France

Guerre au Moyen-Orient : Les consommateurs d’engrais en France.

En 2024, le prix des engrais a bondi de 70 % selon la ministre de l’Agriculture Annie Genevard. La France importe chaque année près de cinq millions de tonnes d’engrais, dont un tiers provient des pays de l’Union européenne.


La guerre au Moyen-Orient pourrait-elle influencer les prix de nos pommes de terre, de nos betteraves ou même des pâtes ? Pas immédiatement. Toutefois, à moyen terme, cela pourrait avoir des répercussions. Comme en 2022, lors de l’invasion russe de l’Ukraine, le conflit au Moyen-Orient impacte l’approvisionnement en engrais. Avant que l’Iran ne ferme le détroit d’Ormuz, 30 % de la production mondiale d’engrais y transitait, ce qui représente environ 16 millions de tonnes par an.

Les conséquences sont déjà visibles pour les agriculteurs européens, qui font face à une envolée des prix des produits utilisés pour fertiliser les champs. Les fertilisants azotés, largement utilisés pour les grandes cultures, ont vu leur prix à la tonne dépasser 500 euros, contre 380 euros avant le début du conflit. La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, souligne que le prix des engrais « a bondi de 70 % depuis 2024 ». Les spécialistes préviennent que la production pourrait en souffrir, avec une anticipation de baisses de rendement. Mais qui sont les principaux consommateurs d’engrais en France ? Répondre à cette question s’avère complexe, d’autant que le sujet est très technique. Après avoir analysé plusieurs rapports du ministère de l’Agriculture, 20 Minutes va tenter d’apporter des éclaircissements.

**De quels engrais parle-t-on ?**

Les engrais azotés sont de loin les plus couramment utilisés. Comme leur nom l’indique, ces engrais contiennent de l’azote, un nutriment essentiel à la croissance des végétaux. Très prisée par l’agriculture conventionnelle, l’urée est le plus demandé. Ces derniers mois, ses prix ont explosé, menaçant les cultures françaises et européennes. Ces fertilisants sont souvent sujets à discussion en raison de leur teneur en cadmium, qui nuit à notre alimentation.

La France ne produit qu’un tiers des engrais azotés qu’elle consomme et importe chaque année près de cinq millions de tonnes de ces fertilisants. Un tiers provient des pays de l’Union européenne, et un autre gros tiers des pays du golfe persique. C’est là que le problème se pose. La production française est également affectée par le blocus du détroit, étant fortement dépendante des importations de gaz naturel et d’ammoniac pour élaborer les « recettes » enrichissant les sols.

**Le blé, roi des fertilisants**

« Il est difficile de connaître précisément la proportion d’engrais minéraux utilisée par types de cultures », reconnaît France Agrimer. Cela dépend notamment des régions, de la nature des sols et de la présence ou non d’élevages à proximité. Selon l’établissement public, près de 100 % des cultures dans la Beauce utilisent des engrais minéraux. Pourquoi ? Parce que le blé qui y pousse est très exigeant en fertilisation. Le colza et l’orge d’hiver, qui complètent le trio des cultures locales, présentent des besoins similaires.

Le blé, utilisé pour fabriquer farine, pain et pâtes, se classe parmi les plus grands consommateurs d’engrais. Une note de l’institut de statistiques du ministère de l’Agriculture datant de 2021 indique qu’il nécessite près de 200 kg d’azote minéral par hectare, auxquels s’ajoutent du phosphore, de la potasse et du soufre. L’orge et le colza, cultivés en alternance sur ces vastes surfaces, sont quasiment aussi exigeants.

**Pas de patates sans engrais azotés**

Après les céréales, la pomme de terre se classe parmi les cultures les plus dépendantes des engrais. Elle consomme 150 kg d’azote minéral par hectare et 170 kg de potasse. Contrairement à l’azote, cet engrais minéral contenant du potassium n’est pas chimique, mais il est également largement importé. Appliqué en excès, il peut nuire à la qualité de l’eau.

Les cultures de pommes de terre reçoivent aussi des amendements en phosphore. Bien qu’utile pour les plantes, ce nutriment peut s’avérer très néfaste pour l’environnement. Les rejets de phosphate provoquent une dégradation des cours d’eau et engendrent la prolifération de cyanobactéries dangereuses pour l’homme et la nature. La betterave sucrière est aussi très exigeante en fertilisation.

**Et le maïs alors ?**

Le maïs est également gourmand en engrais, mais pas tant en engrais minéraux. Pour sa culture, on privilégie surtout les engrais organiques, souvent dérivés des élevages. Les agriculteurs épandent dans leurs champs d’importantes quantités de lisier, particulièrement en Bretagne. Bien que cette région ne soit pas exemplaire sur le plan environnemental, elle utilise moins d’engrais que d’autres zones, privilégiant l’épandage de lisier (liquide) ou de fumier (un mélange solide de déjections et de paille). Ceci est un engrais local et naturel, soumis à des normes strictes pour éviter des impacts sur l’environnement.

À titre de comparaison, les Hauts-de-France et l’Île-de-France utilisent deux fois plus d’engrais de synthèse à l’hectare qu’une région comme la Bretagne, et jusqu’à trois fois plus qu’en Auvergne-Rhône-Alpes, selon un rapport sur la souveraineté alimentaire établi par le gouvernement en 2024.

**Comment réduire notre dépendance ?**

Pour faire face à ces augmentations de prix, la profession suggère quelques conseils, plus ou moins faciles à mettre en œuvre : diversifier les cultures, choisir des plantes moins exigeantes en azote ou encourager l’utilisation d’engrais verts comme les légumineuses entre les périodes de culture. Cependant, la profession exprime des inquiétudes, non pas au sujet des cultures déjà établies, mais pour celles à venir.