
« Incendie en Gironde : le comportement du feu difficile à anticiper »
De notre envoyé spécial,
L’incendie qui a éclaté mercredi à Saumos, près de Lacanau en Gironde, une région fortement boisée, continue de s’étendre. Jeudi à 14h30, il avait déjà ravagé 3.400 hectares et se dirigeait vers le sud, à proximité de Lège-Cap-Ferret.
Environ 8.800 personnes résidant dans trois campings du village de Claouey, un quartier de Lège-Cap-Ferret, étaient en cours d’évacuation préventive ce jeudi. Elles s’ajoutent aux plus de 11.000 personnes évacuées mercredi et durant la nuit, dont 10.000 réparties dans huit centres de vacances, ainsi que 1.000 habitants des zones résidentielles situées en bordure des forêts.
« On nous a prévenus par haut-parleur qu’il fallait évacuer », témoigne Carole Develay, une habitante de Bazas en Gironde, qui possède une résidence secondaire au Porge depuis seize ans. « Nous sommes arrivés hier, et dès le premier jour, nous nous sommes retrouvés confrontés à cet incendie. Nous n’avons reçu aucun ordre d’évacuation, mais le lotissement adjacent au nôtre a été évacué. Toute la journée, nous nous sommes préparés à partir, et vers 22h30, lorsque les flammes n’étaient plus qu’à une centaine de mètres, nous avons décidé de quitter notre logement. »
Elle s’est rendue au gymnase du Porge, où environ 150 personnes ont passé la nuit. Elle y a retrouvé Janine Vollet, une résidente de la région parisienne, qui passait ses vacances au camping de la Grigne. « Mercredi vers 18 heures, on nous a prévenus par haut-parleur qu’il fallait évacuer. Tout s’est bien passé, c’était très bien organisé, raconte-t-elle. Beaucoup de vacanciers avec caravane sont partis, d’autres ont été dirigés vers Lège-Cap-Ferret, où ils doivent à nouveau évacuer ce jeudi. Nous, nous avons pris notre nécessaire, sommes venus ici, et attendons, car nous ne savons pas encore quand nous pourrons y retourner. »
« À l’heure actuelle, les conditions météo restent défavorables avec des vents erratiques », a déclaré ce jeudi midi la préfète de la Gironde, Sophie Brocas. « La manœuvre est donc compliquée et nous avons déployé des moyens conséquents. Environ 700 sapeurs-pompiers luttent contre ce feu qui est très difficile à maîtriser. Nous avons sur le terrain 138 engins de lutte contre les feux de forêt et vingt engins pour la protection des habitations, ainsi que deux Canadair, deux Air Tractor, un Dash et l’hélicoptère Charlie 33 pour la reconnaissance. »
La tête de feu se situe désormais à Lège-Cap-Ferret. « C’est la raison pour laquelle nous avons mis en place une ligne d’appui composée de nombreux véhicules », explique le directeur du SDis 33, le contrôleur général Marc Vermeulen. « Le feu se trouve désormais à 300 mètres des premières habitations de Lège. Ce comportement du feu nécessite beaucoup de moyens pour protéger les habitations. »
Cependant, les fronts sont multiples. « Nos efforts doivent également se concentrer sur l’origine du feu, dans les communes du Temple et de Saumos, car en raison de la nature du sol, qui est tourbeux, nous avons de nombreux fumerons à traiter, et avec les vents changeants, nous avons des reprises de feu qui se dirigent vers le Nord », poursuit le directeur du Sdis 33.
Sur la route entre Le Porge et Lège-Cap-Ferret, les pompiers doivent également contenir des départs d’incendie. C’est là que nous avons pu suivre les soldats du feu ce jeudi matin. « Nous sommes dans une zone qui a brûlé mercredi, mais pas entièrement, et à cause du vent, nous avons des reprises de feu », explique le colonel Eric Pitault, officier communication du Sdis 33. « Nous déployons donc rapidement nos moyens pour éviter que cela ne prenne de l’ampleur et passe de l’autre côté de la route, ce qui pourrait entraîner des incendies sur de nouvelles parcelles. » Dans les bois, les animaux tentent, quant à eux, de fuir comme ils le peuvent.
Les perspectives d’évolution sont plutôt pessimistes. « Les données fournies par Météo-France indiquent que les températures vont augmenter, avec un vent qui va se renforcer », annonce Marc Vermeulen. « Le feu a par ailleurs commencé à générer son propre vent, et à partir de 20 heures ce jeudi, nous serons confrontés à un cisaillement qui va engendrer des vents très changeants. Le comportement du feu risque d’être difficile à anticiper. C’est pourquoi nous restons vigilants et continuons d’évacuer. » La métropole de Bordeaux a ouvert une partie du Parc des Expositions ce jeudi matin pour accueillir les vacanciers évacués, et indique qu’environ 1.000 places sont disponibles.
