sur les données fournies par les satellites MODIS et VIIRS.
Récemment, des captures d’écran de ces cartes ont été largement diffusées sur les réseaux sociaux, accompagnées de nombreuses interprétations erronées des données. Certains internautes s’étonnent, par exemple, de l’accumulation de points rouges visibles dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne.
« L’Afrique brûle sans que personne n’en parle », peut-on lire dans une publication sur Instagram qui a atteint 2 millions de vues. Des messages similaires circulent également sur Facebook. Il convient toutefois de faire preuve de prudence, car ces points rouges ne correspondent pas aux incendies dévastateurs observés en Europe.
FAKE OFF
Comme mentionné précédemment, ces cartes reposent sur des données satellitaires. Cependant, ces satellites présentent un biais : ils ne détectent que des « anomalies thermiques » à l’échelle mondiale. Ces anomalies « peuvent provenir d’incendies, de fumée chaude, de l’agriculture ou d’autres sources », précise la plateforme FIRMS. Par conséquent, la précision de ces points chauds est « limitée ».
Un autre biais réside dans le fait que chaque point chaud est représenté par un pixel, sans distinction quant à l’ampleur du feu. La NASA expliquait sur son site en janvier 2022 : « Quelle que soit l’ampleur, nous devons définir une taille de pixel suffisamment grande pour qu’il apparaisse sur la carte ».
Lorsque de nombreuses « anomalies thermiques » sont détectées dans une même région, cela se traduit par un amas de points rouges sur la carte. « On peut avoir l’impression que toute la région est en feu », écrivait la NASA, avant de proposer une solution : « En zoomant [sur la carte], on peut distinguer les pixels correspondant à chaque incendie individuellement ».
Une technique de culture ancestrale
Tous ces biais sont particulièrement visibles en ce moment en Afrique. Les « anomalies thermiques » y sont nombreuses, ce qui explique l’accumulation de points rouges. De plus, ces anomalies ne correspondent pas à des incendies de grande ampleur, comme ceux observés actuellement en Europe.
Ces points rouges représentent des feux volontaires et maîtrisés, liés à une technique de culture ancestrale : l’agriculture sur brûlis. Cette méthode consiste à brûler les résidus de culture ou à défricher des parcelles. La cendre qui en résulte sert d’engrais naturel pour enrichir les sols, ce qui en fait une technique de préparation des terres.
L’agriculture sur brûlis est également pratiquée dans d’autres régions du monde, comme en Asie du Sud-Est. Cette pratique a des conséquences sur l’environnement, notamment en matière de déforestation. Plus largement, selon les chiffres de Global Forest Review, l’agriculture était encore en 2025 la principale cause de la perte de forêts dans le monde.
Cela fait plusieurs années que cet amas de points rouges sur la carte de la NASA est sujet à de mauvaises interprétations. Ce fut notamment le cas pour Emmanuel Macron lui-même, à l’été 2019.
