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Guerre en Ukraine : Kiev « ne sera peut-être plus prioritaire » pour les armes américaines

Le Washington Post a révélé le 26 mars que le Pentagone envisageait de dérouter vers les pays du Golfe des missiles antiaériens commandés l’année dernière via le programme Purl au profit de l’Ukraine. Selon les estimations, le taux d’interception des missiles balistiques est entre 30 % et 70 %, car ce sont les objets les plus difficiles à intercepter.


Les États-Unis détournent-ils des armements destinés à l’Ukraine vers le Moyen-Orient ? Le 26 mars, le Washington Post a rapporté que le Pentagone envisageait de rediriger vers les pays du Golfe des missiles antiaériens commandés l’année précédente dans le cadre du programme Purl (Prioritised Ukraine Requirements List), qui finance l’achat de matériel américain via des pays européens, au bénéfice de l’Ukraine.

Interrogé à ce sujet quelques jours plus tard, le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a affirmé que « cela ne s’est pas encore produit, rien n’a encore été détourné », mais que « cela pourrait arriver » afin de répondre aux besoins au Moyen-Orient. Le consultant indépendant en risques internationaux, Stéphane Audrand, a été contacté par 20 Minutes pour analyser la situation.

**Les États-Unis détournent-ils des armes prévues pour l’Ukraine vers le Proche-Orient ?**

Officiellement, non. Toutefois, le transfert d’armes se déroule dans un grand secret, et il est probable que ce dossier finisse par être soumis au Congrès. En attendant, l’administration Trump pourrait bénéficier de retards dans le « reporting ». Les autorités américaines n’hésitent pas à dire que cela est envisageable, et commencent à avertir les Européens que l’Ukraine pourrait bientôt perdre son statut de priorité dans les livraisons, même pour les armes déjà financées par les Européens. Des rumeurs circulent aussi selon lesquelles des armes américaines destinées à l’Ukraine pourraient être envoyées vers les pays du Golfe, obligeant les Européens à les payer une nouvelle fois, malgré le fait qu’ils les achètent déjà à un prix supérieur à celui du marché. Cela donnerait lieu à une escroquerie dans un contexte déjà considéré comme un racket.

**Comment réagissent les Européens ?**

Des protestations se font entendre dans les canaux diplomatiques, mais il y a peu de réactions officielles, car au sein de l’Otan, une tendance à faire preuve de souplesse envers les États-Unis prédomine. Cette approche, qualifiée de « méthode Rutte », cherche à éviter les conflits. Contester publiquement Trump ou Hegseth serait contre-productif, risquant d’interrompre complètement les livraisons vers l’Ukraine.

**De quoi l’Ukraine a-t-elle besoin essentiellement ?**

C’est un sujet peu abordé, mais l’Ukraine a toujours besoin d’obus et de munitions d’artillerie lourde, bien qu’elle en produise également. Deuxièmement, les armements antiaériens sont cruciaux, et les détournements vers le Proche-Orient seraient particulièrement problématiques. Enfin, l’Ukraine nécessite des fonds supplémentaires, car son modèle de défense ne peut pas être soutenu seul ; ce n’est pas une arme, mais cela reste presque essentiel.

**La capacité antiaérienne reste-t-elle la plus sensible ?**

Effectivement, l’Ukraine doit se défendre contre une combinaison de moyens peu coûteux, comme les drones Shahed, et d’autres plus avancés, tels que les missiles balistiques et de croisière. La Russie a récemment dépassé les 100 000 drones Shahed lancés contre l’Ukraine, ce qui est considérable. Elle continue aussi de produire entre 50 et 100 missiles balistiques par mois. Pour neutraliser un missile balistique, il faut en moyenne deux à trois missiles Patriot. Ainsi, l’Ukraine devrait recevoir, au minimum, entre 100 et 150 missiles Patriot par mois. Cependant, la production annuelle de ces missiles est inférieure à 1 000, et il existe également des besoins importants pour reconstituer les stocks américains et servir les alliés du Proche-Orient.

Les Européens rencontrent de leur côté des difficultés à augmenter leur production de missiles antiaériens, malgré l’annonce de MBDA d’une hausse de sa production de missiles Aster de 50 %, avec une projection d’augmentation de 40 % supplémentaire. Toutefois, une multiplication par dix serait nécessaire. Produire un missile antiaérien est extrêmement complexe, car les temps de déclenchement des ogives se mesurent en microsecondes. Peu de pays possèdent cette capacité.

**Les taux d’interception annoncés par les Ukrainiens semblent pourtant pas si mauvais ?**

Concernant les drones Shahed, le taux d’interception est d’environ 90 %. En revanche, le taux est moins favorable – se situant entre 30 % et 70 % selon les estimations – pour les missiles balistiques, qui sont les cibles les plus difficiles à intercepter. Il est délicat d’obtenir un taux consolidé, car le niveau d’interception varie selon les jours et le type de salves. En effet, les Ukrainiens ne peuvent pas intercepter tous les missiles et doivent faire des choix.