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Naufrage du ferry au large de Chypre : la sécurité à bord des navires de passagers remise en question.

Dimanche dernier, le ferry Filo Jet, reliant Kyrenia/Girne en République turque de Chypre du Nord au port de Tasucu en Turquie, a chaviré à 6,5 km des côtes chypriotes. Parmi les 267 personnes présentes à bord, au moins huit ont perdu la vie et dix-huit autres sont toujours portées disparues, selon un bilan qui reste provisoire.

Les circonstances entourant ce naufrage demeurent floues, les autorités n’ayant pas encore établi les causes exactes. Toutefois, des survivants ont signalé un manque de gilets de sauvetage et une assistance insuffisante de la part de l’équipage. Certains témoignages évoquent même un capitaine qui aurait été le premier à sauter du navire. Actuellement, ce dernier et huit autres individus sont en garde à vue.

Cet incident rappelle d’autres tragédies maritimes, telles que le naufrage du Costa Concordia ou l’incendie du Conception en Californie. Cela soulève des questions sur la sécurité à bord des ferries et des navires de croisière. Bertrand Apperry, ancien capitaine de navire à passagers et responsable de la sécurité à l’Association française des capitaines de navires, a accepté de répondre à nos interrogations.

Concernant la sécurité à bord de ferries comme le Filo Jet, Apperry souligne que ces navires sont préparés à faire face à diverses situations d’urgence, y compris l’évacuation. Sur un bateau de 40 mètres tel que le Filo Jet, qui peut transporter jusqu’à 400 passagers, l’équipage s’entraîne régulièrement sur une vingtaine de scénarios d’urgence. Les règles de sécurité sont uniformes à l’échelle internationale, s’appliquant à tous les pays, y compris Chypre. Cependant, il reconnaît que les situations d’urgence ne se déroulent jamais comme prévu, et il est possible que le Filo Jet ait heurté un objet sous-marin, entraînant son chavirement.

Pour garantir le respect des normes de sécurité, Apperry rappelle que les marins marchands bénéficient d’une formation standardisée à l’échelle mondiale. Les marins américains, philippins ou français reçoivent la même formation. De plus, des audits internationaux sont régulièrement réalisés pour garantir l’amélioration continue des pratiques de sécurité.

Les témoignages de rescapés mettent également en lumière des problèmes d’assistance lors de l’accident. Bien qu’il soit d’usage d’embarquer 10 à 20 % de gilets de sauvetage supplémentaires, la panique qui s’installe lors d’un naufrage peut empêcher les passagers de s’équiper à temps. De plus, avec un équipage limité à cinq à huit personnes pour 267 passagers, il est difficile d’assurer une assistance adéquate. Apperry souligne que, contrairement à une situation militaire où l’ordre est suivi, les passagers en situation de stress peuvent agir de manière imprévisible.

Il est également important de noter que la conception des catamarans, comme le Filo Jet, peut les rendre vulnérables. Si un flotteur prend l’eau, le bateau peut chavirer rapidement, comme cela a été observé lors de cet incident. Heureusement, les conditions météorologiques étaient clémentes et les secours ont pu intervenir rapidement, ce qui a évité un bilan encore plus lourd.

Quant à la fréquence de tels accidents, Apperry affirme qu’ils sont en déclin. Depuis le naufrage du Herald of Free Enterprise en 1987, des progrès significatifs ont été réalisés en matière de gestion de la sécurité maritime, notamment avec l’introduction du code ISM, qui régit l’organisation des secours et la formation des équipages. Bien que des améliorations aient été apportées, il reste encore des défis à relever, notamment en ce qui concerne les navires plus anciens.

En conclusion, bien que des tragédies comme celle du Filo Jet soulèvent des préoccupations légitimes sur la sécurité maritime, il est essentiel de garder à l’esprit que voyager en mer comporte toujours des risques inhérents.