Des anciens tricheurs du baccalauréat témoignent du Système D.
Chaque année au mois de juin, des milliers de lycéens s’enferment dans des salles d’examen pour les épreuves du baccalauréat. En 1999, Flora enregistre des formules de physique-chimie dans sa calculatrice pour les consulter lors de l’examen, obtenant ainsi une note de 12.
Chaque année, en juin, se renouvelle un rituel français. Des milliers de lycéens se retrouvent dans des salles d’examen pour passer le baccalauréat. Pendant qu’ils planchent sur les sujets, les surveillants sont aux aguets pour détecter les tentatives de fraude. Cependant, certains réussissent à échapper à leur vigilance.
Des années, voire des décennies après, la prescription morale a eu lieu, et d’anciens candidats commencent à témoigner, sollicités par « 20 Minutes » dans un appel à témoignages. Ces lecteurs ont partagé leurs techniques, le frisson de l’interdit et des histoires parfois farfelues. Ils ont aussi expliqué les raisons qui les ont conduits à tricher et les éventuels avantages qu’ils en ont tirés.
L’antisèche traditionnelle, sur la règle ou sur la peau
Avant l’arrivée des smartphones, la triche au bac s’apparentait à un véritable art. Alphonsine se remémore avoir triché lors d’un bac blanc : « J’avais une règle en métal sur laquelle j’avais écrit au crayon de bois une citation pour ne pas l’oublier. Personne n’a rien vu et j’ai pu utiliser ma citation tranquillement. » Nathalie, qui a passé le bac dans la filière ES en 2004, a quant à elle utilisé son corps comme antisèche, n’arrivant pas à mémoriser les dates de naissance et de mort de grands économistes. « J’ai écrit ces dates sur ma cuisse. J’ai rédigé ma copie en laissant les dates en blanc, et vers la fin de l’épreuve, j’ai demandé à aller aux toilettes, j’ai enlevé mon jean, checké ma cuisse et de retour en salle d’examen, le tour était joué ! ». Prendre des risques, moralement répréhensible, peut cependant porter ses fruits. La candidate obtient une mention « Bien ».
Éric a également utilisé son corps pour pallier ses lacunes en géographie du Japon : « Je dessinais des signes cabalistiques incompréhensibles sur mes avant-bras pour les examinateurs. D’un côté, des noms, de l’autre, des régions. Un puzzle que seul moi pouvais reconstituer. » Lorsque le sujet tant redouté tombe, sa méthode lui permet d’obtenir 16/20.
La « révision forcée » en construisant une antisèche
Un paradoxe majeur de la triche est qu’elle nécessite parfois autant, voire plus, d’efforts que des révisions conventionnelles. À force de condenser et de miniaturiser leurs cours, les élèves finissent par acquérir les connaissances. Adri en fait l’expérience lors de son bac STG. « Pour tricher, j’ai inscrit mes cours dans la mémoire de ma calculatrice, lettre par lettre. Cela m’a tellement pris de temps que j’en ai appris le cours de manière indirecte. »
Quentin, qui redoublait son bac S, partage ce constat. Après avoir subtilisé des copies officielles vides pendant l’épreuve de philosophie, il y recopie ses notes avant de les substituer le jour de l’examen. Mais cet écriture s’avère plus bénéfique que prévu : « Ironiquement, je suis tombé sur le sujet correspondant à mes « antisèches », écrit-il. Mais j’ai passé tellement de temps à les élaborer que je connaissais le cours par cœur. Au final : note de 15 et les antisèches déchirées en 30 minutes pour éviter de laisser de preuves. »
L’utilisation de l’antisèche dans une calculatrice est un classique de la fraude. En 1999, Flora tire parti de l’absence du « mode examen » pour enregistrer ses formules de physique-chimie. « J’ai utilisé ma calculatrice comme aide-mémoire, et j’ai pu les consulter pendant l’examen. Je savais ce que je risquais, et je l’ai fait sans regret. Résultat : 12, et j’ai eu mon bac. »
Le frisson des épreuves orales
Face à la pression des épreuves orales, certains choisissent la ruse. Audrice se souvient de son bac de français, il y a près de trente ans, où elle a eu un trou de mémoire sur le texte de Voltaire à analyser. « Mes fiches sont dans mon sac, écrit-elle. Encore faut-il pouvoir les sortir et consulter celle sur Voltaire. Malgré l’angoisse, c’est ce que j’ai fait. Rapidement, j’ai retrouvé ma fiche, et heureusement, dès les premiers mots relus, tout m’est revenu. C’est tricher, mais sans vraiment tricher car je connaissais mon sujet. »
Bertrand, de son côté, utilise une trousse volumineuse pour cacher ses fiches de synthèse. Au fond de la classe, pendant qu’un autre élève passe son épreuve orale, il les consulte, se remémorant ne pas avoir vraiment conscientisé la tricherie, comme si la prise était impossible.
Pour limiter les risques de tirage au sort, certains, comme Rémi, modifient les règles. Il y a environ cinquante ans, il falsifie sa liste de textes présentée à l’examinateur : « N’ayant pas préparé tous mes textes, j’ai recomposé la liste en supprimant deux pages. Les choix se limitaient à ceux que j’avais bien saisis. » Dans un vein similaire, Michel profite d’un moment d’inattention lors de son oral d’histoire : « J’ai reposé le papier du sujet, et j’en ai tiré un second plus à mon goût. »
Petits arrangements et solidarité
Parfois, la fraude prend des tournures rocambolesques. Christophe raconte que, pour son bac en 1989, il s’est substitué à un camarade en difficulté lors de l’oral d’allemand, s’appuyant sur une vague ressemblance physique. L’examinatrice voit le nom de famille de l’ami, « et là, elle s’intéresse à mes origines italiennes, que je n’avais pas. Grosse chaleur pour moi. » Malgré le stress et le mensonge, le stratagème a fonctionné pour les deux élèves.
La triche prend aussi une tournure collective, souvent motivée par la solidarité. Audrey se rappelle d’un acte en 1991, alors qu’elle excelle en maths dans sa terminale D. Elle décide d’aider un camarade en difficulté, assis deux rangées devant elle. Elle rédige les réponses sur une feuille de brouillon puis se lève pour rendre sa copie. « Devant le bureau du surveillant, je pose mon original et, dans mon dos, je dépose le brouillon sur la table du garçon tout en réajustant mon sac à dos… En sortant, je le vois me regarder avec stupeur. Il a eu son bac. Je ne l’ai jamais revu, mais je suis très fière de moi. »
Dans le même esprit d’entraide, Kacey témoigne de son expérience lors de l’épreuve d’anglais au baccalauréat professionnel Commerce. « Je note les réponses à toutes les questions sur ma feuille de brouillon, que je fais ensuite passer discrètement dans toute la classe », déclare-t-elle, en précisant que certains l’ont remerciée d’avoir obtenu leur diplôme grâce à son aide.
