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« Paris Police », « Montmartre », « Le Bazar de la Charité » : la Belle Époque démythifiée par les séries ?

La série Montmartre, diffusée sur TF1 en 2025, illustre une manière de revisiter la Belle Époque en mettant en scène un univers artistique et populaire à Paris. Le Bazar de la Charité, mini-série diffusée en 2019 puis remise à l’antenne en 2025, aborde les inégalités sociales et les contraintes imposées aux femmes à travers l’incendie de 1897.


« Nuit d’épouvante, de crimes et de mystères », titre le journal Le Matin dans Paris Police 1910. Dans cette série de Fabien Nury, diffusée sur Canal+, la Belle Époque n’est pas un âge d’or. Derrière les façades haussmanniennes se révèlent corruption, violences policières, tensions sociales et scandales politiques en lien avec l’affaire Steinheil. Ce choix narratif s’inscrit dans un contexte plus large.

Depuis plusieurs années, des séries comme Paris Police 1900, Paris Police 1905 et Paris Police 1910 offrent une relecture critique du tournant du XXe siècle. Corruption, inégalités, violences sociales… Le Paris dépeint est bien éloigné des images d’Épinal.

Selon l’historien Arnaud-Dominique Houte, auteur de L’envers de la Belle Époque et professeur d’histoire contemporaine à Sorbonne-Nouvelle, « les fictions donnent souvent l’idée d’une période soit très exceptionnelle, soit très sombre ». Les séries consacrées à la Belle Époque s’inscrivent ainsi dans une tradition de récits contrastés, oscillant entre fascination et désenchantement.

Une période très inégalitaire

Dans la trilogie Paris Police, l’historien reconnaît la qualité de ce travail. « J’ai beaucoup aimé les deux premières saisons. C’est vraiment documenté. Ça donne une crédibilité à la série, et l’imaginaire sombre et exagéré est une bonne idée. »

Dès Paris Police 1900, la République apparaît fragilisée par les scandales et les divisions. Paris Police 1905 approfondit cette vision en présentant une société fracturée par des tensions religieuses et sociales. La saison 1910 prolonge ces thèmes en explorant le rôle des médias et l’emballement de l’opinion publique. Pour Arnaud-Dominique Houte, cette noirceur n’est pas une invention. « Il n’y a jamais eu de totale naïveté sur cette Belle Époque. On reste dans une époque inégalitaire », précise-t-il.

« L’idée de Belle Époque apparaît dans les années 1930 et devient populaire dans les années 1950 », affirme l’historien. Ce décalage aide à comprendre pourquoi les séries actuelles semblent « casser » un mythe. En réalité, elles reviennent à une vision plus fidèle des réalités historiques. « Vers 1900, la France connaît une structure sociale très inégalitaire, malgré le progrès. »

« Montmartre » et « Le Bazar de la Charité »

La série Montmartre de Louis Choquette, diffusée sur TF1 en 2025, illustre une autre approche de la Belle Époque. En se concentrant sur le célèbre quartier parisien, elle dépeint un univers à la fois artistique et populaire, teinté de tensions sociales. Loin d’un simple décor pittoresque, Montmartre est présenté comme un lieu de rencontre entre misère, ambition et créativité.

On peut également mentionner la mini-série Le Bazar de la Charité, diffusée pour la première fois en 2019 puis à nouveau en 2025, qui s’inscrit pleinement dans cette relecture contemporaine de la Belle Époque. Inspirée d’un événement réel, l’incendie survenu lors de la fête de bienfaisance du Bazar de la Charité en 1897, elle met en lumière les inégalités sociales profondes et les contraintes imposées aux femmes dans une société qui, en apparence, brille.

« Une période suffisamment proche pour nous parler, et suffisamment différente pour nous dépayser. »

Si ces récits trouvent aujourd’hui un tel écho, c’est aussi parce qu’ils résonnent avec le présent. « Après la série Les Brigades du Tigre, il y a eu une période de creux. On observe depuis plusieurs années un regain d’intérêt pour la Belle Époque, avec une vision quelque peu désenchantée », explique Arnaud-Dominique Houte. « C’est une période suffisamment proche pour nous parler, et suffisamment différente pour nous dépayser », ajoute-t-il.

Les transformations rapides, les innovations techniques ou encore les tensions sociales font écho à notre époque contemporaine. La Belle Époque apparaît alors comme une période de transition. « Le fait qu’on sache que ça va mal finir oriente notre perception. »

Les séries ne modifient peut-être pas tant l’image de la Belle Époque qu’elles ne la rendent plus compréhensible. « Les réalisateurs exagèrent la réalité », souligne l’historien, mais remettent en lumière cette époque qui n’était pas seulement un âge d’or, mais aussi un moment de profonds contrastes. « C’est en 1900 que la France connaît sa structure sociale la plus inégalitaire malgré le progrès », rappelle Arnaud-Dominique Houte.