
Mégafeu en Gironde : Quelles seront les conséquences pour la forêt ?
Le retour à la normale après l’incendie dévastateur en Gironde est encore loin d’être atteint. Bien que le feu ait été fixé depuis samedi, le travail de réhabilitation des 42 000 hectares touchés, le plus grand incendie en France depuis 1949, vient tout juste de commencer. Les efforts se concentrent désormais sur la surveillance, la sécurisation et la replantation des zones sinistrées.
Les cendres dissimulent encore des braises actives, et une nouvelle phase de vigilance débute. Les « feux zombies », ces braises qui persistent sous terre pendant plusieurs mois, représentent une menace constante. Le lieutenant des pompiers, Cyril Venière, souligne que « le feu est partout, il couve […] Ce sera le cas pendant des semaines, voire des années », en faisant référence à l’incendie de Landiras en 2022.
Pour contrer ce risque, l’association Défense de la forêt contre les incendies (DFCI), qui regroupe 2 500 bénévoles en Aquitaine, espère obtenir des renforts pour assurer une surveillance continue, au moins jusqu’aux pluies d’hiver. Son président, Bruno Lafon, exprime ses inquiétudes face à l’ampleur des dégâts : « Au mois d’août, il fera chaud, donc il va y avoir des reprises tous les jours. »
La sécurisation des zones touchées nécessite l’abattage des arbres calcinés ou affaiblis. Les spécialistes de l’Inrae recommandent de couper les arbres dont la base a brûlé, tandis que ceux dont seule la partie verte est affectée peuvent survivre. Cependant, il est impératif d’agir rapidement, car les pins fragilisés sont vulnérables aux parasites, notamment le scolyte sténographe, qui peut entraîner la mort de l’arbre. L’abattage à grande échelle s’annonce inévitable, comme cela a été le cas après les incendies de 2022.
Une nouvelle menace se profile avec la détection du nématode du pin, un ver ravageur, dans les Landes. François Guiraud, président de l’interprofession du pin maritime (CIPM), met en garde contre le risque de superposer deux crises, le nématode étant attiré par le bois brûlé. Il a également mentionné qu’il pourrait y avoir « 4 à 5 millions de tonnes » de bois à exploiter, soit l’équivalent d’une consommation annuelle pour l’industrie du bois dans la région.
Lundi, la préfecture a convoqué les entreprises forestières pour dresser un état des lieux des dégâts et discuter de possibles dispositifs de soutien pour un secteur crucial pour l’économie locale, représentant 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 60 000 emplois en Nouvelle-Aquitaine.
La forêt des Landes de Gascogne, qui s’étend sur un million d’hectares, est l’une des plus exploitées de France. Sa quasi-monoculture de pin maritime, combinée à la mécanisation et à la proximité des habitations, la rend particulièrement vulnérable aux incendies, exacerbés par le changement climatique.
En visite en Gironde, le président Emmanuel Macron a plaidé pour « replanter et rebâtir une forêt différente » afin de mieux s’adapter au réchauffement climatique et à la pression résidentielle et touristique. La fédération des forestiers privés, Fransylva, appelle à la création d’une « zone tampon inconstructible à moins de 50 mètres des bois » et à un meilleur respect des obligations de débroussaillement.
Cependant, certains experts, comme l’écophysiologiste Sylvain Delzon de l’Inrae à Bordeaux, soulignent que remplacer le pin maritime par une autre espèce ne résoudrait pas les problèmes liés à la sécheresse et aux incendies, affirmant que le pin est l’essence la plus adaptée à ce type de sol.
