France

La hausse des prix des carburants nuit-elle au tourisme en France ?

Le prix des carburants en France est bien au-dessus des deux euros. D’après le baromètre Sofinco publié le 13 avril, 40 % des Français qui partent en voiture prévoient de parcourir une plus petite distance.


La guerre en Iran semble vouloir s’enliser et, avec elle, le prix des carburants en France dépasse les deux euros. Cela pourrait modifier les projets de départ en vacances : parmi les 64 % de Français qui partent, les trois quarts utilisent leur voiture pour un trajet aller moyen de 750 kilomètres, d’après une étude réalisée en 2024.

Bien que les vacances ne soient pas mises en péril, les Français envisagent de voyager moins loin. Selon le baromètre Sofinco publié le 13 avril, 40 % des Français prévoyant de partir en voiture comptent parcourir une distance réduite. Pendant ce temps, les destinations touristiques du Moyen-Orient et d’Asie perdent de leur attrait, ce qui pourrait favoriser les campings, comme l’explique à 20 Minutes Nicolas Dayot, président de la Fédération nationale de l’hôtellerie de plein air.

« Une partie des Français qui pensent partir à l’étranger hésitent, ce qui pourrait bien nous servir cet été, bien que ce soit encore un peu tôt pour l’affirmer. »

Nicolas Dayot précise que les campings devraient atteindre « a minima la fréquentation de l’an dernier, qui avec 28 millions de visiteurs était une très bonne année ».

Le volume des réservations reste stable par rapport à l’année précédente, malgré un léger ralentissement depuis la mi-mars, qui a atténué l’excellente dynamique de début d’année. Néanmoins, le président de la Fédération nationale de l’hôtellerie de plein air s’attend à une accentuation de la baisse du panier moyen, qui avait déjà diminué de 4 % l’an dernier. Il constate « que les Français recherchent des hébergements moins chers. Il y a une augmentation des réservations de terrains nus pour tentes et caravanes au détriment des mobil homes et chalets plus luxueux ».

En ce qui concerne le coût de l’hébergement, ce n’est pas ce qui inquiète Madeleine Couturier, vice-présidente de la FFACCC, une fédération de camping-caristes regroupant 3.500 équipages. « Il est certain que les prochaines sorties en France se feront sur un kilométrage moindre », déclare-t-elle à 20 Minutes, après son retour du Maroc où le gazole « se trouvait un peu sous les 1,50 euro le litre ».

Réduire les distances devient essentiel pour cette voyageuse dont le camping-car consomme jusqu’à 15 litres aux 100 kilomètres en dehors de l’autoroute, entraînant un surcoût de 15 euros pour 100 kilomètres entre un litre de gazole à 1,50 et 2,50 euros. Cette tendance semble particulièrement bénéfique pour les établissements d’hébergement en plein air « de Normandie et du Grand-Est, qui, bien qu’elles pèsent peu dans l’ensemble des nuitées, sont les deux régions qui connaissent la meilleure progression », précise Nicolas Dayot.

Par ailleurs, certains campings envisagent de prendre en charge une partie des frais de carburant de leurs clients, par le biais de réductions ou de cartes carburant. Cependant, Pascal De Mattei, gérant-propriétaire du « Au paradis des campeurs » à Roquebrune-sur-Argens, dans le Var, n’y voit pas d’intérêt. « Les gens pour qui 40 euros de dépenses supplémentaires ne sont pas gérables sont ceux qui ne partent pas en vacances », souligne-t-il. Il entrevoit également « une très belle saison » avec « un peu plus de clientèle locale », ainsi que « des Belges, Allemands et Néerlandais un peu plus nombreux ».

« Le prix des carburants peut en dissuader certains de descendre trop bas, en Espagne, au Maroc ou en Italie, et les retenir en France », anticipe le président de la Fédération nationale de l’hôtellerie de plein air. Parmi les touristes étrangers, représentant 25 % de la clientèle des campings, les Belges, Néerlandais et Allemands en tête, « certains qui envisageaient un voyage à l’étranger, notamment en Thaïlande ou en Asie, hésitent en raison du contexte international, et seront aussi tentés de rester en Europe », estime encore Nicolas Dayot.

Ainsi, face à la difficulté de remplir le réservoir de la voiture ou de s’éloigner plus loin, les Français et leurs voisins européens pourraient faire de cet été celui des campings.