
« Le dessin animé « Masha et Michka » accusé de propagande russe »
Le dessin animé « Masha et Michka » suscite une vive controverse au Royaume-Uni, où une cinquantaine de députés ont récemment demandé son retrait des plateformes de streaming. Dans une lettre ouverte adressée à la ministre de la Culture, Lisa Nandy, ces élus dénoncent ce qu’ils qualifient de « militarisation des esprits » des jeunes enfants.
Diffusée depuis 2009, la série animée, connue sous le nom de « Masha et l’ours » en russe, est extrêmement populaire, avec plus de 12 millions d’abonnés sur YouTube. Les députés s’inquiètent de l’image que renvoient les personnages, notamment celle de l’ours, symbole historique de la Russie, et de la petite fille espiègle, qui pourrait être perçue comme un vecteur de la propagande poutinienne.
L’épisode intitulé « On ne passe pas » est particulièrement visé. Dans cette scène, Masha, vêtue d’une casquette aux couleurs rappelant celles des gardes-frontières soviétiques, se tient en sentinelle devant le potager de l’ours pour empêcher un lapin de dérober des carottes. Les parlementaires estiment que cette représentation normalise l’imagerie militaire russe, allant jusqu’à attribuer à Masha un casque de tankiste dans d’autres épisodes.
Les critiques à l’encontre de cette série ne sont pas récentes. En 2017, le journal Libération s’interrogeait déjà sur son rôle en tant qu’« outil de soft power russe ». Des experts, comme Priit Hõbemägi, soulignaient alors que le dessin animé pouvait participer à un « lavage de cerveau » en offrant une image positive de la Russie. Un an plus tard, le Times faisait écho à ces préoccupations en évoquant un message pro-Poutine véhiculé par les personnages.
Cette inquiétude s’inscrit dans un contexte où la Russie utilise l’animation pour influencer les jeunes générations. Carole Grimaud, chercheuse en sciences de l’information, note que le pays a une longue tradition d’utilisation de l’animation à des fins politiques, visant à façonner l’opinion des futurs adultes.
Des exemples récents illustrent cette stratégie. En 2024, la chaîne néerlandaise BabyTV a été piratée pour diffuser des images de défilés militaires russes. Par ailleurs, le groupe paramilitaire Wagner a produit un dessin animé en 2019 mettant en scène un ours représentant la Russie sauvant un éléphant des hyènes, symbolisant l’Occident. De plus, en mai 2025, le présentateur de la télévision d’État Vladimir Solovyov a annoncé une série animée parodique, « SolovievKids », qui présente les dirigeants occidentaux sous un jour infantile.
Face à ces accusations, le studio Animaccord, créateur de « Masha et Michka », défend son indépendance, affirmant avoir délocalisé ses activités hors de Russie et ne pas recevoir de financement de l’État russe. Dans une tribune publiée dans The Spectator, l’historien Mark Galeotti a qualifié les demandes des députés britanniques d’« absurdes » et contre-productives, arguant que la véritable désinformation du Kremlin se trouve ailleurs. Il a également souligné que les enfants ne sont pas influencés de la même manière par des uniformes militaires.
Pour l’heure, Lisa Nandy n’a pas commenté cette demande, et « Masha et Michka » reste accessible aux jeunes britanniques. En France, la série est diffusée par France Télévisions, dont le directeur de l’animation, Pierre Siracusa, a affirmé que la chaîne suit de près les débats. Il a précisé que la diffusion de la série repose sur ses qualités d’animation et de divertissement, sans intention politique, et qu’aucune interruption n’est envisagée. Ainsi, les aventures de la petite Masha continuent de divertir les enfants sur les écrans.
