
« On ne vit qu’une fois » : ces femmes témoignent de leur voyage en Afghanistan
Lindsay se remémore son expérience unique : « Nous étions le premier groupe à faire de la randonnée dans le corridor du Wakhan depuis deux ans. » Ce lieu, avec ses vallées isolées, est connu pour ses paysages à couper le souffle. Pourtant, son attrait pour les alpinistes est terni par sa situation géographique, en Afghanistan, un pays que les gouvernements occidentaux déconseillent fortement de visiter suite à la prise de pouvoir des talibans en 2021. La situation sécuritaire y est préoccupante, marquée par des conflits avec le Pakistan, des risques d’enlèvement et un état des infrastructures déplorable, sans oublier les violations des droits humains.
Lors de son périple, Lindsay a croisé des talibans aux nombreux checkpoints. Un membre du groupe a même voulu se photographier avec eux, mais a exigé qu’un garde soit présent pour éviter de poser à côté d’une femme. « Nous avons tous pris la pose, mais il a fait venir un garde pour ne pas poser à côté d’une femme », raconte-t-elle.
Depuis leur retour au pouvoir, les talibans ont imposé des restrictions sévères sur les droits des femmes. Selon l’ONU, les filles de plus de douze ans n’ont plus accès à l’éducation, et les femmes doivent être accompagnées d’un homme pour sortir. Leur accès à certains emplois et soins médicaux est également limité, et elles sont souvent exclues de lieux publics tels que mosquées et parcs. Les femmes issues de minorités ethniques subissent des discriminations supplémentaires.
Cinq voyageuses, interrogées par 20 Minutes, ont toutes été témoins de ces injustices. Lindsay se souvient d’une visite à la Mosquée Bleue de Mazar-e-Sharif, où l’accès est interdit aux femmes afghanes depuis la prise de pouvoir des talibans. « En tant que femmes étrangères, nous avons payé et nous y sommes entrées. J’ai vraiment eu l’impression d’un deux poids, deux mesures », confie-t-elle.
Karen, une autre voyageuse, a dû corriger son guide irlandais qui affirmait que les femmes avaient le droit de travailler en montrant les quelques femmes présentes à l’aéroport de Kaboul. « C’est faux », a-t-elle répondu, précisant que ces femmes n’étaient là que pour effectuer des fouilles corporelles. Lors d’une soirée à l’hôtel, elle a été rappelée à l’ordre pour avoir voulu jouer au billard, une activité interdite aux femmes.
Nina, une voyageuse bulgare, a vécu une situation similaire en se voyant refuser l’entrée au parc national de Band-e-Amir, malgré leur arrivée matinale. Le groupe a dû se contenter d’une vue éloignée des lacs. Ces voyageuses ont également eu l’occasion de discuter brièvement avec des Afghanes, qui leur ont fait part de leur quotidien difficile. « Nous avons rencontré des femmes qui, auparavant, allaient à l’université et qui essaient maintenant de partir en Chine ou en Ouzbékistan », relate Lindsay. Un guide de Karen a même ouvert une bibliothèque pour permettre aux femmes d’étudier, mais les talibans lui ordonnent souvent de la fermer.
Bushra, une Australienne d’origine afghane, a visité sa famille cet été. « Mon cousin m’a dit qu’il n’avait pas emmené sa femme au parc depuis deux ans. Avant, il y avait tant de libertés », confie-t-elle. Dans les sites touristiques où les femmes sont autorisées, la présence des talibans est palpable. La vallée de Banyiam, célèbre pour ses niches creusées dans la roche, est un exemple frappant : ces lieux, autrefois ornés de statues de Bouddha, sont désormais marqués par les débris des explosions ordonnées par les talibans en 2001. En 2024, un attentat dans un marché a coûté la vie à trois touristes espagnols et à trois Afghans.
Jenny, une septuagénaire australienne, a visité le site en septembre. « Le site était très calme. Il y avait des gardes qui étaient gentils. On peut grimper derrière la plus petite niche pour un beau panorama. Les débris des explosions sont encore là », explique-t-elle. Passionnée de voyages, elle a choisi cette destination après avoir exploré l’Irak, affirmant : « On ne vit qu’une fois ! »
À Banyiam, Nina a même reçu un guide touristique de la part d’un taliban, qu’elle a trouvé risible en raison de son mauvais anglais. La politique et la géopolitique ont également influencé leur séjour. En sortant de l’aéroport de Kaboul, Karen a aperçu de la fumée s’élever au loin, découvrant plus tard qu’il s’agissait d’un attentat. Lindsay, quant à elle, a dû clarifier son accent nord-américain à plusieurs reprises, car les talibans avaient récemment décidé de ne plus accorder de visas aux Américains.
Le bilan de ces voyages est mitigé. Nina, voyageuse aguerrie, estime que l’Afghanistan a été le pays le plus difficile qu’elle ait visité. « J’ai eu peur des Talibans car ils portent des armes », avoue-t-elle. En revanche, d’autres, comme Jenny et Bushra, soulignent l’hospitalité des habitants et la beauté des paysages. Jenny raconte que sa guide, une femme, s’est occupée de tout, et elle a été accueillie comme une membre de la famille. Bushra, elle, a été chaleureusement accueillie dans les rues de Shar-e-Naw, où les habitants exprimaient leur joie de voir une étrangère revenir.
Le gouvernement taliban, qui n’est pas reconnu par la France, cherche à attirer les touristes. Selon le ministère de la Culture et de l’Information, cité par Tolo News, 10 000 touristes étrangers ont visité le pays en 2025.
