France

L’affaire Lyhanna mobilise des centaines à Paris, « c’est l’histoire de trop »

Le 8 juin 2026, 1.700 personnes se sont rassemblées devant le palais de Justice parisien en soutien à Lyhanna, malgré la pluie et un changement de lieu de dernière minute. Des personnalités comme Marine Tondelier, Énora Malagré et Flavie Flament étaient présentes pour soutenir la mobilisation et la chanteuse Suzane a interprété son titre « J’accuse » lors de l’événement.

Place Lépine à Paris,

Trois mois après la journée internationale des droits des femmes, Paris revêt à nouveau des couleurs violettes. En dépit de la pluie et d’un changement de lieu imposé par les autorités à la dernière minute, 1.700 personnes se sont rassemblées devant le palais de Justice de Paris, par solidarité pour Lyhanna et pour exprimer un « ça suffit ». Les manifestants comprennent des femmes, des mamans, des enfants et des hommes.

Cette colère est partagée par Carla*, 39 ans, éducatrice spécialisée dans la protection de l’enfance et « tata », Anouk, 30 ans, militante du collectif Féministes révolutionnaires, Rodolphe, 59 ans, avocat spécialiste de la protection de l’enfance, ainsi que Sawsane, 27 ans, présente pour « faire entendre la voix de ceux qui ne peuvent plus le faire et ceux qu’on n’entend pas parler ».

Une des pancartes portées par une manifestante lors du rassemblement pour Lyhanna à Paris, le 8 juin 2026.
Une des pancartes portées par une manifestante lors du rassemblement pour Lyhanna à Paris, le 8 juin 2026. - Cécile de Sèze / 20 Minutes

La goutte d’eau, encore

En scandant des slogans tels que « les violeurs en prison », « Darmanin démission » ou « protégez nos enfants », les participants rassemblés sur la petite place Lépine, située sur l’île de la Cité, rendent hommage à Lyhanna tout en appelant à un changement nécessaire. Après des tragédies comme la mort de Maëlys, l’affaire Bétharram, le procès Scouarnec ou les nombreux incidents dans le périscolaire, le décès de cette fillette de 11 ans, dont le corps a été découvert dans un silo agricole, « c’est l’histoire de trop », déclare Sawsane.

« On a laissé passer les autres tragédies, même si nous nous sommes mobilisés, mais cette fois la mobilisation est nationale et j’espère que nous réussirons à nous faire entendre », ajoute la jeune femme. Comme ses camarades, elle respecte une minute de silence à la demande des organisatrices.

Des personnalités en soutien

Pour soutenir cette indignation partagée, des personnalités politiques et médiatiques se sont présentées, telles que Marine Tondelier, Énora Malagré et Flavie Flament, qui a salué une « colère magnifique ». La chanteuse Suzane prend le micro pour interpréter son titre J’accuse, provoquant un élan de poings levés et une vague d’émotion parmi la foule.

La chanteuse Suzane interprète son titre
La chanteuse Suzane interprète son titre « J’accuse » lors d’un rassemblement pour Lyhanna à Paris, le 8 juin 2026. - Cécile de Sèze / 20 Minutes

Sur la scène installée en toute hâte, le maire de Fleurance, d’où était originaire Lyhanna, improvise un discours. « Il est essentiel de respecter le deuil de la famille, je n’appellerai pas à des démissions. Mais j’appelle les responsables politiques à accomplir leur devoir », déclare Grégory Bobbato. Il ajoute : « Nous avons des solutions ». Il exprime également sa gratitude envers les personnes présentes : « Lorsque je vois vos visages, vos larmes, vos combats, je vous dis merci. »

Un changement en profondeur

Comme lui, la coalition d’associations, ONG et syndicats féministes et pour la protection de l’enfance présents au rassemblement appelle à l’adoption d’une loi globale sur les violences sexuelles à l’encontre des femmes et des enfants, présentée en 2025. Cependant, le problème est plus profond, relevant d’un « secret de polichinelle », analyse Rodolphe.

Cet avocat spécialisé dans la protection de l’enfance estime qu’il est indispensable de « changer la manière de penser ces choses ». « Les gens commencent à comprendre combien d’enfants souffrent chaque jour de violences sexuelles de la part d’hommes et combien d’hommes sont attirés par les enfants », explique-t-il. Rodolphe considère que le problème ne réside pas dans le manque de textes, affirmant que « nous avons des dispositifs qui sont relativement protecteurs ». Il souligne que c’est au système judiciaire et policier de les appliquer.

Quelques minutes auparavant, une minute de « bruit » est demandée pour « se faire entendre » des responsables politiques. C’est l’occasion pour Anouk de rappeler que « nous avons eu de nombreuses gouttes d’eau ces dernières années » et que « malheureusement, Lyhanna n’est pas la seule victime de ces violences ». La jeune féministe appelle à un renversement du système de « domination des adultes sur les enfants, des hommes sur les femmes ». Mais avant cela, elle insiste sur la nécessité de « prévention ».

Ces appels semblent avoir été entendus par le gouvernement. Sébastien Lecornu a prévu de réunir mardi matin les ministres concernés par la protection de l’enfance pour discuter de nouvelles mesures.