
Didier Raoult et l’IHU de Marseille accusés de 30 ans de manquements éthiques
Didier Raoult et l’Institut hospitalo-universitaire en maladies infectieuses de Marseille (IHU) se retrouvent au cœur d’une nouvelle controverse. Alors que l’ancien directeur de l’établissement avait déjà été sanctionné par une interdiction d’exercer la médecine pendant deux ans, une enquête internationale, publiée le 12 août dans la revue Research Integrity and Peer Review, met en lumière des problèmes éthiques et juridiques concernant ses travaux. Cette étude, relayée par Le Parisien, souligne des manquements dans les publications de Raoult et de son équipe, s’étalant sur une période de trois décennies, de 1994 à 2024.
L’analyse a révélé que sur un total de 2 674 publications, 853 présentent des irrégularités. Parmi celles-ci, un nombre significatif ne respecte pas les exigences légales en matière d’approbation. En effet, 343 articles ne mentionnent pas d’approbations locales, tandis que 194 décrivent des recherches menées à l’étranger sans autorisation adéquate. De plus, 426 études impliquent des prélèvements d’échantillons sur des volontaires sains sans les autorisations nécessaires, des manquements qui préexistent à la création de l’IHU en 2011.
Fabrice Franck, informaticien et co-auteur de l’enquête, a déclaré au Parisien que pour environ une vingtaine d’études, des justifications fournies par l’IHU étaient jugées acceptables. Cependant, il a qualifié le nombre d’études problématiques d’« monstrueusement énorme », soulignant un décalage entre les échantillons annoncés et ceux réellement utilisés, parfois sans même savoir quel type de prélèvement a été effectué.
Les implications financières de ces pratiques sont également préoccupantes. Lonni Besançon, chercheur à l’Université de Linköping en Suède et co-signataire de l’enquête, a affirmé que ces dérives ont conduit à un « gaspillage » de millions d’euros de fonds destinés à la recherche. Il a également remis en question les conditions d’enseignement au sein de l’IHU.
Pierre-Edouard Fournier, qui a pris la direction de l’IHU en 2022 après Raoult, a réagi dans Le Monde en affirmant qu’aucun manquement en matière d’intégrité scientifique ou d’éthique n’avait été constaté depuis les dernières recommandations des organismes de contrôle et d’évaluation.
