« Trop discret » mais « serein » : les fidèles évaluent la première année du pape Léon XIV face à Trump.
Le cardinal Robert Francis Prevost, 70 ans, s’est révélé au monde entier le 8 mai 2025, devenant le 267e pape de l’Église catholique et le premier américain désigné souverain pontife. En un an de pontificat, Léon XIV s’est consacré à stabiliser l’Église en se consacrant à sa gestion interne.
De notre envoyé spécial au Vatican,
On ne sait combien de temps durera son pontificat. « Le plus longtemps possible, j’espère, mais il est encore jeune et il a l’air en forme », affirme Sofia, originaire de Zurich et déjà « fan » de Léon XIV. « Mais jamais je ne dirai du mal d’un pape en tant que catholique, c’est notre chef suprême et personne n’a le droit de le critiquer », assure cette retraitée rencontrée ce jeudi matin sur la Place Saint-Pierre, toujours remplie de touristes.

C’est le 8 mai 2025 en début de soirée que le cardinal Robert Francis Prevost, 70 ans, s’est révélée au monde entier, devenant à la surprise générale le 267e pape de l’Église catholique et le tout premier américain désigné souverain pontife. Un an plus tard, que retenir de cette première année de pontificat de Léon XIV ? « Eh bien pas grand-chose », confie Caroline, une jeune fidèle originaire de la région parisienne. « Je trouve qu’il est trop discret, beaucoup trop même, alors que sa parole a du poids. »
Sa mission : réunifier une Église fracturée
Son style tranche en effet avec celui de son prédécesseur François, un pape de rupture très médiatique et proche du peuple qui a secoué l’Église durant son mandat. « Il a montré une image beaucoup plus moderne et ouverte de l’Église à l’extérieur », souligne Christophe Dickès, spécialiste du Vatican. « Mais il a aussi fortement divisé à l’intérieur, en gouvernant seul et de façon autoritaire, surtout vers la fin de son pontificat. » Face à l’Église fracturée à la mort du pape argentin, les cardinaux du monde entier ont donc opté il y a un an pour un retour aux traditions en désignant un pape moins dans l’action et davantage tourné vers la Curie romaine.
« On lui a assigné comme missions de reconsolider la structure et l’unité de l’Église et de gouverner avec les autres », précise le journaliste et historien. « Et c’est exactement ce qu’il a fait, avec quiétude et sérénité, dans la collégialité. Durant cette première année, il s’est consacré à stabiliser l’Église en se focalisant sur sa gestion interne et pourra maintenant se tourner davantage vers l’extérieur. »
Un retour aux traditions qui divise les fidèles
Cette première année de pontificat a rassuré Alessandro, fervent catholique de São Paulo (Brésil). « J’apprécie vraiment ce retour aux traditions, à la défense de valeurs plus conservatrices qui me ressemblent », témoigne-t-il. « Car je dois avouer que certaines prises de position ou déclarations du pape François m’ont parfois mis mal à l’aise. » « Et puis il était argentin et vous savez bien qu’au Brésil, ce ne sont pas nos meilleurs amis », ajoute-t-il en riant.

A l’inverse, Aurélie et Nicolas espèrent que le mandat de Léon XIV ne sera pas synonyme d’un retour à une vision trop « rétrograde » de l’Église. « Nous avons été bercés dans notre jeunesse par Jean-Paul II qui était d’une bienveillance incroyable et qui a fondé les Journées Mondiales de la Jeunesse », raconte ce couple lillois. « Donc le pontificat de Benoît XVI a été un choc pour nous, un gros retour en arrière. On espère que ce ne sera pas pareil avec Léon XIV, car François a été formidable. »
« À équidistance entre Benoît XVI et François »
Pour Christophe Dickès, le pape américain semble se situer « à équidistance entre Benoît XVI et François. » « Benoît XVI était un homme effacé, très discret et qui n’était pas à l’aise du tout en public », analyse le vaticaniste. « Tandis que Léon XIV, à la tête de l’Ordre des Augustins, connaît bien la scène internationale. Mais à la différence de François, l’aspect médiatique ne l’intéresse pas, il reste en retrait et il gère. »
Notre dossier sur le pape Léon XIV
En avril, le pape a pourtant fait parler de lui en prenant ouvertement position contre la guerre déclenchée par Donald Trump en Iran, ce qui lui a valu de vives critiques de la part du président, qui a déclaré ne pas être un grand fan du pape Léon XIV, le qualifiant même de « faible » et de « nul ». Toutefois, entre le Vatican et les États-Unis, la hache de guerre semble désormais enterrée après la visite, il y a une semaine, du secrétaire d’État américain Marco Rubio au Saint-Siège.
Une guerre de l’image remportée
Mais cet épisode, assez inédit, a tout de même marqué les 1,4 milliard de catholiques dans le monde. Dans ce clash, Léon XIV semble avoir gagné des points. « Il a eu raison de prendre position contre Donald Trump, car l’Église a toujours défendu la paix et non la guerre », estime Aurélie. « J’ai trouvé qu’il était resté très digne et diplomate, en demeurant ferme tout en évitant la confrontation. » Un avis partagé par Christophe Dickès. « Dans cette affaire, il n’a pas fait un pas de côté mais un pas au-dessus. Il a clairement gagné cette guerre de l’image en refusant de s’engager dans le jeu de Trump et en se montrant largement au-dessus de cette polémique. »
Une polémique que Silvio, prêtre à Cologne (Allemagne), a observée à distance. « Bien sûr que je défends notre pape, mais j’avoue me tenir assez éloigné de l’actualité car le monde va mal actuellement », assure l’homme d’Église. « À Léon XIV désormais de nous montrer la voie à suivre pour rétablir la paix partout dans le monde. » Une belle mission qui l’attend.

