France

« Les pèlerins malades n’attendent-ils vraiment qu’un miracle à Lourdes ? »

Dans le cadre du Pèlerinage national de l’Assomption, un TGV a été spécialement affrété pour transporter des centaines de pèlerins de Lyon à Lourdes, une destination emblématique pour de nombreux croyants. Ce mercredi matin, dans le hall de la gare Perrache, l’atmosphère est empreinte d’une ferveur palpable. Georges, casquette noire ornée du mot « Lourdes », est l’un des nombreux passagers qui s’apprêtent à prendre place dans ce train unique, organisé par l’association Notre-Dame-du-Salut.

Sur le quai, Arlette, 88 ans, attend dans son fauteuil roulant, entourée de sa famille. Sa vue se dégrade, mais cela ne freine en rien son désir de participer à ce pèlerinage. « Je ne vois qu’à 1/10e de l’œil gauche, et je vieillis… », confie-t-elle. Lorsque sa médecin généraliste, Catherine Bernard de Villeneuve, lui a parlé de ce voyage, elle a immédiatement saisi l’opportunité. « C’est l’occasion d’exaucer son vœu », ajoute Maria, sa belle-fille, avec un sourire chaleureux.

Arlette exprime son souhait : « Je voulais simplement aller à Lourdes avant de mourir. » Malgré les neuf heures de trajet, son enthousiasme est évident. « Je suis très croyante, donc ça compte pour moi. Je n’attends rien d’autre de ce voyage que de voir la Vierge Marie », précise-t-elle.

Le départ est prévu à 8h05, et Arlette s’installe confortablement en première classe, entourée d’autres malades. Ce train, qui traverse des villes comme Marseille et Carcassonne, transporte au total 293 passagers, dont un grand nombre nécessite des soins particuliers. Les organisateurs affirment qu’il s’agit du plus grand pèlerinage en France pour les personnes en situation de handicap, rendant la présence de médecins à bord essentielle.

Parmi les passagers, Laurence, 59 ans, est en situation d’invalidité totale. Elle se trouve à l’arrière du train, absorbée par son téléphone, lorsque Lucie, la petite-fille de Catherine, lui remet un dessin qu’elle a réalisé pour « tous les malades ». Laurence, qui participe à son 23e pèlerinage, exprime son attachement à Lourdes : « J’adore Lourdes, on dirait qu’on est ailleurs. »

Les interactions entre les passagers sont chaleureuses. Catherine, médecin et bénévole, se déplace dans le train pour prendre des nouvelles des pèlerins. Elle salue Arlette et Sylvie, deux de ses patientes, et engage des conversations avec d’autres. « Le Pèlerinage, c’est finalement surtout des retrouvailles », souligne-t-elle.

Marthe, ancienne hospitalière, partage son expérience : « Au départ, on y va pour une forme de spiritualité. Puis, on tisse des liens. C’est comme si on formait une grande famille. » Les annonces dans le train interrompent les échanges, et une prière collective s’élève des voyageurs.

Carole Bernard de Villeneuve, fille de Catherine et médecin urgentiste, souligne que beaucoup de pèlerins reviennent chaque année pour l’ambiance conviviale. « Certains sont très isolés, d’autres vivent en maison de retraite, mais ressentent aussi la solitude. Pendant une semaine, tout est centré sur les personnes handicapées. » À Lourdes, tout est conçu pour faciliter l’accès aux personnes à mobilité réduite, offrant un environnement où elles se sentent valorisées.

Concernant les miracles, Carole précise que, bien que certains y croient, peu espèrent une guérison miraculeuse. Les médecins sur place examinent minutieusement les cas de guérison, et seulement 72 d’entre eux ont été reconnus comme miraculeux par l’Église catholique sur plus de 7.000 dossiers.

Les motivations des pèlerins sont variées. Michèle, 77 ans, atteinte de la maladie de Parkinson, désire simplement « se balader un peu », tandis que Chantal, 73 ans, trouve du réconfort dans ce pèlerinage depuis la perte de son fils en 2009. Josie, 76 ans, participe en mémoire de son mari décédé, tout en cherchant à tisser des liens avec d’autres. « J’ai rencontré des gens super avec qui on fait la fête », dit-elle en riant.

Guillaume, 59 ans, sur le spectre de l’autisme, exprime un désir différent : « Lourdes, c’est la ville des miracles, non ? Mais je n’en attends pas un. Je veux seulement prier pour ma famille. » Pour lui, ce voyage est une quête de paix intérieure.