France

Sécheresse : « Un risque de coupures » d’eau potable en septembre ?

La France traverse actuellement une crise de sécheresse sans précédent, avec des niveaux alarmants de débits de rivières et de fleuves en chute libre. À la mi-août, deux tiers des nappes phréatiques se trouvent en dessous des niveaux normaux, tandis qu’une proportion significative des petits cours d’eau est soit à sec, soit en rupture d’écoulement. Selon la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, « plus de 40.000 personnes » ont subi des coupures d’eau au robinet, et 97 communes dépendent désormais de ravitaillements en eau par citernes ou bouteilles.

Les conséquences de cette sécheresse sont particulièrement préoccupantes pour l’approvisionnement en eau potable, qui est sous pression dans 50 départements. Au début du mois d’août, la ministre a signalé que « l’approvisionnement de plus de 550.000 habitants était considéré comme étant en tension, et près de 3 millions d’habitants placés en vigilance ». Dans 96 départements, des restrictions sur l’eau potable ont été instaurées.

Eric Sauquet, hydrologue à l’Inrae, souligne que « les écosystèmes sont aujourd’hui dans une situation de souffrance ». La situation hydrologique est critique, et les prévisions pour septembre dépendent largement des conditions météorologiques à venir. Avec une cinquième vague de chaleur, la sécheresse des sols continue de s’intensifier, atteignant des niveaux records sur l’ensemble du territoire. « En termes d’hydrologie, on est dans une dynamique de diminution de la ressource », explique Sauquet, ajoutant que les jours à venir ne devraient pas apporter de précipitations significatives.

Des pluies seraient nécessaires, mais elles doivent être régulières et modérées pour permettre une infiltration efficace dans les nappes phréatiques. Éric Servat, hydrologue et professeur associé à l’université de Montpellier, précise que de fortes pluies ponctuelles seraient insuffisantes pour résoudre la crise.

La France est confrontée à un étiage généralisé, ce qui rend difficile l’évaluation des zones les plus vulnérables aux coupures d’eau. Eric Sauquet indique que certaines régions sont plus sensibles, et la carte Vigieau, mise à jour par le ministère, permet de visualiser les départements concernés par les restrictions d’eau.

Simon Porcher, professeur à Paris Dauphine, ajoute que la situation varie selon les territoires. En Bretagne, par exemple, les pluies peuvent rapidement améliorer les réserves d’eau, tandis que dans d’autres régions, comme l’Est et le Bassin parisien, la situation est plus complexe en raison de la dépendance aux nappes souterraines. Bien que des pluies puissent apporter un soulagement, elles ne garantiront pas l’accès à l’eau potable dans certaines zones.

En 2022, plus d’une centaine de communes avaient déjà été privées d’eau potable en raison de la sécheresse, et cette année, le risque s’étend à des agglomérations de plusieurs milliers d’habitants, rendant la logistique d’approvisionnement plus difficile.

Dans la Manche, l’agglomération de Saint-Lô a été déclarée en crise sécheresse le 4 août, incitant habitants, entreprises et agriculteurs à réduire leur consommation d’eau. Simon Porcher souligne que des arrêtés de restrictions ont été mis en place dès mi-juillet pour préserver l’accès à l’eau potable en septembre. Les particuliers sont encouragés à éviter d’utiliser l’eau potable pour des activités non essentielles, mais l’accent doit être mis sur les usages économiques, qui représentent 80 % des prélèvements d’eau.

Le chercheur met en avant que la France doit adopter une approche proactive face à la sécheresse, exacerbée par le changement climatique. Des améliorations des infrastructures et des milieux naturels sont nécessaires pour mieux gérer cette ressource. Éric Servat insiste sur l’importance d’anticiper et d’investir dans des solutions durables, telles que la réduction des fuites, la réutilisation des eaux usées et la modernisation des systèmes d’irrigation.