L’accord provisoire entre l’Union européenne et le Mercosur appliqué le 1er mai.
L’accord commercial entre l’Union européenne et les pays latino-américains du Mercosur est entré en vigueur de façon provisoire ce vendredi. La Commission européenne a décidé d’appliquer cet accord de façon provisoire, ce qu’elle est en droit de faire.
Critiqué en France, l’accord commercial entre l’Union européenne et les pays latino-américains du Mercosur est entré en vigueur ce vendredi de manière provisoire. Ce traité, résultat de plus de 25 ans de négociations, créera l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde, englobant plus de 700 millions de consommateurs. Bruxelles annonce que les premières conséquences de son application sont immédiates.
« Les avantages sont réels et déjà perceptibles. Les droits de douane commencent à baisser. Les entreprises accèdent à de nouveaux marchés. Les investisseurs bénéficient de la prévisibilité dont ils ont besoin », a déclaré Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, sur son compte X. À partir de vendredi, les droits de douane sur les voitures, les produits pharmaceutiques ou le vin, que l’UE exporte vers l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay, seront « supprimés ou considérablement réduits ». « C’est une grande journée », a salué Maros Sefcovic, commissaire européen au Commerce, qualifiant cet accord d’« historique ».
**Fortes oppositions françaises à l’accord**
Plébiscité par Bruxelles, l’Espagne et l’Allemagne, cet accord est vivement critiqué par la France et le secteur agricole. « C’est en réalité une journée bien sombre », a affirmé l’eurodéputée française Manon Aubry à l’AFP. Elle alerte que les agriculteurs européens « vont se confronter à une concurrence déloyale de centaines de milliers de tonnes de denrées agricoles qui vont inonder le marché européen, avec des normes sanitaires et environnementales au rabais », soulignant son engagement sur ce dossier.
Cet accord commercial a connu de nombreux rebondissements depuis le lancement des négociations à la fin des années 1990. Les deux camps sont fondamentalement divisés quant à ses effets. Pour ses partisans, cet accord relancera l’économie européenne, affectée par la concurrence chinoise et les droits de douane américains.
À l’opposé, les détracteurs craignent qu’il perturbe l’agriculture européenne avec des produits importés moins chers et ne respectant pas forcément les normes de l’UE, en raison de contrôles jugés insuffisants. Cette position est portée par des pays tels que la France, la Pologne, ainsi que de nombreux agriculteurs.
**Diversifier les partenariats**
Pour apaiser ces préoccupations, Bruxelles a multiplié les concessions ces derniers mois, y compris des garanties renforcées pour les produits les plus sensibles. Toutefois, cela n’a pas suffi. Équipés de tracteurs, de fumigènes et de drapeaux, les agriculteurs ont manifesté leur colère dans les rues de Bruxelles et de Strasbourg, devant le Parlement européen. Le traité de libre-échange, facilitant l’entrée en Europe de bœuf, de sucre, de riz, de miel et de soja d’Amérique du Sud, a été signé à mi-janvier, malgré les inquiétudes quant aux quotas de produits détaxés.
Le Parlement européen a ensuite saisi la justice pour vérifier la légalité de l’accord. En attendant la décision de la Cour de justice de l’UE, prévue d’ici potentiellement plus d’un an, la Commission a opté pour une application provisoire de l’accord, droit qu’elle détient. Cette décision a de nouveau été critiquée par la France, Emmanuel Macron qualifiant cela de « mauvaise surprise », ainsi que par les agriculteurs.
Au sein des manifestations agricoles, Ursula von der Leyen a souvent cristallisé les critiques, étant nommément attaquée. Elle a soutenu que l’UE n’a d’autre choix que de diversifier ses partenariats commerciaux, particulièrement avec le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. En conséquence, des accords commerciaux ont également été signés avec l’Inde fin janvier et avec l’Australie en mars. Afin de marquer l’entrée en vigueur de l’accord du Mercosur, la cheffe de l’exécutif européen participera, avec le président du Conseil européen, António Costa, à une visioconférence avec les dirigeants des pays du Mercosur.

