France

Fête de la musique : « La question de l’annulation ne se pose pas »

Ce dimanche, les musiciens n’auront pas d’efforts à faire pour chauffer leur public, avec des températures qui devraient atteindre les 40 °C dans une partie de la France. La Fête de la Musique 2025 avait été ensoleillée à Paris et s’annonce caniculaire pour ce 21 juin 2026.

Ce dimanche, les musiciens n’auront pas besoin de fournir d’efforts pour ambiancer leur public. Avec des températures prévues atteignant les 40 °C dans certaines régions de la France, la Fête de la musique 2026 s’annonce particulièrement chaude. Au point que l’annulation de certains événements est envisagée dans plusieurs villes.

La Fête de la Musique 2025 avait été ensoleillée à Paris. Elle s'annonce caniculaire pour ce 21 juin 2026.
La Fête de la Musique 2025 avait été ensoleillée à Paris. Elle s’annonce caniculaire pour ce 21 juin 2026. - R.PERROCHEAU/AFP

Marie-Pierre Vedrenne, la ministre déléguée chargée de la Citoyenneté, a déclaré sur RTL que le ministère de l’Intérieur restait « en lien avec les préfectures, les organisateurs, pour pouvoir déployer […] des pompiers, la protection civile, pour parer à toute éventualité ». Contactées par 20 Minutes, plusieurs préfectures et municipalités ont répondu de manière similaire : « On verra au cas par cas. »

Foule, soleil et musique, « tous les ingrédients sont réunis… »

« Tous les ingrédients sont réunis pour augmenter les risques, il est normal que la question de l’annulation se pose », a estimé Clément Gaillard, urbaniste spécialisé dans l’adaptation climatique. Il a précisé : « Quand la date de la Fête de la Musique a été fixée au 21 juin, on imaginait un moment symbolique pour profiter du début de l’été. On ne pensait pas qu’on vivrait en juin des épisodes de fortes chaleurs proches de ceux de la fin juillet ou août. »

Bruno Mégarbane, Professeur et chef de service Réanimation médicale et toxicologique à l’hôpital Lariboisière de Paris, s’inquiète également d’une soirée qui pourrait devenir dramatique. « On est dans une situation de chaleur intense à laquelle on additionne la musique et l’ambiance festive. C’est un cocktail qui peut nous rendre moins attentifs à notre corps. »

En plus des fortes températures exacerbées par un environnement urbain très minéralisé, Clément Gaillard rappelle que la foule, en plus de « couper » le vent, génère de la chaleur. « Une personne immobile dégage près de 100 watts. En plein soleil, vous recevez environ 800 watts sur la tête. Entouré de 3 ou 4 personnes qui “crachent” 150 ou 200 watts de chaleur, cela crée un environnement particulier qui s’ajoute à d’autres risques », a-t-il expliqué. Lors d’un concert à Rio de Janeiro, une spectatrice est décédée seulement dix minutes après être entrée dans le stade.

Attention aux publics sensibles

« Le corps humain doit maintenir une température interne de 37 degrés », a détaillé Bruno Mégarbane. Il existe plusieurs façons de se débarrasser de la chaleur : par radiation, convection et sudation. Lorsque la température ambiante dépasse 37 degrés, seule la sudation reste viable. Et pour cela, une hydratation suffisante est nécessaire. Or, durant ces moments festifs, certains oublient de s’hydrater ou ont du mal à localiser un point d’eau. L’alcool, souvent présent en grande quantité, contribue à la déshydratation.

De plus, la Fête de la musique attire un public très diversifié. Certains participants prennent des médicaments ou des drogues qui inhibent la sudation. « Les traitements destinés au système nerveux central comme les antidépresseurs, certains neuroleptiques, ou un certain nombre de médicaments pour les maladies vasculaires ont cet effet. C’est également le cas des stimulants comme la cocaïne », a alerté Bruno Mégarbane.

Double peine pour les secouristes

L’insolation (maux de tête, fatigue) au coup de chaleur (température interne supérieure à 40 °C avec confusion, convulsions, voire coma) concerne tout le monde, y compris les musiciens, les forces de l’ordre chargées de sécuriser l’événement et même les secouristes eux-mêmes.

En l’absence d’une annulation de la Fête de la musique, le praticien recommande de privilégier les zones ombragées. Le maire d’Angers, Christophe Béchu, a annulé plusieurs événements trop exposés. Cependant, l’ombre n’est pas toujours facile à trouver. « La Fête de la musique se déroule souvent en ville où l’on n’a pas toujours beaucoup d’ombre contrairement à ce que l’on pourrait penser », a ajouté Clément Gaillard. Bien qu’il existe des solutions mobiles comme les barnums ou les parasols, celles-ci couvrent peu d’espace et peuvent coûter cher aux organisateurs. 

Créer de l’ombre : la solution des voiles temporaires

L’urbaniste prône l’utilisation de hauts vents et surtout de voiles d’ombrage. « Sans agir sur la température de l’air, ils permettent d’augmenter le confort thermique. » Une solution qui revient en force avec le réchauffement climatique, notamment à Rennes ou à Toulouse.

Parmi d’autres solutions : arroser les spectateurs avec des lances à eau comme cela a été fait au Hellfest, ou utiliser des ventilateurs géants. « C’est très courant dans les espaces publics aux États-Unis. Ils mesurent environ un mètre de haut et permettent de créer une ventilation très utile pour les événements de masse », a noté Clément Gaillard. Une autre option serait de déplacer la Fête de la musique à une période moins sujette aux fortes chaleurs. « Il existe des festivals qui l’ont fait, par exemple au Portugal. » Pourquoi pas envisager une Fête de la musique pour le solstice d’hiver… le 21 décembre ?