Le projet de la « Ville du Grand Paris » ne convainc pas les élus.
Clément Beaune, Haut-commissaire à la stratégie et au plan, envisage une refonte de l’organisation territoriale à Paris qui impliquerait la création de la « Ville du Grand Paris » et la suppression de la Métropole du Grand Paris, créée en 2016 et regroupant 130 communes et 7,2 millions d’habitants. L’initiative suscite des critiques, notamment celle de David Belliard, maire écologiste du 11e arrondissement de Paris, qui dénonce un manque de concertation avec les élus locaux sur ce projet.

Jusqu’où Paris peut-il aller ? Ce questionnement ne concerne pas le Paris Saint-Germain, qui brille sur la scène européenne, mais bien la ville elle-même. Clément Beaune, Haut-commissaire à la stratégie et au plan, imagine une nouvelle organisation territoriale qui ferait de la « Ville du Grand Paris » le nouveau modèle, entraînant la disparition de la Métropole du Grand Paris (MGP), créée en 2016 et englobant 130 communes et 7,2 millions d’habitants.
Cette refonte proposerait de faire disparaître les départements des Hauts-de-Seine, de la Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne, ainsi que les communes de la petite couronne, transformés en plusieurs districts. Un projet étonnant, d’autant plus que le Premier ministre, Sébastien Lecornu, avait demandé d’explorer d’autres pistes, et qui suscite de vives réactions. Voici un aperçu des réactions.
« Un peu loufoques mais ambitieux »
« Voilà le genre de trucs un peu loufoques mais ambitieux et nécessaires qu’on attend du Haut-commissariat au Plan », commente sur X Robert, l’un des rares internautes à soutenir cette initiative. L’idée d’une refonte attire quelques partisans qui plaident pour une simplification et une clarification des niveaux administratifs.
Parmi les élus contactés par 20 Minutes, certains rejoignent ce point de vue. Geoffroy Boulard, maire (Nouvelle énergie) du 17e arrondissement de Paris et vice-président de la MGP, apprécie le projet : « Je dis oui à une réforme législative ambitieuse du Grand Paris pour lui donner davantage de pouvoirs opérationnels. Mais avec les maires, pas contre eux. Avec un chiffrage sérieux, pas sur une note de think tank. Avec un calendrier partagé, pas un coup médiatique. »
De même, Jean-Christophe Fromantin, maire (Territoire en mouvement) de Neuilly-sur-Seine et vice-président du Conseil départemental des Hauts-de-Seine, se montre favorable à une réforme, mais insiste sur l’importance de l’inclusion des communes : « Nous devons rationaliser notre armature territoriale. Un des points d’accord avec Clément Beaune est la fusion des intercommunalités et départements. En revanche, je pense que les communes méritent d’être conservées car elles incarnent une échelle de proximité. »
Les élus locaux pas concertés
Un des principaux points de critique des propositions de Clément Beaune est le manque de concertation avec les acteurs des collectivités. Stéphane Troussel, président socialiste du Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis, considère que Clément Beaune « ouvre le débat nécessaire sur la réorganisation territoriale de la métropole parisienne ». Mais il plaide pour un débat « démocratique, porté devant les habitants », qui « ne peut se faire en catimini ».
Plusieurs élus sont beaucoup plus acerbes. David Belliard, maire écologiste du 11e arrondissement de Paris, déplore qu’il s’agisse « encore d’une idée pour la Mairie de Paris et la métropole sans aucune concertation avec les élus locaux et les institutions ». Il ajoute : « On a un gouvernement qui tergiverse encore en nous disant un jour qu’ils veulent supprimer la métropole et le lendemain qu’il veut au contraire faire une métropole géante et supprimer les communes. On n’y comprend rien. Encore une fois, cela vient d’en haut sans concertation avec les élus franciliens. C’est un projet déconnecté, tout à fait “macroniste” en somme. »
Lors de sa campagne pour l’Hôtel de Ville de Paris au début de l’année 2026, Emmanuel Grégoire avait évoqué la possibilité d’avoir un jour « un maire du Grand Paris ». David Belliard, qui faisait partie de sa liste, confirme : « Tout à fait d’accord pour avoir un maire du Grand Paris à l’avenir. Mais il y a une vraie appétence pour le local, on a pu le voir pendant les municipales et je le constate tous les jours dans mon arrondissement. Les gens veulent de la proximité et ne surtout pas faire sauter les échelons municipaux. » L’élu milite pour une refonte du modèle métropolitain, jugé « trop fragile » notamment sur les questions des transports et du logement.
La Région balaie l’idée
La Région Île-de-France, qui pourrait perdre en influence face à une telle structure, écarte cette proposition, la jugeant « un mauvais périmètre et un projet utopique, irréaliste ». « Premièrement, comment espérer fusionner plus de 100 communes avec Paris alors que la fusion de deux communes est déjà semée d’embûches ? Et deuxièmement, qui laisse de côté toute la grande couronne…. Saclay, Roissy, Cergy, Versailles et Disneyland… »
Plusieurs élus, parisiens et de petite couronne, critiquent Clément Beaune, l’accusant de « simplement chercher à exister ». « Il utilise le Haut-Commissariat au plan pour essayer de revenir dans le jeu après avoir été mis au placard », se dit-on. Parmi eux, Jean-Pierre Lecoq, maire LR du 6e arrondissement de Paris, est particulièrement tranchant : « On dit que le Covid-19 a pu altérer la santé mentale de certains, mais il semble que cela peut aussi toucher les hommes politiques. »
« Les gens sont attachés à leur territoire »
Jean-Pierre Lecoq, favorable à la fusion des départements et des régions tout en supprimant la MGP, qualifie les propositions du Haut-Commissariat de « débilitantes ». « On parle beaucoup du Général de Gaulle en ce moment. Eh bien à son époque, les Hauts-commissaires étaient des gens sérieux. Comment peut-on penser à marier un arrondissement de Paris, qui n’a pas de personnalité morale, à une commune de plein exercice comme Issy-les-Moulineaux qu’André Santini a transformée en véritable “start-up City” ? »
« On se retrouverait avec des arrondissements de 250 ou 300.000 habitants. C’est impensable. Regarder la fusion Boulogne-Billancourt-Issy-les-Moulineaux, les gens n’en voulaient pas. Idem pour Saint-Denis et Pierrefitte. C’est dans les zones rurales qu’il faut faire des regroupements pour permettre à des communes de 150 habitants d’avoir des personnels municipaux et des moyens. »

