Roland-Garros 2026 : « Laissez-leur le temps », pas d’enflure pour les jeunes.
Ksenia Efremova, âgée de 17 ans, jouera son premier tour à Roland-Garros dimanche contre la tête de série n°18 Sorana Cirstea sur le court Suzanne-Lenglen. Moïse Kouamé, âgé de 15 ans, avait déjà exprimé sa volonté de se hisser « au même rang, voire plus, que Yannick Noah » lors de sa première apparition dans le tableau junior de Roland-Garros en 2024.

De notre envoyé à Roland-Garros,
Ksenia Efremova se projette déjà. Prévue dimanche en quatrième rotation sur le court Suzanne-Lenglen pour son premier tour à Roland-Garros face à la tête de série n°18, Sorana Cirstea, la jeune Française de 17 ans, lauréate de l’Open d’Australie juniors en début d’année, compte profiter de l’atmosphère du meilleur court du stade parisien. « Je vais ressentir du stress, mais je vais essayer d’utiliser le public pour gagner tous les points. » Elle a même une idée pour y parvenir. « J’espère pouvoir être avec La Tribune Bleue. Je vais les inviter. » Elle aura besoin de cela pour surmonter l’obstacle Cirstea, qui a triomphé de Sabalenka et Ostapenko à Rome.
Efremova respecte évidemment le palmarès de son adversaire expérimentée (« c’est une top 20, une joueuse incroyable »), mais cela ne l’empêche pas d’afficher des ambitions à la hauteur de son potentiel. « Je pense que j’ai vraiment le niveau pour les battre. Il n’y a rien à cacher. » Pas même son objectif rêvé pour sa première quinzaine chez les professionnels, qui est de « faire comme Loïs [Boisson] l’année dernière ». Une audace qui rappelle la première apparition de Moïse Kouamé dans le tableau junior de Roland-Garros en 2024, où le jeune homme, âgé de 15 ans, affirmait déjà vouloir se hisser « au même rang, voire plus, que Yannick Noah ».
« On a toujours une pression autour de nous »
Deux ans plus tard, le protégé de Richard Gasquet n’a pas changé de cap : il vise la place de numéro 1 mondial. Puisqu’il est sous le radar, autant faire preuve de répartie. Kouamé, tout comme Efremova, subit une pression constante depuis que les suiveurs les ont identifiés comme de très grands espoirs dès leur adolescence. « On a toujours une pression autour de nous », expliquait samedi la joueuse entraînée par Emmanuel Planque. « Quand tu entres dans cette atmosphère de pression, tu sais que tu vas vivre avec ça toute ta carrière. Ce n’est pas quelque chose de nouveau. »
Les deux sont par exemple soumis aux fameux « temps de passage », une métrique souvent redoutée qui compare les joueurs prometteurs aux plus grands champions de leur sport. Dans ce jeu risqué, il y aurait déjà urgence pour nos deux espoirs. À 17 ans, la numéro 1 mondiale chez les juniors a seulement deux mois pour remporter son premier titre WTA 250 et suivre le rythme de Mirra Andreeva, tandis que Moïse Kouamé n’a guère plus d’un mois pour s’imposer sur un Challenger à 17 ans et 3 mois comme Carlos Alcaraz. Au risque de décevoir, il est fort probable qu’aucun des deux n’y parvienne.
Et après, que se passe-t-il ? Devons-nous abandonner et penser qu’ils ne réaliseront jamais rien ? Faudrait-il sous-estimer la première victoire de Kouamé à 17 ans dans un Masters 1000 simplement parce que Richard Gasquet et Rafael Nadal ont fait de même à 15 et 16 ans respectivement ? « Peut-être qu’ils sont en retard par rapport à une Mirra Andreeva, mais par rapport à un autre, ils sont en avance », tempère Caroline Garcia, contactée par 20 Minutes. En fin de compte, l’objectif est d’arriver, peu importe l’âge. » Demandez ce qu’en pense Gabriel Debru, vainqueur de Roland-Garros juniors à 16 ans, interrompu dans sa progression par une grave blessure au poignet et qui doit désormais repartir de zéro au niveau universitaire aux États-Unis.
« Avec le « hype » qu’on a pu mettre sur moi, je me suis trop mis dans la tête qu’il fallait que j’y arrive très vite », confiait le jeune Français à L’Équipe. « J’ai voulu avancer trop vite. Je faisais des choses par obligation, en fonction de ce que les gens attendaient de moi. C’était une erreur. La pression et l’attention quand on est jeune, c’est difficile à gérer. On a l’impression d’être quelqu’un, alors qu’en réalité, on n’est personne. »
Avec Gasquet, Kouamé à l’abri des dangers de l’hyperprécocité ?
Nicolas Mahut, consultant pour France Télévisions cette année, fait l’éloge de la prudence et de la patience dans l’analyse des temps de passage. « On peut essayer de comparer et dire qu’un tel a un énorme potentiel, tout en évitant de toujours le mettre en avant toutes les deux semaines, chaque fois qu’il obtient un résultat. Non. Ça ne leur rend pas service. Laissez-leur du temps. Alcaraz a bien vécu cela, mais être comparé à Nadal à 17 ou 18 ans, c’est compliqué. Cela ne l’a pas empêché de remporter tous les Grands Chelem ni d’être le plus jeune numéro un mondial. Mais Moïse a très bien exprimé qu’il ne regardait pas cela et que ça ne l’intéressait pas. Tant mieux. »
Il est à noter que le protégé de Daryl Monfils, frère de Gaël et son agent depuis l’enfance, bénéficie d’un bon encadrement en matière de gestion des attentes précoces depuis qu’il reçoit les conseils de Richard Gasquet, qui a lui-même subi la pression des attentes à partir de 9 ans. Ce choix post-carrière semble logique pour le joueur possédant le plus beau revers à une main du pays. Juste avant de mettre un terme à sa carrière, il nous confiait son souhait d’aider les jeunes Français à éviter certains pièges. « J’ai été dans leur situation. Il y a quand même des choses à faire et à ne pas faire. Parfois, j’ai pu perdre du temps. » Kouamé n’hésitait pas à louer son entraîneur lors de son passage au Masters 1000 de Monte-Carlo : « Tout ce que vous pouvez imaginer, il me l’apporte. Il essaie de faire le maximum pour moi. Pour l’instant, c’est une super collaboration. C’est un coach complet : technique, mental, physique… » Un peu de calme, également, ne peut pas faire de mal avant un premier Roland-Garros.

