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Explosion à Monaco : Vadim Ermolaev, membre d’un « bataillon » d’oligarques « ni pro-Kiev, ni pro-Moscou »

Vadim Ermolaev, 58 ans, a été blessé dans une explosion à Monaco, où il se trouvait en compagnie de son épouse et de leur fils âgé de 13 ans. Le pronostic vital de sa femme, Anna Ermolaev, reste engagé ce mardi, tandis que la police est à la recherche du suspect de cette « tentative d’assassinat ».


Pour la première fois, un membre du « bataillon de Monaco » a été blessé dans une explosion. Vadim Ermolaev, un oligarque d’origine ukrainienne, a été la cible d’un engin explosif lundi soir alors qu’il se trouvait à Monaco avec son épouse et leur fils de 13 ans. La police recherche le suspect de cette « tentative d’assassinat », tandis que le pronostic vital de sa femme, Anna Ermolaev, reste engagé ce mardi.

Vadim Ermolaev, âgé de 58 ans, fait partie du « bataillon de Monaco », une liste établie par la presse comprenant 84 personnalités ukrainiennes qui se sont installées sur la Côte d’Azur juste avant ou pendant l’invasion russe de février 2022. Considérés par l’opinion publique ukrainienne comme quasi-déserteurs, certains de ces citoyens ukrainiens fortunés font l’objet de procédures judiciaires. Vadim Ermolaev est également sous sanctions depuis 2023, sur décision du président Volodymyr Zelensky, qui lui reproche d’avoir poursuivi ses activités commerciales en Crimée occupée.

Vadim Ermolaev, originaire de Dnipro à l’est de l’Ukraine, a construit sa fortune comme de nombreux oligarques post-soviétiques, en profitant des opportunités offertes par la dislocation de l’URSS. Au début des années 1990, ces entrepreneurs ont acquis des usines, des mines et des ports soviétiques. Ermolaev a fondé le groupe Alef, devenu l’un des plus grands conglomérats privés de Dnipro, actif dans l’immobilier, l’agroalimentaire et la viticulture en Crimée. En 2019, il abandonne sa nationalité ukrainienne pour obtenir un passeport chypriote.

En 2021, Vadim Ermolaev était classé à la 45e place des plus grandes fortunes d’Ukraine selon Forbes. Bien qu’il soit tentant de comparer les oligarques ukrainiens et russes, cette comparaison peut être trompeuse. « Depuis plus de vingt ans, les oligarques russes ne sont plus que des porte-monnaie et des porte-flingues du Kremlin. Vladimir Poutine a domestiqué l’oligarchie russe », souligne Sébastien Gobert, spécialiste de l’Europe centrale et orientale. En revanche, les oligarques ukrainiens s’organisent en « clans oligarchiques » qui s’opposent selon leurs intérêts. Cette concurrence a permis la publication d’« enquêtes journalistiques très poussées à la faveur d’un groupe oligarchique qui en balançait un autre », observe l’expert.

Dans ce contexte, certains avancent, sans preuve, que les services secrets ukrainiens pourraient être impliqués dans l’attaque visant Vadim Ermolaev, une accusation rejetée par le procureur. En réalité, les oligarques ukrainiens sont peu inspirés par l’idéologie. Leurs trajectoires, depuis l’invasion, sont aussi variées que celles de millions d’Ukrainiens. « Certains se sont mobilisés, allant jusqu’à aller au front. D’autres sont restés sur place en continuant de travailler. D’autres encore ont fui, collaboré, ou sont maintenant en prison ou sous sanctions », détaille Sébastien Gobert. Globalement, ils ne se montrent ni pro-Ukraine, ni pro-Russie, mais plutôt pro eux-mêmes.

La violence ayant visé l’un d’entre eux à Monaco reste cependant rare. Cette principauté de 2 km², connue pour ses rues propres et sécurisées, abrite de nombreux oligarques fortunés. En avril, le milliardaire Rinat Akhmetov, l’homme le plus riche d’Ukraine, a acquis un appartement de cinq étages à Monaco pour 471 millions d’euros, suscitant quelques critiques.

La présence du « bataillon de Monaco » semble ainsi avoir introduit dans la principauté des éléments de cette « culture post-soviétique de la violence politique ». En mai 2025, un ancien haut conseiller du président ukrainien Viktor Ianoukovitch a été abattu à Madrid. Un suspect, ayant des liens avec l’Ukraine et la Russie, a été appréhendé en février 2026, sans que le mobile ne soit élucidé.

La tentative d’assassinat de Vadim Ermolaev pourrait également rester entourée de mystère. À ce stade de l’enquête, aucune piste n’est officiellement privilégiée. Étant donné le profil d’Ermolaev, les possibilités sont multiples. « Quelqu’un comme lui a eu une carrière suffisamment longue et trouble, teintée de zones d’ombre, pour s’être attiré un certain nombre d’ennemis », analyse Sébastien Gobert. « Il serait plus simple de déterminer qui ne voudrait pas le tuer. »