France

Marseille : Comprendre la « Rugulopteryx okamurae », algue invasive japonaise.

La « Rugulopteryx okamurae » est présente sur tout le littoral, de Marseille à Toulon, ainsi que dans la lagune de l’étang de Thau et à Agde. En 2022, des capteurs d’air ont été installés à Callelongue, mais aucun seuil d’alerte n’a été atteint selon les mesures effectuées par Atmosud.

La Rugulopteryx okamurae serait arrivée accidentellement à Marseille, accrochée à des huîtres japonaises introduites dans l’étang de Thau, en Occitanie. Elle est désormais présente le long de tout le littoral, notamment dans les calanques de Marseilleveyre et de Callelongue, dans le 8e arrondissement. Cette algue brune, odorante, altère quelque peu le paysage typique de la région.

« En temps normal, à Marseilleveyre, elle se dépose sur la plage puis repart à cause des mouvements de la mer. Cette année, elle est restée en grande quantité », explique Guy Barotto, président du Comité d’intérêt de quartier (CIQ) Callelongue Marseilleveyre et propriétaire d’un cabanon à Callelongue depuis quatre générations. « C’est une algue qui a été observée à Marseille pour la première fois en 2021. On a découvert sur l’île Maïre, en mer ouverte, un peuplement d’algues riche et dense », précise Sandrine Ruitton, enseignante-chercheuse à l’Institut Méditerranéen d’Océanologie (MIO).

Un climat propice

Originaire du Japon, plus précisément d’une zone tempérée du nord-ouest de l’Océan Pacifique, cette algue se développe bien dans des conditions similaires à celles du climat méditerranéen, notamment dans le golfe du Lion. « C’est lié à son adaptation à nos conditions climatiques », souligne Sandrine Ruitton. Actuellement en phase d’expansion, la Rugulopteryx okamurae s’étend de Marseille à Toulon, dans la lagune de l’étang de Thau, mais aussi à Agde et sur la côte rocheuse d’Occitanie.

Sa période de croissance s’étend de la fin de l’hiver au printemps, avant que les températures ne deviennent trop élevées. En attendant, cette algue brune occupe de plus en plus d’espace. Sur les rochers, des poids allant jusqu’à 2 ou 3 kilos ont été constatés sur le littoral marseillais. « À chaque houle, elle peut se briser et se détacher des rochers pour rester en suspension dans l’eau. Une partie s’échoue ensuite sur les plages et dans les criques », détaille Sandrine Ruitton.

Puanteur et gaz

Cette accumulation crée des désagréments. « Soit il y a peu d’algues et elles se dessèchent rapidement, devenant presque invisibles. Soit elles s’échouent en grande quantité et fermentent, comme les algues vertes en Bretagne », explique l’enseignante-chercheuse. En plus de l’odeur désagréable, ce processus de décomposition peut générer de l’hydrogène sulfuré (H2S), un gaz incolore potentiellement toxique en forte concentration.

Des capteurs d’air avaient été installés à Callelongue en 2022, suite aux préoccupations des riverains, mais aucun seuil d’alerte n’a été franchi. « À ce stade, les observations et les mesures effectuées par Atmosud indiquent que les concentrations de sulfure d’hydrogène dans l’environnement ne présentent pas de risque pour la santé. Bien que des nuisances olfactives puissent être ressenties localement, elles ne justifient pas d’intervention particulière », affirme la ville de Marseille, qui assure suivre la situation de manière régulière, avec des bilans réalisés tous les quinze jours.

Impact local

L’impact le plus notable de la Rugulopteryx okamurae est sur les écosystèmes marins locaux. « Dans les zones envahies, une modification de l’écosystème a été observée, avec une diminution des algues autochtones au profit de la Rugulopteryx, qui recouvre totalement les roches marines », explique Sandrine Ruitton. Ce changement d’environnement nuit à certaines espèces, notamment les oursins, qui sont herbivores mais peu enclins à se nourrir de cette algue japonaise. Les pêcheurs professionnels se trouvent également affectés par cette algue.

En attendant que cette espèce « trouve sa place », une certaine vigilance demeure nécessaire. « Nous subissons la situation. Nous n’avons pas d’autre choix », se désole le cabanonier, d’autant plus que l’accès difficile à Marseilleveyre complique toute opération de déblaiement.

Sandrine Ruitton appelle à la prudence. « Il ne faut pas intervenir systématiquement, souligne-t-elle. Enlever les algues d’une plage risque de retirer du sable et des espèces vivantes… Parfois, il vaut mieux laisser les algues sécher naturellement. » Les riverains préfèrent alors composer avec les nuisances olfactives.