Une chanson pro-européenne représentera la Moldavie à l’Eurovision.
La Moldavie est représentée cette année à l’Eurovision par Satoshi, 27 ans, et la chanson « Viva Moldova ». La présidente moldave Maia Sandu entend ancrer fermement son pays au sein de l’Union européenne.

De notre envoyé spécial à Vienne (Autriche),
Cette année, la Moldavie est représentée à l’Eurovision par Satoshi, âgé de 27 ans, avec la chanson… Viva Moldova ! Un titre qui peut évoquer des relents nationalistes gênants. Cependant, le morceau affiche principalement une dimension pro-européenne, à un moment où ce pays de 2,4 millions d’habitants a soumis sa candidature pour intégrer l’UE, dans un contexte aggravé par la guerre en Ukraine, son voisin immédiat.
« Nous vivons une époque où, en tant que peuple, nous cherchons à comprendre qui nous sommes, à renforcer notre identité et à108 définir un chemin clair en matière d’idéologie et de mentalité, » explique l’artiste à 20 Minutes. « Nous avons été longtemps déplacés d’un pays à l’autre, et maintenant que nous sommes indépendants, nous devons répondre à ces interrogations. Dans tous les aspects, qu’ils soient linguistiques ou culturels, nous nous sentons connectés à l’Europe. Nous voulons faire partie du monde libre. C’est donc une responsabilité que ma participation à l’Eurovision m’inspire. »
Le spectre de la Russie
« À l’heure actuelle, dans un contexte de tensions avec la Russie, l’Eurovision offre à la Moldavie une chance de réaffirmer son orientation politique pro-européenne. Malgré les pressions économiques, la désinformation, et les efforts de déstabilisation, la présidente moldave Maia Sandu tente de solidifier l’appartenance de son pays à l’Union européenne, » souligne Florent Parmentier.
Ce géopolitologue, coauteur du livre Géopolitique de l’Eurovision : La bande-son de la construction européenne, ajoute : « Ce pays est en première ligne du conflit. Niché entre la Roumanie et l’Ukraine, il a accueilli un million de citoyens ukrainiens au début de la guerre. De plus, l’État abrite un territoire séparatiste pro-russe, la Transnistrie, à l’est. »
« Nous avons bien sûr peur de la guerre avec la Russie, » admet l’artiste moldave. « Comme toutes les nations d’Europe de l’Est. Mais nous tentons de rester positifs et ouverts au dialogue. »
« Viva Moldova, aloha, adio, vida loca/Soroca, Europa, Palma de Mallorca/Salute a tutti, Moldova is on duty/E una e nova, welcome to Moldova »
La chanson interprétée par Satoshi sur la scène de l’Eurovision mélange des mots de plusieurs langues du continent. Paradoxalement, ce choix rend le message encore plus clair. « C’était un défi pour moi de créer un puzzle culturel qui représente l’Europe. J’ai voulu créer une sorte de bouillon commun, » raconte-t-il.
Présenter un pays méconnu
À travers sa mise en scène, il souhaite illustrer la Moldavie, cette nation souvent méconnue : « Nous sommes chaleureux, nous avons de la bonne cuisine, un climat agréable, des villes verdoyantes et de grands parcs à Chișinău, la capitale. » C’est pourquoi la scénographie est colorée et dynamique, comme si les artistes moldaves tentaient d’entraîner le téléspectateur dans la danse.
« La chanson de Satoshi constitue une affirmation identitaire claire : elle met en avant la Moldavie comme sujet, exprimant une fierté nationale dans un contexte où le pays est souvent perçu comme périphérique ou fragile. Dans un pays encore majoritairement rural, le style urbain et contemporain de l’artiste reflète également une nouvelle génération moldave, ouverte sur l’Europe mais ancrée dans son identité, » analyse Florent Parmentier. Viva Moldova ! possède donc une forte charge politique – une preuve que le concours Eurovision de la chanson n’est pas « apolitique », comme le répètent les organisateurs.
« Depuis l’indépendance, la question de l’identité moldave et de sa spécificité par rapport à l’identité roumaine a suscité de nombreux débats, tout comme les relations avec les minorités. Le pays a une identité plurielle, évoluant au gré des influences régionales qui ont marqué son histoire. L’Eurovision permet de mettre en avant cette diversité. Le concours agit comme un miroir déformant de l’identité moldave, dont les choix artistiques mettent parfois en lumière les discussions internes.
« On peut cependant soutenir que la chanson moldave de 2022, Trenulețul du groupe Zdob și Zdub, était plus politique avec son train reliant Chișinău à Bucarest, symbole d’un rapprochement avec la Roumanie et l’Europe, dans le contexte immédiat de la guerre, » précise le géopolitologue.
Le soft power de l’« Epic Sax Guy »
Ces exemples soulignent l’importance pour la Moldavie de se faire connaître sur la scène de l’Eurovision, suivie chaque année par des centaines de millions de téléspectateurs.
« Pour un petit État comme le nôtre, c’est un outil important de visibilité et de diplomatie culturelle (ou soft power), permettant de raconter le pays, ici à travers son européanité, » avance Florent Parmentier. La question de l’identité moldave et de sa spécificité par rapport à l’identité roumaine a suscité de nombreux débats depuis l’indépendance [en 1991], tout comme les relations avec les minorités. Le pays possède une identité plurielle, façonnée par les influences régionales de son histoire. L’Eurovision, de ce point de vue, permet de mettre en avant cette diversité. Le concours fonctionne un peu comme un miroir déformant de l’identité moldave, dont les choix artistiques reflètent parfois les débats internes. »
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« Participer à l’Eurovision, c’est attirer l’attention positivement sur le pays que l’on représente, tout en prenant part à la plus grande production musicale du monde, » affirme Satoshi. Florent Parmentier ajoute : « Il faut y réfléchir : il y a probablement plus de personnes en Europe qui ont vu la prestation mythique de l’« Epic Sax Guy » (le saxophoniste Sergeï Stepanov, originaire de Transnistrie) à l’Eurovision 2010 que de personnes capables de localiser la Moldavie sur une carte… »

