
Le crash d’un étage de SpaceX sur la Lune relance le débat sur la pollution de l’espace
Un cratère de la taille d’un court de tennis s’est formé dans un désert lunaire, conséquence de l’impact d’un étage supérieur de la fusée Falcon 9 de SpaceX, qui s’est écrasé sur la Lune mercredi à une vitesse dépassant les 8.600 km/h. Cet étage, qui avait été lancé en janvier 2025, aurait dû quitter l’orbite Terre-Lune après sa mission. Cependant, une combinaison d’activité solaire et de forces gravitationnelles l’a finalement attiré vers notre satellite naturel. Bien que cet événement ne présente aucun danger pour la Terre, selon la NASA, il soulève une problématique cruciale pour les astronomes : la gestion des débris spatiaux.
Olivier Sanguy, rédacteur en chef à la Cité de l’espace à Toulouse, souligne que les débris lunaires représentent un enjeu distinct mais lié à la pollution spatiale en orbite terrestre. Lors des lancements, les opérateurs s’efforcent d’éviter que les étages de fusée ne deviennent des déchets en les faisant rentrer dans l’atmosphère. Dans ce cas précis, cette option n’était pas envisageable, et l’étage a été placé sur une orbite dite « poubelle », loin des trajectoires utilisées en orbite basse, avant d’être finalement capté par la gravité lunaire.
Concernant la Lune, Sanguy tempère en précisant que bien que la pollution soit à éviter, le phénomène reste marginal. Les impacts de ce type ne sont pas nouveaux ; durant les missions Apollo, entre 1969 et 1972, les étages des fusées Saturn V étaient délibérément projetés sur la surface lunaire. Actuellement, environ 200 tonnes de débris, de déchets et d’autres résidus d’activités humaines jonchent la Lune.
En revanche, la situation autour de la Terre est beaucoup plus préoccupante. On estime qu’il y a environ 34.000 débris de plus de dix centimètres et jusqu’à 128 millions de fragments de plus d’un millimètre, selon Sanguy. Cette accumulation de débris alimente les craintes d’un scénario connu sous le nom de « syndrome de Kessler », où des collisions en chaîne rendraient certaines orbites inutilisables. Toutefois, Sanguy précise que nous ne sommes pas encore confrontés à cette situation. Le véritable défi réside dans l’absence de réglementation internationale en matière de gestion des débris.
« Il n’y a aucune loi internationale pour la gestion des débris, même pas de code de conduite comme en mer pour savoir qui doit manœuvrer en cas de risque de collision », déplore Sanguy. Chaque pays est responsable des activités spatiales menées depuis son territoire. La France a mis en place l’une des législations les plus strictes, exigeant que les satellites disposent de suffisamment de carburant pour revenir sur Terre, mais cette règle ne s’applique qu’aux opérateurs français. En l’absence de régulation mondiale, l’autorégulation du secteur prédomine.
Les activités en orbite basse représentent un marché lucratif, et les entreprises sont souvent les dernières à vouloir que cette dynamique s’arrête. Face à l’accumulation croissante de débris, l’idée de « nettoyer » l’orbite terrestre émerge, mais elle se heurte à des défis techniques majeurs. Effectuer un rendez-vous en orbite basse est déjà complexe, et cela l’est encore plus avec un débris non coopératif, souvent en rotation sur lui-même. Il est probable qu’une combinaison de solutions sera nécessaire en fonction de la nature des objets à traiter, sans oublier la question du financement de ces opérations.
Un autre obstacle réside dans le risque de simplement déplacer le problème. La rentrée atmosphérique des satellites en fin de vie engendre une pollution chimique de la haute atmosphère, actuellement considérée comme négligeable, mais dont l’impact pourrait évoluer avec l’augmentation des lancements.
Pour l’instant, le véritable danger ne réside pas tant dans le fait que l’espace devienne impraticable, mais plutôt dans la réduction de la durée de vie des satellites à mesure que l’encombrement orbital s’intensifie. Sanguy avertit que cela pourrait rendre certaines activités spatiales financièrement non viables, freinant ainsi les avancées permises par l’exploration spatiale.
