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Immigration en France : Quatre idées reçues sur l’intégration et le travail.

Un Français sur trois dans l’Hexagone est lié à la migration, que ce soit par l’immigration directe ou par sa descendance. Entre 2019 et 2021, l’enquête a été menée auprès de plus de 27.000 personnes, correspondant à 32 % d’immigrés originaires du Maghreb, 28 % d’Europe, 19 % d’Afrique subsaharienne, 16 % d’Asie et 5 % du reste du monde.


Un Français sur trois dans l’Hexagone est lié à la migration, que ce soit en tant qu’immigré, enfant d’immigré(s) ou petit-enfant d’immigré(s). Pour dépasser les fantasmes et examiner les parcours de ces individus, une vaste enquête portant sur trois générations est publiée ce jeudi, intitulée *Trajectoires et origines 2, diversité des populations et inégalités sociales en France* (éd. Ined).

Fruit de dix ans de recherches, cet ouvrage de 600 pages compile les contributions de trente-cinq chercheurs de l’Institut national d’études démographiques (Ined) et de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Sous la direction de Mathieu Ichou, Cris Beauchemin et Patrick Simon, ils ont étudié les parcours scolaires et professionnels, les questions d’intégration et de discriminations. Une première enquête de ce type avait été réalisée en 2008-2009.

Pour les chercheurs, l’immigration, loin d’être un phénomène marginal ou temporaire, constitue une composante essentielle et durable de la population française. Entre 2019 et 2021, l’étude a été menée auprès de plus de 27.000 personnes, comprenant 32 % d’immigrés d’origine maghrébine, 28 % d’origine européenne, 19 % d’origine subsaharienne, 16 % d’Asie et 5 % du reste du monde.

« Les immigrés et leurs descendants ne sont pas séparés du reste de la société », souligne Cris Beauchemin, directeur de recherche à l’Ined. Il ajoute que les populations se mélangent à travers les unions, les amitiés et les pratiques sociales. Cependant, de fortes inégalités persistent au fil des générations. « Ces résultats permettent de dégonfler une partie des fantasmes », insiste le sociodémographe Patrick Simon.

Une première idée reçue qui est nuancée par l’enquête concerne l’augmentation des arrivées irrégulières en France. Parmi les 27.000 personnes interrogées, une personne sur cinq a déclaré avoir été sans papiers à un moment de son séjour. Cette proportion demeure stable. « Cela témoigne de trajectoires administratives assez complexes », explique Cris Beauchemin, ajoutant que la moitié d’entre elles étaient entrées en France de manière régulière, mais ont perdu leur droit de séjour avant d’être finalement régularisées, parfois en obtenant la nationalité française. L’établissement en France est également marqué par une précarité résidentielle et administrative importante.

Un autre résultat qui contredit les clichés est que les immigrés arrivant en France sont souvent diplômés. Avant 1989, 29 % des immigrants étaient diplômés, ce chiffre atteignant 53 % chez ceux arrivés depuis 2009. En moyenne, la proportion de ceux ayant un diplôme « bac + 3 ou plus » est supérieure parmi les immigrés par rapport à la population majoritaire. Cela représente un « effet de sélection », car les personnes qui émigrent en France proviennent souvent des segments les plus instruits de leur société d’origine.

En ce qui concerne l’intégration, les chercheurs notent une tendance « relativement positive », avec « peu d’isolats ou de communautarisme ». Ce constat se base sur l’analyse de l’intégration sociale et culturelle. Par exemple, 21 % des immigrés ont des amis d’origine identique, ce qui signifie que 79 % d’entre eux ont des amis d’origines variées, y compris qui ne sont pas immigrés. Pour ceux nés de deux parents immigrés, seulement 11 % ont des amis partageant le même profil, tandis que 89 % établissent des relations sociales diversifiées.

Cela indique que « l’intégration socioculturelle se réalise plutôt efficacement, selon Patrick Simon. En réalité, ceux qui se trouvent le plus dans l’entre-soi se situent plutôt parmi la population majoritaire, en raison des possibilités d’interaction avec des personnes d’origines diverses ». Par ailleurs, concernant l’identification à la France, dès la deuxième génération, une identification très forte à la France est observée, souvent combinée avec d’autres origines.

En ce qui concerne les enfants d’immigrés, un sur deux a un parent immigré et l’autre non. Neuf petits-enfants d’immigrés sur dix ont au moins deux grands-parents non immigrés. Cette composition reflète les vagues migratoires des années 1960 et les unions formées en France. « Cela montre que les origines immigrées sont présente dans les généalogies, mais elles ne sont pas dominantes », indique Patrick Simon. Les Européens sont davantage présents parmi les plus âgés, tandis que les descendants d’origine africaine sont devenus majoritaires parmi les moins de 25 ans, selon l’Ined.

Pour le sociodémographe, les obstacles à l’intégration se situent majoritairement du côté des institutions et du marché de l’emploi. L’enquête révèle également qu’une naissance en France ne préserve pas des discriminations, notamment sur le marché du travail, contrairement à la promesse du modèle républicain. À profil comparable, un risque de chômage plus élevé subsiste à la deuxième génération pour les immigrés du Maghreb et d’Afrique subsaharienne, avec par exemple un écart de + 6,2 points pour les hommes immigrés du Maghreb. « L’origine continue d’affecter le risque de chômage », conclut l’enquête, concernent également les Français d’origine ultramarine et leurs descendants nés en métropole.