France

Incendies en Gironde : Conséquences sur la santé, asthme et maladies chroniques.

Des nuages de fumée noire, blanche et orangée envahissent le ciel en Gironde et dans le Var, alors que les forêts brûlent un peu partout sur le territoire ces dernières semaines. Bien que cela soit moins évoqué, ces incendies ont également des répercussions sur la santé des Français. En effet, lors d’un incendie, environ 80 % des particules libérées sont des particules fines, qui peuvent être transportées sur plusieurs centaines de kilomètres.

On y trouve également du monoxyde de carbone, des composés organiques volatils, des gaz irritants et des hydrocarbures aromatiques polycycliques, formant ainsi un cocktail toxique. « Ces particules fines, très irritantes, vont voyager très loin géographiquement et dans vos poumons », explique le professeur Colas Tcherakian, pneumologue à l’Hôpital Foch à Suresnes. « Elles peuvent pénétrer profondément dans vos bronches, atteindre les alvéoles, où normalement se trouve l’oxygène, et même passer dans le sang. »

Une étude publiée le 20 juillet par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) révèle que les premiers effets des feux de forêt sont principalement respiratoires. En s’appuyant sur une revue d’études concernant des incendies en Amérique du Nord, en Australie ou au Brésil, le rapport indique qu’après exposition aux fumées, les hospitalisations et passages aux urgences augmentent pour des problèmes tels que l’asthme, les bronchites, les bronchopneumopathies chroniques obstructives (BPCO) et les infections respiratoires.

Cependant, une étude en prépublication sur les incendies en Gironde en 2022 nuance ces résultats en France, selon l’Anses : les appels pour maladies respiratoires ont été significativement moins nombreux pendant la période des incendies qu’auparavant, ce qui pourrait s’expliquer par l’évacuation de 46 000 personnes ou le respect des consignes sanitaires. Néanmoins, une augmentation significative des appels pour asthme a été observée dans la période suivant les incendies, tous âges confondus.

Des symptômes d’irritation des voies respiratoires supérieures peuvent également se manifester, tels que des maux de gorge et des otites moyennes chez les enfants, causés par cette fumée. Les yeux peuvent être affectés, entraînant des conjonctivites, tandis que d’autres symptômes incluent des démangeaisons cutanées, des maux de tête et des nausées. Les fumées pourraient également avoir un impact sur la santé cardiovasculaire, comme l’hypertension, les arythmies cardiaques et d’autres cardiopathies, bien que les preuves à ce sujet soient plus limitées. De plus, « les risques pour la santé augmentent lorsque des vagues de chaleur coïncident avec l’exposition à cette fumée d’incendie de végétation », ajoute Matteo Redaelli, coordinateur de l’expertise à l’Anses.

En France, environ 4 millions de personnes souffrent d’asthme, et 3,5 millions sont atteintes de BPCO, maladie liée au tabagisme. « Ces personnes sont extrêmement sensibles aux pollutions liées au feu et peuvent voir leur maladie se décompenser ou connaître une exacerbation, c’est-à-dire se sentir moins bien. Elles risquent d’être hospitalisées, et souvent, il est nécessaire d’adapter leur traitement », précise le pneumologue Colas Tcherakian.

Le risque sanitaire est accru pour les patients souffrant de maladies chroniques, y compris les diabétiques, les immunodéprimés et ceux atteints de pathologies cardiovasculaires. Les enfants, les femmes enceintes et les personnes âgées font partie des populations vulnérables et à risque. Les pompiers, quant à eux, sont exposés aux émanations dangereuses de fumée lors de leurs interventions. « Ce qui reste méconnu, ce sont les répercussions à long terme sur la santé des expositions intermittentes mais intenses sur plusieurs années », ajoute Matteo Redaelli. Des recherches émergent sur ce sujet, notamment en Californie.

Un autre élément crucial est souligné dans le rapport de l’Anses : la pollution causée par les incendies de végétation est plus toxique que la pollution de fond habituelle. En 2026, au moins 50 000 hectares ont déjà brûlé, contre une moyenne de 28 000 hectares chaque année depuis 2016, période durant laquelle une augmentation nette a été observée. « Lorsque les saisons des incendies sont intenses, les émissions atmosphériques de polluants sont massives et la probabilité d’être exposé aux fumées augmente naturellement », indique Matteo Redaelli.

D’ici 2050 en France, en raison du réchauffement climatique lié aux activités humaines, les climatologues prévoient une intensification des feux de forêt, avec une extension de la zone sud vers le nord de l’Hexagone. « On s’attend à ce que l’impact de ces fumées sur la santé des populations augmente dans les décennies à venir », souligne le coordinateur de l’expertise.

« La répétition de ces feux va constituer une catastrophe sanitaire », prévient le pneumologue. « C’est un monde où il ne fait pas bon respirer, et il sera nécessaire de s’adapter et de protéger efficacement les gens, par exemple avec des systèmes d’épuration de l’air à l’intérieur. » Lors des incendies, l’Anses recommande notamment de limiter les déplacements et le temps passé à l’extérieur, de garder les portes et fenêtres fermées, et de porter un masque filtrant de type FFP2 en cas d’exposition directe aux fumées.