MMA et corrida, les premières mesures des maires du RN ?
Le Rassemblement national (RN) est arrivé au pouvoir dans plus de 70 communes, dont une soixantaine lors des dernières élections municipales. L’Observatoire national de l’extrême droite (Oned) a identifié des marqueurs de l’extrême droite dans 30 % à 35 % des communes nouvellement dirigées par le RN.
Il y a eu des premiers gestes, principalement symboliques, tels que le retrait des drapeaux européens des façades de certaines mairies récemment conquises par le Rassemblement national (RN) lors des dernières élections municipales. Trois mois après le second tour, qui a vu le RN accéder au pouvoir dans environ soixante communes, portant leur nombre total à plus de 70, ces nouveaux maires ont pu commencer à imposer leur style. Par exemple, le maire de Carpentras (Vaucluse) a supprimé une subvention municipale de 3.000 euros au planning familial, déjà très symbolique.
L’Observatoire national de l’extrême droite (Oned) a attentivement analysé ces nouvelles orientations. Il a lancé une initiative collaborative sur les mairies RN afin de compiler des mesures qui pourraient être des indicateurs de l’extrême droite, qui est pour la première fois aux commandes de nombreuses communes.
### Coup de grisou sur les syndicats
« Ce sont souvent des communes de tailles moyennes, parfois petites, mais qui sont toujours des laboratoires de l’extrême droite », déclare à *20 Minutes* Thomas Portes, président de l’Observatoire et député LFI de Seine-Saint-Denis. « Et ces marqueurs – orientation culturelle, attaques contre les syndicats, contre des dispositifs sociaux et associatifs, ou encore l’accueil des ressortissants étrangers, a listé l’élu, ont été identifiés dans 30 % à 35 % des communes nouvellement RN. »
À commencer par le nouveau maire de Carcassonne (Aude), Christophe Barthès, qui a émis un arrêté municipal anti-mendicité peu de jours après son élection. Malgré le récent rejet de sa demande de retrait d’une œuvre de l’artiste franco-marocain Mehdi-Georges Lahlou, l’exposition ne relevant pas de sa municipalité, il a continué ses actions en refusant dernièrement la mise à disposition d’une salle pour organiser le vote des Algériens de l’étranger, appelés aux urnes le 2 juillet, tout en envoyant des huissiers à la Bourse du Travail pour notifier aux syndicats leur expulsion des locaux municipaux occupés depuis près de 100 ans par la CGT, en raison de leur participation à une manifestation contre l’extrême droite, rapportent *Le Monde* et *La Dépêche du Midi*.
Dans ce même esprit, le nouveau maire RN de Liévin (Pas-de-Calais) a choisi de se passer des syndicats pour la cérémonie organisée chaque 1er mai en mairie, commémorant un coup de grisou qui, en 1974, a causé 42 morts dans cette ville minière, se contentant d’une gerbe de fleurs, selon Franceinfo.
### Un octogone préféré à Napoléon
Dans un registre différent, à Vauvert dans le Gard, les 65.000 euros de subventions allouées au festival de jazz, désormais annulé au profit d’une commune voisine, laissent place au retour de la corrida, après neuf ans d’absence. Moins traditionnel mais tout aussi sanglant, le MMA fera son apparition dans la programmation culturelle de La-Seyne-sur-Mer. Dans *Var Matin*, son maire récemment élu, Dorian Munoz, considère qu’il s’agit d « un créneau à prendre, en termes d’événementiel » et supprime également un festival de street art ainsi que la célébration annuelle de la prise de Toulon par Napoléon, jugée « au budget disproportionné », a tranché le nouvel édile RN.
Dans le sud, à Bagnols-sur-Cèze (Gard), la maire Pascale Bordes a considérablement réduit la programmation culturelle, annulant les concerts du trompettiste franco-libanais Ibrahim Maalouf, du chorégraphe Mourad Merzouki et de l’humoriste Muriel Robin, selon *Le Canard enchaîné*. Plus au nord, à Harnes (Pas-de-Calais), l’organisation d’un ciné-débat sur l’univers queer a été confiée à une nouvelle association fraîchement créée et dirigée par un élu de la nouvelle majorité d’extrême droite.
Ces prises de contrôle de l’agenda culturel et social des communes s’accompagnent de mesures similaires concernant la vie associative. Ce mercredi, la municipalité de Perpignan, dirigée par Louis Aliot, réélu dès le premier tour au printemps dernier, a voté une révision du règlement d’attribution des subventions stipulant, entre autres, « d’utiliser prioritairement le français académique dans leur communication institutionnelle » et la « participation aux cérémonies commémoratives du 11 novembre, 8 mai et 14 juillet », a alerté une élue d’opposition.
