France

Séchresse : risque de pénurie d’eau dans le Sud cet été ?

La France fait face à un épisode de chaleur intense, avec plusieurs départements placés en vigilance canicule. D’ici 2038, 751 millions d’euros seront dépensés dans le cadre du plan « Or Bleu », notamment pour moderniser les réseaux hydrauliques.

La France connaît un épisode de chaleur intense inédit pour la fin de mai, avec plusieurs départements placés en vigilance canicule. La hausse des températures et le manque de pluie font ressurgir les souvenirs de la sécheresse de 2022, en particulier dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, où la situation était particulièrement critique.

L’été 2026 devra-t-il subir le même sort ? Dans le Sud, Zoé Mahé, directrice adjointe de la direction régionale de l’Environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) Provence-Alpes-Côte d’Azur, a rassuré lors d’un point presse sur le plan « Or Bleu » lancé en 2018 en faveur de la préservation de la ressource.

Nappes sous surveillance

« Depuis cet hiver, nous avons des précipitations très contrastées », précise l’experte. Alors que les mois de novembre et d’avril ont été secs, février a connu d’importantes précipitations, de même que le début de mai. En résultat, des cumuls de précipitations « conformes à l’Est » et même « légèrement excédentaires » à l’ouest du territoire ont été observés. L’humidité des sols, essentielle pour la régénération de la végétation, se maintient à un niveau supérieur aux normales saisonnières.

Les nappes phréatiques souterraines affichent des résultats globalement positifs selon les analyses du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM). Toutefois, les Alpes-Maritimes et le sud des Alpes-de-Haute-Provence demeurent sous surveillance. « Ici, les nappes sont proches des cours d’eau, elles sont très liées à l’état de ces derniers », souligne Zoé Mahé de la DREAL. Fin avril, les 46 000 kilomètres de cours d’eau que compte le territoire étaient dans une situation normale, à l’exception de l’Est de la région où la situation est plus précaire.

Le lac de Sainte-Croix, dans les Alpes-de-Haute-Provence, constitue une ressource d'eau stockée importante pour la région PACA.
Le lac de Sainte-Croix, dans les Alpes-de-Haute-Provence, constitue une ressource d’eau stockée importante pour la région PACA.  - M Allili/SIPA

Pour faire face à l’été, le Sud bénéficie d’un atout, car la région utilise des ressources locales ainsi que des eaux stockées grâce aux lacs artificiels de Serre-Ponçon sur la Durance et de Sainte-Croix sur le Verdon. À quelques semaines de l’été, ces lacs affichent un taux de remplissage correspondant aux objectifs pour garantir à la fois l’activité touristique et les prélèvements nécessaires. « Depuis la crise majeure de 2022, nous sommes dans une situation plutôt bonne », souligne Zoé Mahé. « Pour les ressources d’eau stockées, nous nous sentons assez sereins jusqu’à fin juillet, au moins. Ensuite, il y aura une nouvelle évaluation. » Cependant, la situation demeure fragile et pourrait rapidement se détériorer, surtout si les températures continuent d’augmenter.

Des restrictions à prévoir

Malgré ces données encourageantes, des restrictions d’eau sont déjà à anticiper pour cet été. Il sera interdit d’arroser les golfs entre 8 et 20 heures, de remplir les piscines privées ou encore de laver sa voiture. Ces mesures seront décidées par les préfets des départements, en fonction des différents niveaux d’alerte. « Dans des régions comme la Provence, à la fois estivale et touristique, il est essentiel de rester vigilant et d’appliquer le principe de sobriété », insiste Zoé Mahé.

« Bien que l’état des ressources cette année, à la date de fin mai, soit positif, nous savons qu’il ne le sera pas toujours à cause du réchauffement climatique », rappelle Benoit Moreau, directeur du développement de la Société du canal de Provence (SCP), qui gère la distribution des eaux du Verdon et de la Durance vers les villes du Sud. D’où l’importance d’investir pour préserver cette ressource. D’ici 2038, 751 millions d’euros seront investis dans le cadre du plan « Or Bleu », notamment pour moderniser les réseaux hydrauliques.

Retrouvez notre dossier consacré à la sécheresse

« D’ici quelques années, le régime hydrologique va complètement changer », alerte Zoé Mahé. « Les hivers seront de plus en plus pluvieux, avec des risques d’inondations, mais moins de neige, et les étés seront de plus en plus secs, sans la fonte du manteau neigeux pour alimenter les réserves. » Pour anticiper ces changements, une étude intitulée « Eau Sud 2050 » sera lancée à l’automne 2026. L’objectif est d’évaluer les besoins futurs du territoire. « Il faut être réaliste mais rester optimiste », conclut Benoît Moreau. « Nous aurons des conflits d’usage, mais nous devons nous assurer qu’ils ne soient pas trop violents. »