France

Procès en appel du financement libyen : Sarkozy fait face à Guéant avec douceur

Nicolas Sarkozy, 71 ans, est interrogé ce mercredi à la cour d’appel de Paris concernant les allégations de Claude Guéant, qui fragilisent sa défense. L’ancien président assure que l’épisode évoqué par Guéant n’a jamais eu lieu et que lui et son ancien collaborateur « n’ont voulu faire quelque chose pour Senoussi ».

À la cour d’appel de Paris,

Au tribunal, Nicolas Sarkozy, 71 ans, s’exprime avec emphase, tentant de convaincre la cour que les accusations portées à son encontre ne sont pas fondées. Vêtu d’un costume sombre, d’une chemise blanche et d’une cravate noire, l’ancien président est présenté ce mercredi en réponse aux affirmations de Claude Guéant, qui compromettent sa défense. Cependant, dans la première chambre de la cour d’appel de Paris, Sarkozy adopte un nouveau ton, évitant désormais toute attaque directe envers celui qui fut son « plus proche collaborateur ». « Cela ne veut pas dire que je pense que Monsieur Guéant ment. Sa mémoire a évolué, c’est son droit. »

Le président de la cour, Olivier Géron, commence l’audience en lisant deux lettres rédigées par Claude Guéant, absent du procès en raison de problèmes de santé. Dans ses écrits, Guéant, surnommé « Le Cardinal », évoque un dîner officiel à Tripoli, après la libération des infirmières bulgares, où Nicolas Sarkozy l’aurait « fait appeler » afin que Mouammar Kadhafi lui répète une « préoccupation » relative à son beau-frère, Abdallah Senoussi. Ce dernier a été condamné par contumace à la réclusion criminelle à perpétuité pour son implication dans l’attentat du DC-10 et faisait l’objet d’un mandat d’arrêt international. « Claude, voyez cela », aurait alors souligné le président à Guéant, qui était alors Secrétaire général de l’Élysée.

« Claude Guéant et moi nous sommes d’accord »

Un stylo blanc en main, Sarkozy donne le tempo. Il assure que cet épisode n’a jamais eu lieu : « La scène décrite ne me paraît pas extrêmement crédible. » Il qualifie cette prétendue « histoire » de financement de sa campagne contre des contreparties d’ « invraisemblable ». Il déclare : « Sur le fond, Claude Guéant et moi nous sommes d’accord. » Ni lui, ni son ancien « collaborateur » n’ont voulu « faire quelque chose pour Senoussi ». Plus clairement, il affirme : « Jamais, ni lui, ni moi, nous avons donné le sentiment aux Libyens de pouvoir faire quelque chose » pour le numéro 2 du régime. « Nous ne voulions, ni ne pouvions rien faire. »

Il cite en preuve ses « prises de position publiques et fermes » sur cette question durant sa campagne, ajoutant : « La seule solution, c’était une grâce. » Cependant, cette option a été « fermée » en « 2006 ». Selon lui, la seule fois où Kadhafi a évoqué son beau-frère, c’était en 2005, lors d’une visite en tant que ministre de l’Intérieur, au cours de laquelle il avait déjà pris « position contre la grâce » d’Abdallah Senoussi.

Élu président, Sarkozy et Kadhafi ont échangé au téléphone le 23 mai 2007. Il précise : « À aucun moment, le compte rendu libyen de cette conversation ne mentionne l’évolution judiciaire du beau-frère du Guide. » Le sujet n’est pas non plus abordé lors de la visite de l’ancien dictateur à Paris en décembre de la même année.

« Je ne serai pas aussi brutal »

Bien qu’il ait initialement rejeté la responsabilité sur Claude Guéant, qu’il considérait comme victime d’un « piège », Nicolas Sarkozy semble maintenant le ménager. Il admet même avoir eu tort de déclarer ne pas avoir été informé des quatre déplacements de Guéant en Libye entre 2008 et 2010. Sokarzy reconnaît que Guéant a pu lui « faire un compte rendu d’ambiance sur les pressions libyennes » concernant Senoussi, mais à cette époque, la Libye, qui figurait « en bas de la pile des relations internationales françaises », n’était pas une priorité pour lui, car il était préoccupé par la « crise financière ».

Le président Géron interroge également Sarkozy à propos d’un coffre que Guéant détenait dans une banque près de l’Opéra. Était-ce un lieu pour stocker de l’argent provenant du ministère de l’Intérieur ? Nicolas Sarkozy répond sans hésiter : « Je n’y crois pas, je ne peux pas l’imaginer et je ne le pense pas. » Il ajoute : « Claude Guéant a droit à la présomption d’innocence. » L’ancien président exprime également sa compassion pour son ancien bras droit, aujourd’hui âgé de 81 ans, qui s’est « dévoué sans compter » pour lui et qui « ne peut pas être là » alors que « son honneur est mis en cause ».

Me Vincent Brengarth, avocat de l’association Sherpa, partie civile, demande à Nicolas Sarkozy si les deux attestations rédigées par Claude Guéant ne constituent pas, pour lui, un « non-événement dans ce procès ». Le prévenu semble tempérer sa position : « Je ne serai pas aussi brutal ou désagréable », répond-il simplement.