France

La montée du célibat, un moteur de précarité en France ?

La question du célibat et de ses conséquences économiques prend une ampleur croissante dans nos sociétés modernes. Alors que le coût de la vie, notamment en matière de logement, ne cesse d’augmenter, de plus en plus de personnes choisissent de vivre seules. Selon une étude de *The Economist*, la proportion de célibataires chez les 25-34 ans aux États-Unis a doublé en cinquante ans. En 2022, 50 % des hommes et 41 % des femmes de cette tranche d’âge vivaient sans partenaire. Cette tendance, qualifiée de « célibat-mania », est également observable dans 28 des 38 pays de l’OCDE, y compris en France, traditionnellement perçue comme le pays du romantisme.

L’impact économique du célibat est particulièrement frappant. À 33 ans, Thomas, un commercial lyonnais, témoigne de sa nouvelle réalité. Bien qu’il ne regrette pas sa liberté retrouvée, il ressent une nostalgie pour le niveau de vie qu’il avait en couple. « Être seul, c’est être serein partout, sauf sur le compte en banque », avoue-t-il, soulignant que son pouvoir d’achat a considérablement diminué depuis qu’il vit seul. En effet, l’Insee révèle qu’un célibataire en France doit débourser en moyenne 27 % de plus qu’une personne en couple pour maintenir le même niveau de vie.

Le logement se révèle être le principal facteur de cette disparité. Les célibataires consacrent en moyenne 28 % de leur budget à leur logement, tandis que les couples n’y allouent que 14 %. Pour illustrer cette réalité, Thomas compare son ancien appartement de 45 mètres carrés partagé avec son ex-partenaire à son actuel logement de 38 mètres carrés, où il paie 300 euros de plus chaque mois. Justine, 28 ans, a pour sa part choisi de rester chez ses parents, ne pouvant se permettre un loyer à Paris sans sacrifier ses dépenses quotidiennes.

Philippe Moati, directeur de l’Observatoire société et consommation, souligne que « l’explosion des prix du logement rend la vie seule extrêmement difficile et explique en grande partie la paupérisation des célibataires ». Malgré cette situation, la proportion de logements occupés par une seule personne a augmenté, passant de 27 % en 1990 à 37 % en 2025.

Les difficultés financières des célibataires ne s’arrêtent pas au logement. Dans les supermarchés, les portions individuelles coûtent en moyenne 52 % plus cher que les formats familiaux, tandis que de nombreuses offres pour couples sont plus avantageuses. Stéphanie, une quadragénaire vivant dans le sud de la France, exprime son désarroi face à cette réalité : « Tout est atrocement cher quand on vit seul. » La séparation des couples entraîne également une chute significative du pouvoir d’achat, surtout pour les femmes, dont le niveau de vie peut diminuer de 18 % à 22 % après un divorce.

Les dépenses contraintes, telles que l’alimentation et le logement, pèsent de plus en plus sur les budgets des célibataires. Oriane Lanseman, économiste à l’Université de Lille, note que la part de ces dépenses a doublé, passant de 17 % à 35 %. En conséquence, 12,8 % des personnes seules se trouvent sous le seuil de pauvreté, contre seulement 4 % des couples sans enfants.

La réalité du célibat expose également des inégalités de genre. Louis Maurin, directeur de l’Observatoire de la pauvreté, rappelle que la majorité des familles monoparentales sont dirigées par des femmes, souvent avec des revenus inférieurs et des carrières plus instables. Milan Bouchet-Valat, sociologue, souligne que les personnes les plus précaires sont souvent celles qui sont moins en couple, bien qu’elles soient celles qui bénéficieraient le plus d’une vie à deux.

Cependant, cette montée du célibat peut aussi être perçue comme un signe d’émancipation. Oriane Lanseman insiste sur le fait qu’il ne faut pas regretter cette évolution, qui peut signifier une libération des femmes de relations toxiques. Stéphanie, quant à elle, préfère faire face à ses factures plutôt que de vivre avec son ex-partenaire.

Les célibataires, face à la hausse du coût de la vie, s’adaptent en cherchant des solutions alternatives, comme la colocation. Les demandes de locations partagées ont augmenté de 30 % en 2025. Parallèlement, de plus en plus d’adultes, tels que Justine, choisissent de vivre chez leurs parents.

Enfin, Oriane Lanseman appelle à une prise de conscience des politiques publiques, qui continuent de privilégier le modèle du couple. Thomas partage ce sentiment, affirmant que « rien n’est pensé pour les célibataires dans la société ». Philippe Moati conclut en rappelant que la promesse d’une vie décente grâce à l’éducation n’est pas tenue pour tous, laissant de nombreux célibataires dans une situation précaire.