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Espace : Sophie Adenot cuisinera un repas inédit dans l’ISS

Ce vendredi, la spationaute française de l’ESA, Sophie Adenot, s’apprête à réaliser un « duo méditerranéen » combinant caviar d’aubergine et houmous, préparé par Andros, à bord de la Station spatiale internationale (ISS). Le FoodProcessor, un robot culinaire développé par le Cnes pour cuisiner en microapesanteur, sera utilisé pour mélanger les ingrédients en apesanteur.

Lorsque l’on évoque l’alimentation des spationautes, on imagine souvent des pilules, des tubes de gelées douteuses ou des sachets de crackers secs et sans goût, loin de la gastronomie française. Cependant, cette idée a pris un sérieux coup de vieux. Si l’on vous disait que les astronautes partageaient un point commun inattendu avec nous, Terriens ? Ce point commun est plutôt surprenant : Andros. En effet, la célèbre marque de compotes et de desserts est également présente dans l’espace, étant servie directement à la table de la Station spatiale internationale (ISS).

Elles ressemblent à des compotes. Elles ont été créée par des spécialistes des compotes. Mais ce ne sont pas des compotes mais du caviar d'aubergines et du houmous pour l'espace.
Elles ressemblent à des compotes. Elles ont été créée par des spécialistes des compotes. Mais ce ne sont pas des compotes mais du caviar d’aubergines et du houmous pour l’espace.  - L.Tollon / 20 Minutes

Ce vendredi, juste avant le dîner, la spationaute française de l’ESA, Sophie Adenot, se prépare à jouer les chefs cuisiniers à bord de l’ISS. Au menu : un « duo méditerranéen » composé de caviar d’aubergine et de houmous, préparé par Andros. Une petite révolution dans l’espace.

« C’est beaucoup plus efficace que le Thermomix »

Cette collaboration spatiale découle d’une simple connexion personnelle. « Florian Delmas, le président d’Andros, connaissait Sophie Adenot. Lorsque l’astronaute a appris qu’elle devrait mener des expériences culinaires à bord, elle a pensé : « il y a peut-être quelque chose à faire avec Andros », et c’est ainsi que nous avons été mis en relation avec le Cnes », a expliqué à 20 Minutes, Pascal Schneider-Maunoury, directeur de l’innovation chez Andros, lors d’une démonstration des expériences de Sophie Adenot à la Cité de l’espace à Toulouse.

Pour préparer ce repas, le traditionnel Thermomix laisse place au FoodProcessor, un robot culinaire développé par le Cnes pour cuisiner en microgravité. Son apparence ? Un appareil à actionner… avec une perceuse. Mais ne vous laissez pas tromper par son allure de « Bob le bricoleur ». « On utilise le robot pendant 3’30. C’est beaucoup plus efficace que le Thermomix ! » plaisante Alain Maillet, cadre scientifique chez Medes.

Le fameux FoodProcessor qui va être utilisé par les astronautes. Ici, son frère, présenté à la Cité de l'espace de Toulouse.
Le fameux FoodProcessor qui va être utilisé par les astronautes. Ici, son frère, présenté à la Cité de l’espace de Toulouse.  - L.Tollon

Le principe est simple : le caviar d’aubergine et le houmous arrivent séparément dans des gourdes grises (d’apparence très compote). On insère la nourriture dans la machine, et le robot se charge de tout mélanger en apesanteur.

Le tahin remplacé par de la pâte à tartiner cacahuètes

Initialement, la création de plats salés n’était pas le projet d’Andros. « Au départ, nous pensions faire des desserts à base de fruits », confie Pascal Schneider-Maunoury. Cependant, le sucré a déjà été réalisé en 2023 par l’astronaute Andy Mogensen avec une mousse au chocolat. « Le CNES a dit : il faut un plat salé, il faut une entrée », ajoute le directeur.

La recette a été élaborée de manière collaborative, en tenant compte des préférences de Sophie Adenot, tout en choisissant des ingrédients pouvant être produits dans une station. La base du caviar est constituée d’aubergines cuites et rôties à l’huile d’olive. Pour le houmous, des pois chiches sont utilisés, mais avec une touche très Andros : le tahin (pâte de sésame traditionnelle) a été remplacé par la pâte à tartiner à la cacahuète Andros BeNuts. Le tout est rehaussé par deux types de sauces vertes très intenses.

Le « duo méditerranéen » est validé chez « 20 Minutes ». Mais attention aux allergies.
Le « duo méditerranéen » est validé chez « 20 Minutes ». Mais attention aux allergies.  - L.Tollon/20 Minutes

20 Minutes a pu déguster ce fameux duo méditerranéen destiné à l’espace. Le verdict ? C’est très bon, mais il faut faire attention, car c’est particulièrement fort en goût (et il est crucial de ne pas être allergique à la cacahuète). Ce choix est intentionnel : en apesanteur, les fluides remontent vers la tête, ce qui altère les papilles gustatives des astronautes. Les perceptions étant « émoussées », il est indispensable de « booster » le goût pour qu’ils ressentent quelque chose.

Un enjeu alimentaire pour le futur de la conquête spatiale

Cette expérience amusante de ce vendredi cache un enjeu majeur pour l’avenir de la conquête spatiale. Actuellement, « les astronautes dégustent tout au sol et établissent leur liste. En général, on prévoit une entrée, un plat, un dessert : du déshydraté pour les États-Unis, des plats en conserve ou des viandes dans des sachets souples à réchauffer. Au Cnes, nous leur préparons des repas événements améliorés avec le programme Ducasse une à deux fois par mois », rappelle Alain Maillet.

Mais dans le futur ? « Pour des missions vers Mars, il ne sera plus possible de ravitailler tous les trois mois comme aujourd’hui. Avec ce robot, nous pourrons créer des recettes avec des aliments produits sur Terre, mais surtout à bord d’un véhicule spatial », souligne Alain Maillet, cadre de l’Institut de médecine physiologie spatiale. En outre, les technologies de conservation actuelles ne garantissent pas des qualités nutritionnelles suffisantes pour le stockage imposé de cinq ans pour les vols de longue durée.

Éviter que les astronautes ne deviennent « neurasthéniques »

Par conséquent, l’objectif du FoodProcessor est, donc, d’apprendre aux spationautes à assembler des ingrédients qui pourraient, dans le futur, être cultivés directement à bord de la station. « S’ils doivent se contenter de lyophilisés ou d’ionisés pendant des années, je pense qu’ils vont devenir neurasthéniques ! » plaisante Pascal Schneider-Maunoury.

Et sur Terre ? Andros prévoit-il de commercialiser sa recette de houmous à la cacahuète pour nos supermarchés ? Le directeur de l’innovation laisse échapper un sourire dans sa voix : « Cela pourrait peut-être nous donner des idées… » En attendant, bon appétit Sophie !