Présidentielle 2027 : Raphaël Glucksmann évoque la « France des pavillons »
L’eurodéputé Raphaël Glucksmann a déclaré se donner « trois mois » pour convaincre de sa démarche en vue de l’élection présidentielle de 2027. Selon les données de l’Insee, 54,5 % des 38,4 millions de logements en France sont individuels, un type de logement particulièrement recherché par 97 % des habitants des zones rurales.
Parler à la « France des pavillons ». Lors de son passage au journal de 20 heures de TF1 mardi, l’eurodéputé Raphaël Glucksmann a présenté son essai *Nous avons encore envie* (Allary Éditions) et a franchi une étape symbolique en utilisant une expression peu courante dans le milieu académique. Se fixant un délai de « trois mois » pour convaincre de sa démarche en vue de l’élection présidentielle de 2027, le leader de Place publique a souligné l’importance de reconquérir la « France des pavillons ». Il a affirmé que la gauche « ne cherche plus à comprendre » les « besoins » et les « aspirations » de ce territoire, une analyse partagée par ce candidat bien placé dans les sondages de l’aile social-démocrate. Cette formule de Raphaël Glucksmann reflète une réalité sociologique et politique essentielle, longtemps négligée par les instances de la gauche.
Dans notre pays, sur les 38,4 millions de logements, 54,5 % sont individuels (Insee, 2025), particulièrement concentrés dans les zones et communes périphériques des pôles urbains. Pour beaucoup, la maison individuelle représente un rêve : 8 Français sur 10 préfèrent vivre dans ce type de logement pour bénéficier d’un espace extérieur, d’une plus grande liberté et de tranquillité (Ifop 2024). Ce choix est particulièrement plébiscité par les habitants des zones rurales (97 %), contre 79 % dans les zones urbaines régionales et 62 % au sein de l’agglomération parisienne.
**Fracture politique avec les cœurs urbains**
« Le périurbain est très divers, et l’on n’y vote pas de la même manière entre celui de Nevers [Nièvre] et le périurbain lyonnais, aux Monts d’Or, beaucoup plus riche », note Achille Warnant, codirecteur de l’Observatoire de l’expérimentation et de l’innovation locales (Œil) à la Fondation Jean-Jaurès. Toutefois, malgré la diversité de ces espaces, des types de logements et des catégories sociales des habitants, le géographe souligne qu’il existe un « survote du Rassemblement national dans les espaces ruraux et périurbains, un vote qui s’est intensifié depuis 2002 », date de l’arrivée de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle.
Dans cette « France périphérique » théorisée par le géographe Christophe Guilluy, un sentiment de relégation a émergé, aggravé par la fermeture progressive des services publics de proximité, tels que les bureaux de poste et les maternités. Révélateur des récentes crises en France, c’est dans ces zones qu’a débuté, en novembre 2018, le mouvement des « gilets jaunes » en réaction à la taxe carbone.
**Des enjeux majeurs pour la présidentielle**
Derrière l’expression de la « France des pavillons » employée par Raphaël Glucksmann, Achille Warnant y perçoit un « enjeu politique pour briser l’image d’une gauche centrée sur les grandes villes, et d’un discours écologique qui apparaît punitif ». Ce territoire, souligne également le géographe, soulève de nombreuses préoccupations quotidiennes qui alimenteront le débat lors de la présidentielle : les coûts de l’énergie et de la mobilité, alors que le prix de l’essence atteint 2 euros, l’accès aux services publics, ou encore l’objectif de zéro artificialisation nette (ZAN) d’ici 2050. Ce dispositif, introduit dans la loi « Climat et Résilience » de 2021, prévoit notamment une réduction de moitié de la consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiers d’ici 2031.
Pour réussir sa précampagne et officialiser sa candidature en 2027, l’eurodéputé doit rallier une partie des socialistes et des déçus de la macronie à sa cause. Il doit également séduire des millions de ménages mécontents du coût de la vie et sceptiques envers les politiques, en les rassurant que son projet de « transformation écologique » ne compromettra pas leur mode de vie. L’opération de séduction de la France des ronds-points et des jardins clos a donc commencé.

