
Pokémon : « C’était devenu une obsession »… Le jeu de cartes pour enfants entraîne addiction et surendettement
Dans un bureau, un jeune homme s’effondre, criant de désespoir après avoir ouvert un booster de cartes Pokémon. Ce streamer Twitch, connu sous le nom de Wesbtw, a plié le paquet, envoyé par un spectateur pour une valeur de 50 dollars, avant de découvrir que sa carte rare, un Pikachu Rainbow, avait été endommagée, perdant ainsi une valeur estimée à plusieurs centaines de dollars.
Cette réaction, bien que surprenante pour certains, met en lumière les enjeux d’un univers où un simple jeu pour enfants peut engendrer des comportements proches de l’obsession. Le slogan emblématique du dessin animé des années 1990, « Attrapez-les tous ! », prend une tournure inquiétante pour de nombreux passionnés. Les cartes Pokémon peuvent en effet devenir une source de dépendance, poussant certains à s’endetter. Aux États-Unis, des groupes de soutien, tels que l’organisation Collectors MD, ont été créés pour aider ceux qui souffrent d’achats compulsifs liés à ces cartes.
Laurent Karila, addictologue à l’hôpital Paul-Brousse, explique que l’ouverture d’un booster provoque une montée d’adrénaline. « C’est un moment de suspense enrobé dans du plastique », dit-il. Le processus d’ouverture, de l’achat à la découverte de la carte rare, amplifie l’anticipation, semblable à celle ressentie dans les jeux d’argent. Bien que ces boosters ne soient pas classés comme des jeux de hasard, leur fonctionnement y ressemble. Dans son émission « Financial Audit », Caleb Hammer a rencontré des personnes acculées par leurs dettes à cause de l’achat de cartes Pokémon. L’un d’eux, Jeffrey, a dépensé plus de 26 000 dollars en un an, tout en niant avoir un problème de jeu.
Matthew, un Australien du Queensland, confie avoir dépassé les 10 000 dollars dans cette passion devenue obsession. Bien qu’il ne ressente pas un besoin irrépressible d’acheter, il admet que certains collectionneurs cachent l’ampleur de leur addiction à leurs proches. Thomas Amadieu, sociologue spécialisé dans les jeux d’argent, souligne que le mécanisme des boosters est comparable à celui des loot boxes et des jeux à gratter, où l’on mise de l’argent sur des probabilités.
L’ouverture d’un booster peut provoquer une euphorie intense, mais si la carte recherchée n’est pas au rendez-vous, un autre phénomène se manifeste : la peur de perdre tout ce qui a déjà été investi. Ce biais cognitif pousse certains à continuer à acheter dans l’espoir de récupérer leurs pertes. Les cartes Pokémon, souvent considérées comme des investissements, peuvent atteindre des prix exorbitants. La carte la plus chère a été vendue pour 16,49 millions de dollars, tandis que d’autres valent des centaines de milliers de dollars.
Sur les réseaux sociaux, le phénomène du déballage de cartes Pokémon, ou « unboxing », attire de nombreux spectateurs, créant une illusion de gains fréquents, semblable à celle des jeux d’argent. Cependant, les véritables gagnants restent rares, tout comme les captures de Pokémon légendaires.
Le marché des cartes Pokémon, avec ses sommes colossales, attire également des comportements douteux. Matthew dénonce les arnaques visant des enfants, où des cartes précieuses sont achetées à bas prix. Plus alarmant, des collectionneurs ont été victimes de violences. En 2021, un homme a été agressé au Wisconsin, ce qui a conduit la chaîne Target à suspendre temporairement la vente de cartes dans ses magasins.
Pour Matthew, la décision de revendre sa collection a été motivée par l’avenir de sa fille. « Je préfère cela à la quête d’un Pikachu ou d’un Dracaufeu », conclut-il, rappelant que, finalement, il ne s’agit que de morceaux de carton illustrés.
*Le prénom a été modifié pour garantir l’anonymat.
