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Un ex de la CIA et un scientifique sur la Lune : ça n’a aucun sens.

Le post de Vicky Verma a déjà cumulé 755.000 vues et mentionne que « l’ancien pilote de la CIA John Lear a déclaré que la Lune possède des villes cachées, des laboratoires souterrains, une atmosphère respirable et qu’environ 250 millions d’êtres y vivent ». David Icke, qui a partagé ce post, a déclaré : « Je présente depuis près de vingt ans des preuves que la Lune est artificielle, ainsi que la manière dont l’activité d’entités non humaines se déroule à l’intérieur de la Lune ».


Sur X, deux publications remportent un vif succès. En quelques jours, un post de Vicky Verma a déjà enregistré 755.000 vues. Ce post révèle que « l’ancien pilote de la CIA John Lear a déclaré que la Lune possède des villes cachées, des laboratoires souterrains, une atmosphère respirable et qu’environ 250 millions d’êtres y vivent. Il a affirmé que la Terre est un lieu où des êtres provenant de différentes parties de la galaxie sont envoyés pour être “rééduqués”, et que la vie humaine revient à purger une peine jusqu’à la mort. […] Une autre affirmation majeure vient de Gregg Braden, présenté comme un scientifique et un auteur à succès. Il affirme que les missions Apollo ont rapporté de la Lune des métaux inhabituels qui n’étaient apparemment pas naturels et pourraient avoir été fabriqués par des machines avancées. Il pointe du doigt des formes géométriques sur des images de la Lune et de Mars, notamment des carrés, des angles droits et des formes ressemblant à des pyramides. Il affirme que la nature ne crée généralement pas d’angles droits parfaitement nets, et que ces formes pourraient donc indiquer une construction intelligente. »

Ce post précise néanmoins que les déclarations de Lear « n’apportent aucune preuve à l’appui ».

Cette mise en garde n’a pas empêché David Icke, dont le post a été vu plus de 600.000 fois, de relayer le premier post comme un fait avéré et d’ajouter : « Je présente depuis près de vingt ans des preuves que la Lune est artificielle, ainsi que la manière dont l’activité d’entités non humaines se déroule à l’intérieur de la Lune. C’est un aspect d’une vaste “Matrice” perceptive, ou simulation, que l’ordinateur biologique qu’est le corps humain décode pour produire la perception de la réalité que nous pensons si réelle. Pensez au Wi-Fi et à un ordinateur : c’est le même principe. La prison technologique qui se met en place reflète cette même “Matrice” à travers laquelle nous décodons inconsciemment une fausse réalité. Le “Meilleur des mondes” technologique est une Matrice à l’intérieur d’une Matrice. »

Pour ceux qui trouvent ces idées difficiles à croire, il suffit de lire les commentaires pour constater que beaucoup d’internautes leur accordent du crédit.

Examinons d’abord qui sont ces protagonistes :

Vicky Verma se définit comme « éditeur et auteur principal du site HowAndWhys.com ». Ce site, axé sur l’insolite, l’ufologie et l’ésotérisme, relaye des récits de toutes sortes, souvent incompatibles entre eux.

David Icke est un ancien footballeur et journaliste sportif, qui s’est converti depuis les années 1980 à diverses thèses complotistes et pseudoscientifiques, qu’il a rapidement monétisées par le biais de la vente de nombreux ouvrages (qu’il promeut d’ailleurs dans son post X).

John Lear, décédé en 2022, a effectivement été pilote civil pour la CIA durant la guerre du Vietnam, mais contrairement à ce qui est dit, il n’a jamais été un membre de l’agence de renseignement américaine. Dans les années 1980, il est devenu une figure emblématique de l’ufologie conspirationniste.

Gregg Braden est un auteur et conférencier qui, selon sa biographie, a effectué des études en géologie et a travaillé pour plusieurs entreprises industrielles, mais il n’est pas un « scientifique » au sens strict de « chercheur ». Depuis les années 1990, il se consacre exclusivement à la promotion de théories douteuses.

Ces figures du monde complotiste ont, ou avaient tous des intérêts économiques à défendre : l’augmentation du trafic d’un site web pour le premier, et la vente de livres et/ou conférences lucratives pour les trois autres.

Ces posts sont constitués d’une accumulation d’arguments confus et de jargon pseudo-savant. Comme le stipule la loi de Brandolini, il faudrait plusieurs articles pour démonter en détails et un par un les arguments avancés dans ces posts. Analyse rapide des affirmations principales :

Concernant la nature de la Lune : l’ensemble des déclarations contredit le consensus scientifique, c’est-à-dire un corpus de connaissances solidement établi par des décennies de données astronomiques et géologiques, sur lequel s’accorde la communauté des chercheurs.

Les « métaux inhabituels qui n’étaient apparemment pas naturels et pourraient avoir été fabriqués par des machines avancées » : c’est une invention pure et simple – parmi les nombreuses équipes de chercheurs qui ont analysé les échantillons ramenés de la Lune depuis 1969, aucune n’a fait une telle affirmation.

Les « formes géométriques » lunaires, qui ne peuvent pas avoir été créées par la nature : d’une part, l’affirmation selon laquelle la nature ne présente pas de géométrie est sujette à débat ; d’autre part, on sait que les images spatiales peuvent induire en erreur, un phénomène exploité depuis longtemps par les ufologues.

L’idée que la Terre est une « prison » cosmique : c’est une version new age des concepts de réincarnation et de karma prônés depuis des millénaires par les religions brahmaniques. Comme toute croyance métaphysique, elle est aussi difficile à prouver qu’à réfuter.

La notion de « Matrice » de la réalité : au regard des probabilités (sans lien avec le karma), l’idée que nous vivons dans une simulation a gagné en popularité ces dernières années. Bien qu’elle ne soit pas entièrement absurde, elle reste très éloignée d’un consensus scientifique.

Le corps humain considéré comme un « ordinateur biologique » qui « décode » le réel : bien que cette vision puisse être réductrice, les avancées en neurosciences portent dans une certaine mesure ce sens, mais sans jamais prétendre que la réalité est une simulation.

Sans avoir lu les ouvrages des auteurs concernés, il est difficile d’évaluer les « preuves » qu’ils avancent, mais il y a fort à parier que si elles n’ont pas convaincu les chercheurs, c’est qu’elles sont fragiles.