Procès du clan Yoda : « D’autres Pirates ne manquent pas à Marseille »
Mohamed Hussein Saleh, 32 ans, est présenté comme le bras droit de Félix Bingui, le chef présumé du clan Yoda, et comparaît libre avec 18 autres prévenus soupçonnés de trafic de stupéfiants. L’accusation soutient qu’il avait une position hiérarchique élevée dans ce réseau, décimé par la DZ Mafia en 2023, et il est accusé d’avoir géré l’approvisionnement et la collecte de l’argent dans des points de deal.

« Alors en fait… » face aux questions de la présidente, Mohamed Hussein Saleh répond systématiquement. Malgré les longues heures passées dans la salle surchauffée de la 7e chambre du tribunal correctionnel de Marseille, le prévenu reste imperturbable. Âgé de 32 ans et vêtu d’un ensemble beige, il est présenté comme le bras droit de Félix Bingui, le chef présumé du clan Yoda.
Contrairement à celui surnommé « Le Chat », impassible dans le box des accusés, Hussein Saleh comparaît libre aux côtés de 18 autres prévenus, soupçonnés de trafic de stupéfiants, d’association de malfaiteurs et de blanchiment d’argent. Selon l’accusation, il aurait occupé une position hiérarchique particulièrement élevée au sein de ce réseau, décimé par la DZ Mafia en 2023. Il lui est reproché d’avoir géré l’approvisionnement et la collecte des fonds provenant des points de deal gérés par la bande, notamment le très lucratif four de « La Fontaine » à la cité de La Paternelle (14e).
Tourisme à Dubaï et balades à moto
« Dès la première heure de garde à vue, j’ai compris quel rôle on voulait me faire endosser », déclare Mohamed Hussein Saleh, qui conteste l’ensemble des faits qui lui sont reprochés. Il réfute aussi le surnom de « Pirate » qui lui est attribué, même s’il admet avoir été appelé ainsi dans sa jeunesse à cause d’un accident ayant temporairement blessé son œil. « C’était un surnom à l’école, au quartier, mais ça fait presque vingt ans qu’on ne m’a plus appelé comme ça », affirme-t-il à la barre. Le nom « Pirate » ou « Pi » apparaît néanmoins dans de nombreux messages, auditions ou écoutes qui viennent enrichir le dossier. « Il y a d’autres Pirates à Marseille », insiste-t-il.
Cependant, le dossier ne se limite pas à un simple surnom. La présidente a minutieusement examiné ses déplacements, ses activités et son niveau de vie entre 2021 et 2023, année de son arrestation. Qu’en est-il de ses mouvements dans Marseille, une nuit d’avril 2022, où il est soupçonné d’avoir voulu échapper à une surveillance policière ? « Je voulais fumer un joint au bord de l’eau. » Ses trajets à moto, comparables à des convois dans la cité phocéenne ? « Des balades. » Ses voyages à Dubaï, au Maroc ou en Thaïlande, où il retrouve des membres présumés des Yoda, dont Félix Bingui, un ami d’enfance ? « Du tourisme. » Ses passages dans une épicerie de nuit située rue Thubaneau (1er arrondissement), considérée comme un repaire de « la bande des Carmes » ? Il se rendait au local voisin pour jouer aux cartes.
« Multicartes »
Selon ses dires, Mohamed Hussein Saleh a la main chanceuse. Pour justifier son train de vie, largement supérieur à ses revenus déclarés, il évoque des gains issus de paris sportifs et de « la barboute », un jeu de dés clandestin. Il admet toutefois d’autres revenus illicites, tels que des sous-locations de véhicules, la revente de vêtements de luxe et la contrebande de cigarettes. De grosses sommes d’argent liquide à écouler lui ont permis d’acheter des montres, des baskets de grandes marques et de profiter de séjours coûteux avec des amis.
Les enquêteurs ont évalué ses dépenses par carte bancaire, surtout à Dubaï et au Maroc, à plus de 35.000 euros. « Impossible, je n’ai jamais dépensé une telle somme », rétorque-t-il. « Vous vous occupez aussi des magasins de vos parents en Algérie, vous avez commencé là-bas une formation pour devenir promoteur immobilier… Vous êtes multicartes », lance la présidente. « Je fais ce que je peux », répond le trentenaire, qui a déjà purgé une peine de prison pour des braquages.
« Il n’y a rien d’illégal »
Et concernant ses coaccusés ? Ce sont des connaissances de quartier, parfois des amis d’enfance, mais surtout une multitude de « services rendus », notamment pour Félix Bingui. Pour lui, Mohamed Hussein Saleh louait des chambres dans des hôtels de luxe de Marseille, soit à son nom, soit à celui de sa compagne. « Ça fait beaucoup d’intermédiaires pour une chambre d’hôtel », souligne la présidente. « Il n’y a rien d’illégal à faire ça », se défend-il. Il prêtait également des véhicules ou s’occupait de transporter une moto jusqu’en Espagne pour lui.
Lui aussi bénéficiait de services, avec plusieurs trajets en voiture où des personnes citées dans le dossier lui servaient de chauffeur. Est-ce le signe d’un rôle important ? Dans le dossier, une phrase est citée par la présidente : une témoin affirme qu’il est le « boss » de la cité phocéenne. « Si j’avais été le patron de Marseille, je ne vivrais plus là », lâche-t-il.

