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Tour de France 2026 : Glacier disparu, incendies et réchauffement climatique menacent la Grande Boucle

Il y a plus d’un siècle, le glacier de Sarenne, situé en Isère, s’étendait sur près de 125 hectares, soit l’équivalent de 175 terrains de football. Aujourd’hui, ce vestige glaciaire a été officiellement déclaré éteint, ayant perdu 130 mètres d’épaisseur. Le 25 juillet 2023, lors de la vingtième étape du Tour de France masculin, les cyclistes ont gravi ce col, soulevant la question : « Roule-t-on vers les derniers étés des glaciers français ? », comme l’ont souligné des scientifiques et des associations.

Ugo Nanni, glaciologue et chercheur au CNRS à l’Université Grenoble Alpes, a participé à la rédaction d’un communiqué sur cette situation alarmante. Selon lui, le glacier de Sarenne est un indicateur précieux de l’impact du changement climatique dans les zones montagneuses. « Les glaciers sont des témoins du changement climatique, car ils enregistrent les canicules et les variations de température. Chaque hausse de température entraîne une perte de masse », explique-t-il. Pour lui, la disparition de ce glacier est « alarmante », car elle symbolise la perte de témoins de notre histoire, même ceux qui ne sont pas humains.

Le communiqué, soutenu par plusieurs laboratoires et associations, évoque d’autres moments marquants du Tour de France, tels que les victoires de Marco Pantani à l’Alpe d’Huez en 1997, d’Andy Schleck au col du Galibier en 2011, et de Romain Bardet à Saint-Gervais-Mont-Blanc en 2016. Ces sommets, autrefois emblématiques, sont désormais profondément transformés. À l’Alpe d’Huez, par exemple, où Bernard Hinault avait remporté sa dernière victoire d’étape en 1986, le glacier est devenu méconnaissable.

Ugo Nanni prédit que le glacier de Saint-Sorlin, situé près du col de la Croix de fer, pourrait disparaître d’ici 2050 si les émissions de gaz à effet de serre continuent d’augmenter. Ce phénomène n’est pas isolé : dans les Pyrénées, le glacier d’Ossoue a vu sa superficie passer de 59 hectares en 2000 à 24 hectares en 2023, et deux tiers des glaciers pyrénéens ont déjà fondu depuis le début du siècle.

Des photos historiques montrent l’ampleur de cette transformation. Au col de Lautaret, un paysage enneigé en 1963 contraste avec des pentes dénudées en 2024. Le glacier de Sarenne, qui apparaissait massif sur une image de 1906, n’est plus qu’un lac entouré de rochers un siècle plus tard. Ugo Nanni souligne que ces images témoignent du changement climatique, et que pendant que le Tour continue d’attirer l’attention, des glaciers millénaires disparaissent.

Les spécialistes alertent sur le fait que 40 % du volume des glaciers a été perdu en vingt-cinq ans, et près de la moitié d’entre eux a disparu depuis le début des années 2000. Ugo Nanni insiste sur le fait que la disparition du glacier de Sarenne n’est pas une anecdote, mais un reflet de ce qui se passe dans l’ensemble du massif alpin.

La cause de ce recul est clairement identifiée : le changement climatique provoqué par les activités humaines, notamment la combustion des énergies fossiles. Ugo Nanni rappelle que ce phénomène a des répercussions sur l’ensemble des écosystèmes, des littoraux aux forêts, souvent moins visibles jusqu’à ce qu’ils deviennent catastrophiques.

Les experts de l’observatoire national Glacioclim précisent que même des hivers généreux ne suffisent plus à préserver les glaciers. Bien que les chutes de neige aient été normales cet hiver, les vagues de chaleur de mai et juin ont rapidement fait fondre le manteau neigeux, exposant la glace. Cette situation a des conséquences directes sur les écosystèmes de haute montagne et dans les vallées. Ugo Nanni explique que la disparition des glaciers modifie les ressources en eau et augmente les risques d’éboulements et d’avalanches.

Les scientifiques évoquent des événements tragiques récents, comme la disparition du village de La Bérarde en juin 2024 à la suite de pluies intenses, ou l’effondrement du glacier ayant détruit le village suisse de Blatten en 2025.

Cependant, le communiqué laisse entrevoir un espoir. Si les émissions de gaz à effet de serre étaient réduites conformément aux Accords de Paris, il serait possible de sauver une partie des glaciers. Emmanuel Thibert, de l’Institut des géosciences de l’environnement, souligne que chaque fraction de degré compte et qu’il est impératif de sortir rapidement des énergies fossiles. Ugo Nanni ajoute que des choix politiques forts peuvent encore influencer l’avenir.

Il plaide pour une transition rapide vers des énergies renouvelables, la réduction des émissions de gaz à effet de serre, et la mise en œuvre de politiques de sobriété pour préserver les territoires de montagne.

Enfin, le réchauffement climatique a également impacté le Tour de France Femmes, avec des ajustements d’itinéraires en raison de risques d’incendie. Les cyclistes du Tour masculin ont également été affectés par des conditions climatiques extrêmes, illustrant la nécessité d’agir pour protéger notre environnement. Ugo Nanni conclut en affirmant qu’il reste des leviers pour orienter le changement dans la direction souhaitée.