
Incendie en Gironde : « L’organisation est exceptionnelle, mais je n’en peux plus » à Bordeaux avec les réfugiés du feu
« Si je fais six, je gagne », déclare Marie-Madeleine à Victor avant de lancer son dé sur le plateau d’un jeu de petits chevaux. Ces deux résidents de l’agglomération bordelaise ne se connaissaient pas il y a encore une heure, mais la situation dans laquelle ils se trouvent favorise les rencontres.
Comme 6.000 autres Girondins, ils ont été accueillis au Parc des Expositions de Bordeaux alors que leur domicile se situait dans une zone à risque, non loin des flammes et des nuages de fumée qui ravagent le département depuis mercredi dernier.
À son arrivée dans cet immense hangar, Marie-Madeleine a perdu ses repères. « J’ai eu peur au moment de quitter mon logement, je suis veuve et je ne connais personne ici », confie l’octogénaire, désormais bien entourée. « Finalement, tout le monde est très sympathique », s’amuse-t-elle avant d’éjecter le pion de son adversaire d’un revers de la main.
Rendre l’endroit « convivial »
Il convient de noter que le lieu a bien changé depuis la semaine dernière. Les tables se sont garnies de jeux de société, les instruments de musique ont été sortis de leur housse pour en faire profiter les voisins de couchage, et une partie du bâtiment a été transformée en terrain de badminton.
Jacqueline, qui anime l’atelier scoubidou, tente de dédramatiser la situation : « Les enfants savent que le contexte est grave, on essaie de les occuper comme on peut. » Pour les adultes également, tout a été mis en place pour que la situation semble un peu moins difficile à surmonter. « On a essayé de faire au mieux pour rendre l’endroit convivial », explique Frédéric, bénévole. Sa femme, elle aussi volontaire, a contribué à l’organisation d’une messe quotidienne avec l’aide d’un curé, « pour toutes les personnes religieuses qui souhaitent se recueillir ». Une « marche détente » avec des exercices de respiration a également été instaurée. « Cela permet d’offrir un semblant d’habitudes aux évacués », poursuit Frédéric.
Malgré l’organisation, l’épuisement
À l’unanimité, tous semblent satisfaits de cette organisation. « C’est bête, mais les toilettes et les douches sont propres », décrit Christine, 54 ans. « Quand on vit une telle situation, ça fait la différence. » Cependant, malgré ces efforts, l’attente commence à peser. L’habitante d’Eysines a été évacuée avec sa famille dans la nuit de vendredi à samedi. Un lit de camp lui a été attribué, mais l’auto-entrepreneuse préfère « dormir dans (s) a voiture » garée sur le parking, pour « ne pas déranger le reste des évacués » avec son chien qui se réveille régulièrement.
« L’organisation est nickel, il n’y a rien à dire, tout est fait pour que l’on se sente bien », décrit la mère de famille avant de fondre en larmes. « Je sais que ça pourrait être pire mais je suis épuisée, je voudrais juste rentrer à la maison. » Elle ne le sait pas encore, mais quelques heures plus tard, ce mardi soir, la préfecture annoncera l’autorisation de regagner leurs logements aux habitants de trois communes, dont Eysines.
« Je n’en peux plus d’être ici »
Dans les rangées de sacs de couchage, Christian, retraité, partage le même sentiment : « Il n’y a pas à dire, l’organisation est exceptionnelle, mais je n’en peux plus d’être ici. » Comme ses voisins, il s’est procuré un exemplaire du journal Sud Ouest, distribué gratuitement à tous les évacués. « Avec le téléphone, c’est un peu notre seul moyen d’être tenu au courant de l’avancée des feux et des évacuations. »
Depuis lundi, 800 relogements ont été effectués selon la métropole, portant à un peu moins de 1.000 le nombre d’évacués encore sur place. Samedi, au plus fort de la crise, plus de 6.000 personnes étaient hébergées simultanément dans les halls du Parc des Expositions. Les évacuations décidées dans la matinée à Lacanau risquaient d’amener de nouveaux occupants. Cependant, Alexandra Siarri, première adjointe au maire de Bordeaux, rappelle que l’endroit « n’est pas fait pour accueillir dignement les évacués sur le long terme, l’objectif est de trouver des solutions d’hébergement pour la majorité d’entre eux. »
La préfète de Gironde, Sophie Brocas, a informé celles et ceux qui souhaitent rentrer chez eux qu’ils peuvent le faire sous deux conditions : garder leur téléphone allumé et avoir un sac prêt en cas de nouvelles évacuations.
