
Russie : La Cour suprême exclut l’unique parti antiguerre des législatives
À l’approche des élections législatives en Russie, un coup dur frappe les électeurs qui s’opposent à la guerre en Ukraine. La Cour suprême a décidé, lundi, d’annuler l’enregistrement de la liste des candidats du parti libéral Iabloko, le dernier à revendiquer l’arrêt du conflit. Le juge Viatcheslav Kirillov a confirmé que « les demandes d’annulation de l’enregistrement » avaient été acceptées.
Cette décision fait suite à une requête d’un parti nationaliste, favorable au Kremlin, qui contestait l’autorisation donnée à Iabloko par la Commission électorale centrale pour participer aux élections de la Douma, la chambre basse du Parlement. Suite à ce jugement, une centaine de jeunes sympathisants se sont rassemblés devant la Cour suprême, scandant « Honte ! Honte ! ». Nikolaï Rybakov, le leader du parti, a annoncé son intention de faire appel.
Iabloko avait misé sur ces élections pour évaluer le soutien à l’opposition à la guerre, qui dure depuis quatre ans et demi. Nikolaï Rybakov avait récemment affirmé : « Notre bulletin de vote est la seule possibilité légale de se prononcer pour la paix ». Malgré cette volonté, le parti peine à obtenir des intentions de vote significatives. Un sondage réalisé plus tôt cette année le plaçait à 3 %, en dessous du seuil de 5 % requis pour obtenir des sièges à la Douma. Toutefois, Iabloko observe une mobilisation croissante parmi les jeunes Russes, mécontents des restrictions sur Internet et de la propagande gouvernementale. Selon un sondage de juin par l’institut Levada, qualifié d’« agent de l’étranger » par les autorités russes, 64 % des répondants se disaient favorables à des négociations de paix avec Kiev, tandis que 29 % préféraient la continuation des combats.
Fondé après l’effondrement de l’URSS, Iabloko, qui a longtemps été associé à un courant libéral pro-occidental, n’a plus de représentants à la Douma depuis les élections de 2007. Dans un climat où la majorité des opposants au président Vladimir Poutine sont soit emprisonnés, soit en exil, soit décédés, le parti a reçu le soutien de figures de l’opposition vivant à l’étranger, comme Ioulia Navalnaïa, veuve d’Alexeï Navalny, décédé en prison en 2024. Tous deux sont considérés comme « extrémistes » par le régime russe.
Iabloko fait également face à des poursuites judiciaires visant plusieurs de ses membres. Nikolaï Rybakov a récemment déclaré que « une quarantaine de nos militants font l’objet de poursuites ». Il a lui-même été condamné à une amende pour avoir publié une photo d’Alexeï Navalny. Actuellement, huit membres du parti sont incarcérés, dont Maxime Krouglov, l’adjoint de M. Rybakov, qui a été condamné fin juin à sept ans de prison pour avoir diffusé des « fausses informations » sur les forces russes.
