France

Présidentielle 2027 : François Hollande est-il le « joker » de la gauche ?

A la sortie des législatives anticipées de l’été 2024, François Hollande réunissait ses soutiens pour un cocktail à la questure du Sénat mercredi soir. Dans les intentions de vote, François Hollande plafonne aujourd’hui toujours sous les 10 %, sans jamais parvenir à dépasser le score de Raphaël Glucksmann.


À l’issue des législatives anticipées de l’été 2024, le retour de François Hollande a suscité l’intérêt à l’Assemblée nationale. Ses collègues finissaient par sourire des ambitions présidentielles que l’on attribuait déjà à l’ancien chef de l’État. « Pourquoi un retour ? Il n’a jamais lâché… », plaisantait alors un élu socialiste. Près de deux ans plus tard, l’idée d’une candidature de Hollande semble être davantage qu’une simple « petite blague ».

Redevenu la personnalité politique préférée des Français selon le baromètre Ifop*, l’ancien président de la République a rassemblé ses partisans pour un cocktail à la questure du Sénat mercredi soir. Cela témoigne de son intention d’alimenter le débat autour d’une éventuelle nouvelle candidature à la présidentielle.

Devant ses admirateurs mercredi, François Hollande a partagé son évaluation de la situation politique et du contexte international. « Ce nouveau monde appelle une nouvelle gauche. On ne peut pas reproduire ce qu’on a fait avant », a-t-il affirmé, rappelant à ceux qui l’écoutaient qu’il « connaissait » bien « la fonction » présidentielle. « Je peux être utile mais je ne peux pas être un candidat de témoignage », a-t-il ajouté. « Il veut revenir, il se voit revenir, il est revanchard. Il trouvera bien une pirouette pour embêter Glucksmann et Faure », s’est moqué un ancien socialiste qui le connaît bien.

Alors que le Parti socialiste a décidé d’organiser une primaire fermée en octobre, l’élu de Corrèze a fait entendre qu’il ne participerait pas à ce processus. Cependant, il prévoit de se montrer actif à la rentrée, avec un livre prévu pour septembre et une tournée extensive sur le terrain et dans les médias. Peu importe si cela complique la campagne interne de son parti. « Il sera, dans toutes les sous-préfectures de France, ce qu’il adore. Il se prépare, mais il n’ira à la présidentielle que si les planètes s’alignent parfaitement », a confié un de ses amis.

Malgré sa montée en popularité, le défi qu’il doit relever est réel. Ses prédécesseurs, Nicolas Sarkozy et Valéry Giscard d’Estaing, n’ont jamais réussi à récupérer l’Élysée après une défaite. Bien qu’il n’ait jamais perdu, le président impopulaire n’avait même pas pu se représenter lors de son successeur en 2017. Actuellement, dans les intentions de vote, François Hollande reste sous les 10 %, sans jamais dépasser le score de Raphaël Glucksmann.

Néanmoins, le socialiste demeure un acteur politique redoutable qui pourrait compromettre les ambitions du leader de Place Publique. « Il est fort Hollande, je suis l’un de ceux qui disent qu’il ne faut pas le sous-estimer », a déclaré un élu proche de l’eurodéputé. Ce constat est partagé à droite, où l’on reconnait le talent de l’ancien président en campagne. « Je vois bien les électeurs de gauche s’agglomérer autour du type qui ne peut pas gagner, mais qui reste le moins mauvais. Glucksmann, il n’en fera qu’une bouchée », a ainsi commenté Julien Aubert, l’un des vice-présidents des Républicains.

François Hollande choisit donc de patienter jusqu’au début de l’année prochaine, misant sur un échec de la candidature de Raphaël Glucksmann, qui n’a pas encore dissipé les doutes quant à sa capacité à mener la bataille présidentielle. « Il a passé l’âge de se lancer juste pour avoir sa tête sur les affiches. Il n’ira que pour gagner, et pour faire gagner la gauche. Mais attendre l’effondrement d’un candidat désigné par la primaire est une stratégie risquée », a averti le député PS du Val-d’Oise, Romain Eskenazi.

Il faudra également compter sur Bernard Cazeneuve, qui a avancé un pas vers une candidature à l’Élysée jeudi, dans une lettre adressée aux Français. « La carte du recours n’est pas évidente. Déjà en 2022, il pensait que la chute d’Anne Hidalgo dans les sondages la pousserait à se retirer, mais elle s’est accrochée jusqu’au bout », s’inquiète un des partisans de l’ancien président. François Hollande se projette en « joker » de la gauche, sans toutefois avoir la certitude d’être un jour utilisé.