France

Moche, mal taillé : la galère des maillots de bain à taille.

Aujourd’hui, selon l’union française des industries mode et habillement, une femme sur deux s’habille entre la taille 40 et 44, une sur trois en 46 ou plus. Près de 60 à 70 % des femmes se situent entre du 42 et du 48 en France, mais l’offre reste très concentrée sur les tailles 36-40.


Les morphologies féminines sont variées : poitrines pleines avec dos fin, hanches larges, taille marquée, ventre proéminent, fesses arrondies, épaules larges, jambes longues ou courtes. Pourtant, de nombreuses marques de maillots de bain peinent à prendre en compte cette diversité corporelle.

Pourquoi est-il si difficile de dénicher un maillot adapté quand on s’éloigne de la taille M ? Aujourd’hui, d’après l’Union française des industries mode et habillement, une femme sur deux porte une taille entre 40 et 44, et une sur trois opte pour une taille 46 ou plus. Seulement 20 % des Françaises s’habillent en taille 38 ou moins. Le marché doit donc évoluer rapidement, ce que certaines marques et créatrices de contenu ont compris.

Agrandir sa gamme ou innover ? La diversité des corps serait souhaitable dans les boutiques tout comme dans la vie quotidienne. Cependant, la plupart des marques continuent à proposer des modèles basés sur des standards datant des années 1990-2000 : taille fine, hanches étroites, poitrine proportionnée. Les corps réels, en revanche, sont bien plus diversifiés et ont évolué. Près de 60 à 70 % des femmes en France se situent entre les tailles 42 et 48, mais l’offre reste largement axée sur les tailles 36-40. Par conséquent, soit les rayons sont vides, soit les modèles plus inclusifs ne sont que des versions agrandies des maillots standards, sans réajustement des proportions et du confort. Les marques doivent donc choisir entre deux approches : créer des produits adaptés à toutes les morphologies ou offrir plus de tailles pour des modèles déjà confortables.

Le géant du sport Decathlon a décidé d’élargir sa gamme sans créer une ligne spécifiquement destinée aux tailles plus grandes. Aurore Langlois, experte sur la gamme Heath & Sports Accessories, précise : « Ce n’était pas envisageable de dire à une femme qui vient chez nous qu’elle ne pouvait pas acheter de maillot parce qu’elle ne trouve pas sa taille. Et nous, on se refusait aussi d’avoir des collections spécifiques grande taille, par exemple. Le maillot que tu achètes en 36 ou en 38, tu l’as aussi en 48 ou tu l’as aussi en 52. On voulait qu’un maillot que tu aimes en 36, tu puisses aussi le trouver en plus grande taille. » Des marques spécialisées ont donc la possibilité de développer leurs gammes, comme c’est le cas de Sans Complexe, qui depuis trente ans aide les femmes aux formes généreuses à trouver leur bonheur. Cléa Munoz, directrice marketing de Sans Complexe, explique : « La marque est spécialisée sur la partie lingerie. Nos clientes nous ont demandé de mettre notre expertise pour les produits de bain. Aujourd’hui, nos maillots de bain vont du bonnet B au bonnet G. C’est une offre qu’on travaille parce que c’est encore d’autres matières, d’autres contraintes et une autre approche du produit. »

Un nouveau phénomène émerge : les créateurs de contenu, qui se lancent là où les grandes marques hésitent faute de technique et de moyens. Plusieurs créatrices ont décidé de lancer leur propre marque inclusive. Justinaccessible a créé justeunmaillot. Bien qu’elle n’ait pas souhaité répondre à nos questions, les consommatrices ont partagé leurs avis. Avec des produits allant du bonnet A au bonnet M et des culottes jusqu’au XXL, la jeune femme a su séduire celles qui peinaient à trouver des modèles adaptés. « C’est quand même fou qu’une toute nouvelle marque propose autant de tailles, c’est beau », a déclaré Cassandra, qui a opté pour un maillot jaune. Coline a également fait confiance à Justine et a été ravie : « La bande sous la poitrine est très large et les bretelles sont réglables. Pour une fois, je n’ai pas peur d’en perdre un bout ou de finir les seins à l’air en sautant dans la piscine. » L’un des atouts de ses créations est que les consommatrices peuvent choisir la taille de leur maillot en fonction de leur tour de dos et de poitrine, afin d’adapter la couvrance souhaitée.

Pourtant, pourquoi en 2026 les marques grand public hésitent-elles à créer des collections avec plus de tailles ou de modèles diversifiés ? Selon Cléa Munoz, le principal problème réside dans le savoir-faire très spécifique requis pour des maillots de bain plus inclusifs. « Il faut vraiment prendre le temps de penser chaque élément. L’assemblage est très important entre le textile, les bretelles, le système d’agrafage. Chaque millimètre est essentiel », souligne l’experte, précisant qu’au-delà de cela, pour les marques, c’est un véritable engagement. Créer plusieurs tailles nécessite des ressources significatives. Pourtant, ces investissements pourraient rapidement porter leurs fruits en attirant les millions de Françaises qui peinent à trouver le maillot qui les mettra à l’aise cet été.