France

Présidentielle 2027 : Le RN envisage-t-il de changer sa position sur le voile ?

Une mesure emblématique du Rassemblement national pourrait-elle être abandonnée ? L’interdiction du port du voile dans l’espace public, inscrite dans le projet présidentiel de Marine Le Pen en 2022, pourrait ne plus être d’actualité. « L’objectif, c’est qu’on ne voit plus le voile symbole de l’islamisme dans notre pays », a déclaré Sébastien Chenu sur le plateau de la matinale de TF1 ce lundi. Toutefois, le vice-président de l’Assemblée nationale a également précisé que son parti envisageait désormais de soumettre un « référendum sur [son] interdiction dans l’ensemble des bâtiments publics ». Faut-il interpréter cela comme un nouveau revirement du RN ? Faisons le point.

Que proposait jusqu’ici le RN sur le voile ? L’interdiction du port du voile constitue une mesure phare du programme du parti à la flamme depuis plusieurs années. Lors de sa première campagne présidentielle, en 2012, Marine Le Pen prônait l’interdiction du « port du voile ou de tout autre signe religieux ostentatoire », mais uniquement dans « les services publics administratifs dépendant de l’Etat ou des collectivités territoriales ». Quelques mois après cette campagne, en septembre 2012, elle se prononce finalement pour une interdiction du voile et de la kippa plus globale dans l’espace public. Pour la présidentielle de 2017, le Front National propose désormais de « rétablir la laïcité partout, l’étendre à l’ensemble de l’espace public et l’inscrire dans le Code du travail ».

Lors de la présidentielle de 2022, le mouvement met de côté la kippa et concentre son interdiction sur le « voile islamiste » dans la rue et tous les lieux publics, à travers une proposition de loi visant à « combattre les idéologies islamistes ». Cependant, les responsables du RN peinent alors à définir clairement les contours de cette interdiction et à établir ce que signifie réellement le terme « voile islamiste ». Lors d’une déambulation sur un marché du Vaucluse, quelques jours avant le premier tour de la présidentielle, la candidate RN a été mise en difficulté par une femme âgée musulmane portant un voile blanc, inquiète de cette future interdiction. Mal à l’aise, Marine Le Pen a finalement renvoyé la question aux futurs débats au sein du Parlement.

Quelle mesure pour 2027 ? Le sujet a été relancé il y a quelques semaines en interne par Jordan Bardella. Le président du RN, présenté comme le futur Premier ministre en cas de victoire à la présidentielle, avait déjà écarté cette mesure lors de la campagne des législatives anticipées de l’été 2024. L’eurodéputé et certains cadres du mouvement auraient ainsi proposé de supprimer cette mesure du projet présidentiel, exprimant leurs doutes quant à la faisabilité et aux bénéfices politiques d’une telle initiative, rapporte Le Monde. Cependant, Marine Le Pen aurait rejeté cette hypothèse, selon le quotidien, craignant d’être accusée d’un énième reniement, après les changements de position concernant la sortie de l’UE et de l’euro ou la retraite à 60 ans.

La candidate aurait donc décidé de ne pas trancher et de s’en remettre aux Français par référendum. Cette option a été confirmée lundi par Sébastien Chenu, un proche de la présidente du RN. Cependant, le député du Nord n’a pas réussi à clarifier le type de voile qui serait soumis au vote des Français, ce lundi sur TF1. « Il suffit de googliser ce que c’est qu’un voile islamique […] On définit ce qu’est un vêtement qui a une connotation religieuse et qui n’est pas républicaine », a-t-il tenté d’expliquer. Il a ajouté : « On le fait par étapes, on commence dans les bâtiments publics, les facs, la fonction publique… Mais il faut faire tomber le voile, à terme, dans notre société. »

Le RN a-t-il donc abandonné, dans un premier temps, l’interdiction dans tout l’espace public ? Qu’en est-il du flou juridique et des risques constitutionnels d’une telle mesure ? Contacté par 20 Minutes, l’entourage de Marine Le Pen n’a pas répondu à nos sollicitations.