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« La streameuse Mamapaprika témoigne : « On me traitait de singe » »

« J’ai reçu une fois une vague de commentaires racistes, des menaces de mort, de viols, le tout en live. » C’est ainsi que la streameuse Mamapaprika décrit son expérience en tant que femme noire jouant aux jeux vidéo sur Twitch, où elle compte plus de dix mille abonnés.

Pour ne pas se sentir isolée, elle a décidé de rejoindre l’association Afrogameuse, qui regroupe des joueuses de jeux vidéo, qu’elles soient professionnelles ou streameuses, et qui lutte contre le racisme et le sexisme, souvent simultanément, dans ce milieu. Dans un entretien accordé à 20 Minutes, elle a partagé son expérience ainsi que les missions de l’association.

Comment avez-vous découvert l’association Afrogameuse ?
Une de mes anciennes collègues avait publié une story sur Instagram. Elle évoquait une association rassemblant des femmes afrodescendantes du secteur du jeu vidéo, fondée par la streameuse Invincible Jane, alias Jennifer Lufau. C’était en 2020, seulement deux semaines après le début de mon aventure dans le streaming et au moment de la création de l’association.

Pourquoi avez-vous souhaité la rejoindre ?
Parce qu’Afrogameuse s’engage à accroître la représentation dans le monde du jeu vidéo. Son objectif est que les gens ne soient plus surpris lorsque des femmes afrodescendantes affirment jouer aux jeux vidéo quotidiennement. Personnellement, chaque fois que je le dis, je fais face à des réactions étonnées.

De plus, l’association milite pour une plus grande visibilité des personnages afrodescendants, non-blancs et non-binaires dans les jeux, ainsi que dans les studios de développement. Ses membres s’expriment lors de conventions et devant les entreprises. Des tournois réservés uniquement aux personnes afrodescendantes sont également organisés pour leur assurer un environnement serein, loin des regards désagréables ou des propos racistes.

Et sur Twitch, comment cela se passe-t-il ? La plateforme met-elle en avant les créatrices non-blanches ?
Des efforts sont réalisés là où cela est possible. Personnellement, j’ai eu la chance d’être mise en avant à plusieurs reprises. Une fois, ils ont même lancé une campagne avec une ambassadrice nommée Bulledop, pour discuter des outils de modération, qui sont nombreux. Nous sommes également souvent conviés par les équipes de Twitch France pour aborder les nouveaux outils de modération. Cependant, aux États-Unis, par exemple, la communauté noire n’a pas du tout la même visibilité. Ils célèbrent le Black History Month, durant lequel tous les streameurs et streameuses noirs de la plateforme sont mis en avant. Il est important de noter que Twitch est influencé par son public. Si les spectateurs ne soutiennent pas, cela ne fonctionnera pas. Et le public n’est pas encore prêt à voir une femme noire sur Twitch.

Est-ce que vous recevez régulièrement des commentaires racistes dans le chat ?
Cela m’est arrivé, ainsi qu’à beaucoup d’autres. Une fois, pendant un stream, j’ai été la cible d’un raid, c’est-à-dire une vague de messages. J’ai reçu soudainement des centaines de messages violents, des menaces de mort, de viol et des insultes racistes. En l’occurrence, on me traitait de singe, en plus de tout le reste. Cela s’est produit lors d’une vague de harcèlement spécifiquement dirigée contre des streameuses. L’expérience a été très impressionnante.

Recevez-vous encore ce genre de messages aujourd’hui ?
Oui, mais de manière sporadique. J’ai gagné en communauté. Les attaques racistes, misogynes et LGBTphobes ciblent principalement les petites chaînes, car ces personnes pensent avoir un impact sur leur chat. Aujourd’hui, j’ai une équipe de modération exceptionnelle, capable d’écarter facilement ce type de commentaires.

Pourquoi choisissez-vous de continuer à streamer malgré tout cela ?
Je n’ai pas l’ambition d’être un porte-étendard, mais je sais que voir des personnes qui nous ressemblent motive et rassure. Étant donné le nombre de messages que je reçois, disant « ça me fait du bien de voir une streameuse noire sur la plateforme », il est essentiel de continuer. Il faut poursuivre la normalisation de la présence des personnes non-blanches sur ces plateformes, en évitant que les événements sur Twitch ne restent confinés à un entre-soi blanc et masculin. Je suis consciente qu’il existe de nombreux acteurs qui s’efforcent de faire des progrès dans ce domaine, et je les en remercie.