Le menu enfant peut-il dépasser le « steak-frites » ?
Jenna, 9 ans, a terminé son assiette de pâtes et de poulet pané à la brasserie « Le Davico » près du Vieux-Port de Marseille. Au « Café Zitoune », ouvert par Ahcène et Gaëlle en juillet dernier, un menu spécial enfant a été proposé pendant le festival « Les enfants au restaurant », organisé du 20 au 27 mai.
« Ce qui est dans le menu enfant, c’est toujours trop bon », indique Jenna, 9 ans. Assise avec ses parents sur la terrasse de la brasserie « Le Davico », située à proximité du Vieux-Port de Marseille, la fillette vient de finir son assiette de pâtes et de poulet pané. Elle avait le choix entre un steak haché et des frites. Elle se prépare maintenant pour son moment préféré : « le dessert ». Choisir cette formule était une évidence pour cette élève de CM1. « Sur le menu des adultes, il n’y a pas beaucoup de choses qu’on aime », confie-t-elle.
Cependant, les options que l’on retrouve dans presque tous les restaurants – avec quelques variations – ne risquent-elles pas de fatiguer les jeunes gastronomes ? « Ce sont les deux produits les plus demandés par les parents et les enfants, explique Laurent, le propriétaire de l’établissement. Si on propose des carottes et de la brandade de morue, ça ne va pas marcher. » Auparavant, le restaurateur proposait même une option de poisson pané, abandonnée en raison d’un manque de succès.
Au « Café Zitoune », dans le 1er arrondissement, un autre choix a été fait. L’établissement, ouvert par Ahcène et Gaëlle en juillet dernier, participe au festival « Les enfants au restaurant », organisé pour la deuxième année par le média *Le Fooding*, qui se déroulera du 20 au 27 mai. Environ soixante restaurants en France et en Belgique offrent une offre spéciale pour les enfants durant cette semaine. L’objectif va à l’encontre de la tendance « no kid » : faire apparaître les enfants dans les commerces alimentaires et, plus largement, normaliser leur présence dans l’espace public.
Le café ne propose habituellement pas de menus enfants, mais offre des douceurs sucrées appréciées de tous, incluant même un « babyccino », un lait chauffé, offert aux plus jeunes. « C’était assez amusant d’imaginer un enfant prendre la carte en main », sourit Ahcène. Au menu donc : « kidsotto » avec des coquillettes, des petits pois et un ketchup maison, roulé saucisse et microcrêpes mille trous. « On propose déjà un roulé merguez un peu épicé à la carte, que les enfants prennent parfois, mais on voulait quelque chose de plus neutre. On a revisité des plats, ça a stimulé notre créativité », se réjouit le restaurateur, qui reconnaît l’influence de sa propre fille, âgée de 2 ans, dans ce processus.
En tant que père, il préfère l’idée d’une « portion enfant » offrant un plat en version réduite, plutôt qu’une offre stéréotypée. « Cela peut ouvrir à des goûts qu’on ne retrouve pas à la maison », souligne-t-il. C’est également le choix fait par « I Verri Gnocchi », un restaurant italien situé près de la Canebière. Ici, il n’y a pas de taille réduite ou de menu pour les enfants : c’est gnocchi pour tout le monde, au grand bonheur de Théa, 5 ans, qui déguste son jus de pomme. « J’aime trop les pâtes », confirme-t-elle. « On ne regarde pas forcément les menus enfants, explique son père, Benjamin. On choisit surtout selon ses envies et les nôtres. »
Entre éducation du palais et envie de découverte, la situation a-t-elle évolué dans les assiettes des plus petits ? Dans les établissements participant à l’initiative du Fooding, on trouve des propositions audacieuses comme les polpette al sugo et purée de pommes de terre du restaurant Racines à Paris ou encore le grilled cheese taleggio, chutney de rhubarbe au poivre du Sichuan chez Lulla, à Lyon. « On a des adresses variées, du kebab au restaurant gastronomique. Pour nourrir le futur, cela passe aussi par le plaisir, souligne Lucie Caudrelier, directrice générale du *Fooding*. Et le plaisir pour les cuisiniers, c’est aussi de proposer des choses parfois assez raffinées. »
Cependant, il n’est pas question de mettre de côté le menu enfant. « On a également interrogé les plus jeunes et ils sont contents d’avoir une attention spécialement conçue pour eux », souligne-t-elle. Et elle ajoute : « Manger des nuggets ou du steak haché au restaurant, c’est aussi l’occasion de découvrir le goût d’une très bonne viande. Quand on goûte une excellente frite, c’est merveilleux. » Un accent sur la qualité que revendique également Laurent, le restaurateur marseillais. « On choisit de bons produits pour offrir des aliments adaptés aux enfants et quelque chose qui ne nous fait pas honte. »

