Meurtre du petit Jonathan : un camarade dit avoir vu un homme dans le dortoir
Adrien, le seul élève témoin, a déclaré avoir vu « un homme, grand, s’approcher du lit de Jonathan » et avoir entendu une voix lui poser la question « est-ce que tu dors ? ». Martin Ney, un pédocriminel allemand de 56 ans, nie être le meurtrier de l’enfant, tout en prétendant ne pas parler français.

A la cour d’assises de Loire-Atlantique,
Adrien a rapidement laissé transparaître son émotion. Vingt-deux ans après le meurtre de Jonathan Coulom, enlevé et tué lors d’une classe de mer, les mêmes souvenirs et interrogations « reviennent sans cesse ». Ce jeudi, il est le seul élève de la classe de la victime à témoigner devant la cour d’assises de Nantes.
Cette semaine d’avril 2004 est gravée dans son esprit. Adrien se rappelle de la sortie en chars à voile, de la visite des chantiers navals de Saint-Nazaire et de la chasse au trésor qu’il a ratée à cause d’une fièvre. Reposé, il a néanmoins pris part à la « boum » organisée le 6 avril au soir. « Nous avons beaucoup dansé », se remémore cet homme de 32 ans. Il ajoute : « Mais Jonathan semblait un peu triste, il m’a dit ‘demain, je ne serai plus là’. »
« Est-ce que tu dors ? »
Les enquêteurs ont longtemps tenté de comprendre cette phrase. Adrien a-t-il imaginé cela en raison de sa santé ? Il reste fidèle à sa première déposition : Jonathan a bien prononcé ces mots quelques heures avant sa disparition. « Je regrette de ne pas avoir posé plus de questions », confie-t-il. Ce soir-là, en raison de la fête, les enfants se sont endormis plus tard que d’habitude, « vers 22h30 », pense Mickaël, animateur de la classe de mer et témoin dans cette affaire. Il n’a rien vu ni entendu, mais ce n’est pas le cas d’Adrien.
« J’ai perdu la notion du temps », avoue l’ancien camarade de classe. Adrien dit avoir aperçu, alors qu’il tentait de s’endormir, « un homme, grand, s’approcher du lit de Jonathan. » Il poursuit : « Il m’a pointé avec une arme, un objet brillant que j’ai associé à un couteau. » Terrifié, « je me suis caché sous la couette puis j’ai entendu une voix demander à Jonathan ‘est-ce que tu dors ?’ ». Cette voix, Adrien n’avait jamais entendu auparavant. « L’homme n’avait aucun accent », assure le témoin.
L’accusé dans cette affaire est un Allemand de 56 ans qui prétend ne pas parler français. Martin Ney, un pédocriminel condamné à la réclusion à perpétuité dans son pays pour des affaires similaires, nie être le meurtrier de l’enfant.
Parole d’enfant
Le jeune Adrien est resté longtemps sous les draps à « faire semblant de dormir ». Aujourd’hui, il regrette et sous-entend que les adultes ne l’ont pas pris au sérieux. Après que l’homme ait quitté la chambre, il se rappelle avoir secoué un camarade. « Nous avons joué à la console toute la nuit », paralysés par la peur de traverser le couloir pour alerter les adultes. Le lendemain matin, n’ayant toujours pas de nouvelles de Jonathan, les garçons ont informé les animateurs. On leur a répondu qu’il devait jouer à cache-cache. Ce n’est que plusieurs heures plus tard que les gendarmes ont été prévenus.
Le témoignage d’Adrien, auditionné plusieurs fois durant l’instruction, a été pris avec précaution par les enquêteurs. Dans ce dossier, il est perçu comme l’enfant qui fabule, qui avait de la fièvre. « Peut-être que j’ai échangé quelques détails, mais d’autres restent très précis », insiste-t-il. Durant ces 22 ans, le jeune homme a bénéficié d’un suivi psychologique. Dans l’après-midi, un autre témoin clé est attendu à la barre : un ancien agriculteur a à plusieurs reprises déclaré aux enquêteurs avoir vu un homme près d’une BMW immatriculée en Allemagne aux abords de la zone où le corps de Jonathan a été retrouvé.

